Exposition China gold : la Chine dans ses habits de lumière

La Chine est partout en ce moment. Puissance économique depuis deux décennies, géant sportif depuis quelques jours, et – le musée Maillol nous le révèle – centre artistique bouillonnant méconnu. Tout au long de l’exposition intitulée « China gold », tu découvriras une trentaine d’artistes contemporains chinois, qui peuvent enfin laisser libre cours à leur créativité, sous […]

Exposition China gold : la Chine dans ses habits de lumière

La Chine est partout en ce moment. Puissance économique depuis deux décennies, géant sportif depuis quelques jours, et – le musée Maillol nous le révèle – centre artistique bouillonnant méconnu.

Tout au long de l’exposition intitulée « China gold », tu découvriras une trentaine d’artistes contemporains chinois, qui peuvent enfin laisser libre cours à leur créativité, sous forme de peintures, de photos, de sculpture et d’installation vidéos.


Cui Xiuwen, Ange n°4 , 2006

Mais quelle Chine se cache derrière cette parure dorée ?

L‘or de Chine, c’est tout d’abord, bien évidemment, la richesse. Cette croissance incroyable qui a fait passer la Chine communiste d’un pays en développement à l’une des premières puissances économiques mondiales en 20 ans. Cet afflux de biens, sur lesquels se précipitent non seulement les 106 milliardaires chinois, mais toute une classe moyenne naissante, avide de consommation.

Hong Hao essaie, avec sa série de travaux My things, d’organiser ces biens matériels surabondants, pour rationaliser leur intérêt : peine perdue, le rangement les fait apparaître encore plus nombreux, infinis, et superflus. Il en résulte une impression de vertige.

Les artistes sont inspirés par cette nouvelle Chine riche, tiraillée entre une modernité irrésistible et des traditions difficiles à effacer. Miao Xiaochun met en évidence ce paradoxe avec sa photographie Surplus juxtaposant une pagode traditionnelle et un cube moderne en fer.


Jiang Zhi, Arc-en-ciel n° 3, 2005-2006

Dans le même esprit, une photographie saisissante de « la maison des clous » à Chongquin, que les propriétaires refusaient de quitter alors que tout leur voisinage était rasé pour laisser place à de flambants buildings, met en évidence ce choc entre Chine d’hier et Chine de demain. Il en résulte une vision un peu apocalyptique, celle d’une maison survivante, plantée dans un paysage lunaire entièrement démoli, au milieu d’un immense chantier de construction.

Mais la richesse n’est pas celle de tous : dans une très belle mise en scène photographiée intitulée Dream of Migrants, Wang Qinsong dénonce la misère dans laquelle vivent les millions de migrants chinois, qu’ils vivent dans leur propre pays – d’anciens agriculteurs venus chercher la richesse dans les mégalopoles chinoises – ou à l’étranger, dans cet Occident si proche et si lointain à la fois.

L‘or de Chine, c’est également la couleur que seul l’Empereur pouvait porter, le jaune du pouvoir dont se parent aujourd’hui les étoiles du drapeau communiste.

Le rapport au politique est très présent, mais – et ça a été une grande surprise durant la visite de l’exposition – est abordé avec une liberté de ton qui étonne. L’art contemporain chinois est né il y a moins de 30 ans, lorsque la mort de Mao et la fin de la Révolution culturelle ont libéré les artistes. C’est donc avant tout l’évolution du régime qui lui a permis d’éclore.

Et sitôt cette liberté conquise, elle a été bien utilisée. Quoique formés, pour la très grande majorité, dans les universités d’Etat chinoises, les artistes exposés se montrent pour le moins irrévérencieux à l’égard des autorités chinoises : le mouvement « pop politique », en particulier les oeuvres de Wang Guangyi, mêle allègrement figures du Parti (au sens propre et au sens figuré) et marques occidentales, à la façon du pop art américain désacralisant les stars.


Tang Zhigang, Conte de fées chinois , 2006

Dans un autre style, mais tout aussi critique, Tang Zhigang peint des scènes de bureaucratie en remplaçant les apparatchiks par de jeunes enfants, pour souligner l’absurdité du système autoritaire chinois. Et dans la cour du musée, on croise Mao en poupée russe bouffie et inoffensive…

Pour finir – comment passer à côté -, l’or de Chine, ce sont évidemment les Jeux olympiques, qui donnent à cette exposition une touche d’actualité.


Wang Qingsong, Lueur d’espérance, 2007

Le stade olympique du « nid d’oiseau » est photographié et peint à plusieurs reprises, les anneaux olympiques sont comme des petits cailloux semés tout au long du chemin de l’exposition (Glory of hope, de Wang Qinsong notamment), et le sport est à l’honneur dans la dernière salle.

Au final, cette exposition est très riche – en artistes, en techniques, en thèmes – et surtout parfaitement pédagogique : grâce à des notices très complètes sur chaque artiste, « China gold » constitue une excellent introduction à l’art contemporain chinois, qui se révèle plein d’inattendu. A aller voir absolument, pour découvrir la Chine au-delà des lieux communs !

Infos pratiques

Musée Maillol
59-61 rue de Grenelle
75007 Paris

Métro Rue du Bac

L’exposition dure jusqu’au 13 octobre 2008. Elle est ouverte tous les jours de 11 heures à 18 heures, sauf le mardi.

Entrée : 8€ (tarif réduit : 6€)

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Moossye
    Moossye, Le 29 septembre 2008 à 19h25

    J'y suis enfin allée, et cette expo est géniale... Les tableaux sont vraiment surprenants, les vidéos intéressantes... j'y suis restée pendant 3heures et je ne me suis vraiment pas ennuyée.

    J'ai adoré les tableaux de cendres.

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