J’ai testé pour vous… étudier le cinéma à la fac (2/2)

Zena étudie le cinéma à l'université et après un premier article assez général, elle se penche aujourd'hui sur l'après-master !

J’ai testé pour vous… étudier le cinéma à la fac (2/2)

À moins d’y être directement confrontés, peu de gens savent ce qu’est vraiment la vie d’un doctorant, et particulièrement en cinéma. Car après avoir passé 5 ans à regarder des films (bien sûr !), que peuvent-ils/elles encore avoir à faire à la fac, ces étudiant-e-s en cinéma ? Explications.

Petit précis de soutenance

Comme je l’évoque dans la première partie de cet article, j’ai validé mon master de cinéma en recherche à Paris et ma soutenance a eu lieu l’année dernière.

La majorité des gens ne sait pas vraiment (voire pas du tout) à quoi correspond une soutenance de master 2 et un certain pan des études supérieures est totalement inconnu des non-initiés. Même les étudiant-e-s de cinéma pensent souvent — comme je l’ai aussi pensé — qu’ils et elles vont être confronté-e-s sensiblement à la même chose que l’année précédente, en première année de master.

Il y a également confusion avec le passage de thèse pour devenir docteur (de doctorat, donc), tant et si bien que j’ai passé l’année de mon master 2 à expliquer que non, je ne passais pas de thèse dans l’immédiat.

La soutenance en tongs, tranquillou…

La soutenance du master 1 est, d’après moi, un exercice d’échauffement plus ou moins difficile ; dans mon cas, ça a été très rapide et très jovial, mais c’est aussi sûrement parce que je passais à la fin de la matinée et que les ventres gargouillaient avec insistance dans la salle. Il était donc tout naturel de penser que ça allait se passer de la même façon pour le master 2, je m’y suis par conséquent rendue les mains dans les poches et les pieds dans les tongs (presque).

Moi avant ma soutenance

…c’était pas une bonne idée

Quelle douche froide ! J’ai apprécié cette fois-ci tout le mécanisme d’une soutenance en bonne et due forme

L’étudiant-e présente d’abord son travail brièvement (j’insiste, il ne doit PAS y passer des heures, en cinéma en tous les cas) puis c’est au tour du jury de faire son boulot (ils sont trois : le directeur de recherche, et deux professeurs rapporteurs). Traditionnellement, c’est le rapporteur le plus âgé/gradé qui prend la parole et qui commence à cisailler le travail que vous avez remis et à poser tout un tas de questions plus ou moins précises et inattendues.

Je conseille donc de ne pas paniquer, d’avoir préalablement pris un crayon et du papier, de noter les questions pour y répondre intelligiblement et calmement. Il ne faut pas s’étonner si les rapporteurs semblent sévères, ils sont censés se pencher sur l’intégralité du travail et émettre des critiques, même si elles peuvent parfois être difficile à encaisser.

L’impression d’être pris au piège est classique, mais il faut voir la soutenance comme un moyen de justifier ses idées, d’affirmer son point de vue et de débattre avec des spécialistes en toute sérénité. La totalité des interventions prend environ une heure en master de recherche en cinéma, en comptant les passages de tous les acteurs (y compris du directeur de recherche qui peut prendre la parole en dernier pour lui-aussi poser quelques questions).

L’étudiant-e est invité-e à quitter la salle pendant la délibération, puis à revenir prendre connaissance de sa note. Il/elle a généralement perdu trois litres de sueur pendant la bataille et se sent vidé (à la fois d’un poids et de toute forme de neurone) par les échanges avec le jury.

Moi après ma soutenance

Le doctorat : adieu, aides financières

L’étudiant-e diplômé-e d’un master de recherche a deux options : continuer dans la recherche à travers un doctorat, ou s’élancer avec joie dans le monde du travail (rappelons-le, armé-e d’un diplôme théorique seulement).

J’ai pour ma part eu envie de poursuivre mes recherches tout en développant mon activité professionnelle, mais je suis la seule de mes amis et collègues à avoir continué mon parcours universitaire après le master. Faire le choix du doctorat, surtout aujourd’hui, n’est pas une décision légère car c’est un statut difficile à endosser si l’on est seul-e à s’assumer.

Depuis 2009, l’allocation de recherche n’existe PLUS, ce qui veut dire que le/la doctorant-e ne reçoit plus de financement pour son travail. En effet, cette fameuse allocation a été remplacée par le contrat doctoral qui est décerné par les Universités elles-même en fonction de quotas par départements.

Et comme le cinéma ne fait pas partie des disciplines les plus favorisées, je vous le dis tout de suite, il y a très très très (je pourrai continuer) peu de contrats distribués (je vous renvoie à l’article dont le lien est en bas de la page pour plus de précisions à ce sujet). J’ai pour ma part tenté par tous les moyens d’obtenir ne serait-ce qu’une aide mineure, en vain.

Ni étudiante ni chômeuse : coucou la précarité

Le/la doctorant-e a un statut particulier car il/elle n’est plus étudiant-e (donc ne peut pas recevoir de bourse), ni chômeu-r-se (il n’a en général jamais travaillé de sa vie) : il/elle est donc dans une position plutôt précaire.

On y reviendra, mais il faut souvent s’autofinancer, donc travailler en parallèle des recherches, de la rédaction de sa thèse, en plus de toutes les activités qui incombent à un-e chercheu-r-se et qu’il faut honorer pour espérer être reconnu-e dans son domaine : colloques (et les buffets qui vont avec), publications, interventions en tous genres…

Il ne faut pas oublier que tout de même, il faut bien des gens pour écrire des livres spécialisés, pour éduquer les plus jeunes à l’appréhension de l’image (et particulièrement aujourd’hui) et de ses différentes facettes, etc. Faire des études théoriques de cinéma ne sert pas à RIEN, cela ne permet juste pas d’avoir directement un travail à la sortie (et attention, je ne dis pas que travailler ne sert à rien !).

Pourquoi le doctorat ?

Je l’ai dit, on choisit le doctorat en études cinématographiques par passion ; c’est de toute façon la seule raison qui peut pousser quelqu’un à poursuivre dans cette voie tant le chemin est semé d’embûches (oublions aussi l’appât du gain).

Qui plus est, le statut de docteur est encore aujourd’hui un grade relativement respecté, qui peut permettre — entre autres — de prétendre à des postes de chargés de cours dans toutes les Universités du monde. Le grade de docteur, ou Ph.d en anglais, est donc le sésame obligatoire pour se lancer dans la voie de l’enseignement supérieur.

Si votre rêve est de donner des cours de cinéma, je pense très sincèrement qu’il vous faudra passer par le doctorat, qui permet par la suite de devenir chargé de cours, puis maître de conférence, et enfin professeur (attention, ce grade étant le plus élevé, il ne faut pas s’attendre à l’atteindre avant vingt bonnes années d’ancienneté). Et puis si vous déménagez en Allemagne, vous aurez le droit de mettre votre statut de docteur sur votre carte d’identité ! Oui Madame !

Tu ne seras (sûrement) pas financée, ma fille

Le/la thésard-e (le terme est en train de devenir désuet, mais il est plutôt mignon) doit donc faire preuve d’ingéniosité en cinéma (comme en Lettres en général, et dans toutes les disciplines relatives aux sciences humaines). Parce que même si ça peut paraître étrange à quelqu’un qui n’a jamais été dans le circuit, mener un vrai (bon) travail de recherche prend beaucoup de temps.

Travailler au fast-food à temps plein reste donc une option risquée, surtout pour la qualité du travail universitaire qui risque d’en pâtir. Le jour de ma soutenance de master (j’ai eu une bonne note et j’ai été encouragée à poursuivre dans la recherche), le jury m’a dit que le mieux était encore de « Trouver un moyen de ne pas travailler en dehors de la recherche, car c’est trop difficile autrement, quand même ! Et puis de toute façon, les professeurs préfèrent que les doctorants ne travaillent pas en dehors de la fac !».

Je suis passée à ce moment précis par une drôle de phase psychique, entre le dépit le plus total et l’impression d’être prise au piège. J’avais tout « bien fait » (passage en juin, aucune concurrence, bonne note, mention), mais non, pas de contrat avec ma fac. Juste parce que. Voilà.

J’étais un peu naïve, je dois bien l’avouer mais même la gentille dame du CROUS m’avait dit, je cite, « Ne vous inquiétez pas pour la bourse, vous n’en aurez plus, mais vous aurez une sorte de salaire ! »…

Je vais être chercheur bénévole en fait ?

Que faire, alors ?

Les possibilités sont illimitées, c’est toute la beauté de la chose, mais aussi son caractère totalement angoissant ! Le/la doctorant-e peut aussi avoir une vie professionnelle à la fac, être vacataire (le statut le plus précaire) ou attaché-e temporaire d’enseignement et de recherche (ATER), c’est-à-dire en CDD avec une Université pour une durée d’un an.

Même si ces postes sont mal rémunérés et difficiles à obtenir (les sciences humaines sont pleines de doctorant-e-s qui n’ont pas obtenu de contrats), ils permettent d’avoir un pied dans l’Université et de donner à sa passion une épaisseur plus concrète. Il faut savoir que lorsque que l’on valide son master de recherche, rien de tout cela n’est expliqué : il faut faire ses recherches soi-même tant le système est opaque.

Cela peut être une période très difficile de remise en question car rien ne semble fait pour aider de quelque manière ces jeunes diplômé-e-s de cinéma.

Aide-toi, le ciel t’aidera

La seule solution alors : être coriace et faire preuve d’inventivité ! Vous avez effectivement appris des choses pendant toutes ces années, et personne ne peut vous enlever cela.

Que vous soyez lancé-e sur la voie du doctorat ou plongé)e dans la vie active, n’oubliez pas qu’il faut voir vos années d’études comme une base sur laquelle il faut multiplier les constructions. Par ailleurs, avoir eu la possibilité de faire des études aussi longues est un privilège auquel peu de gens peuvent prétendre.

Il ne sert finalement pas à grand-chose de pleurnicher sur votre joli diplôme de master en pensant que vous avez gâché votre vie tant le chemin a l’air difficile : vous n’avez pas perdu votre temps parce qu’on ne doit pas mesurer la valeur d’un individu à sa capacité à devenir salarié.

Vous devez être conscient-e de la chance que vous avez eue de passer cinq ans à approfondir une discipline que vous aimez, et vous en servir pour dessiner votre voie professionnelle en conséquence. Cela ne peut venir que de VOUS.

Vous pouvez écrire dans des revues, vous faire embaucher comme assistant-e dans des boîtes de production, lancer votre propre entreprise, compléter votre expérience avec d’autres formations, partir à l’étranger…

Un-e doctorant-e d’aujourd’hui, puisqu’il/elle ne peut plus compter sur des aides financières ou un salaire, est bien obligé de diversifier son activité : il est donc essentiel d’être très ouvert-e sur le monde. Beaucoup de doctorant-e-s en sciences humaines sont aussi pigistes, par exemple.

Et bien sûr, il faut aussi se serrer les coudes : que vous soyez lancé-e en doctorat ou dans le monde du travail, vous avez bien fini par vous faire des ami-e-s pendant toutes ces années, qui sont sûrement aussi perdu-e-s que vous dans les méandres universitaires des études de lettres !

Allez, on y croit les copains !

Pour en savoir plus sur le financement d’un doctorat et quelques conseils pour tirer le meilleur de sa thèse, cliquez donc ici !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Janis Harvey
    Janis Harvey, Le 24 juin 2014 à 3h04

    lady-stardust;4798212
    :oo: :oo: :oo:
    Ah oui effectivement!
    Ça dépend vraiment des matières à enseigner je pense, pour ma part pour un cours de 2 heures, je mets, selon le cours, entre 30 minutes et 3-4h de préparation.
    Dans ma spécialité (enseignement de langue) j'ai toujours entendu dire que le temps de préparation devait être équivalent à la moitié du temps du cours. Bon bien sûr en pratique, selon ce que c'est, je mets, comme j'ai écrit,, beaucoup plus ou beaucoup moins de temps.

    J'avais des chargés de cours qui, au vu de ce qu'ils faisaient, ne devaient pas passer beaucoup plus de temps que moi. Je connais aussi quelques thésards (sciences dures) qui ne passaient pas non plus beaucoup de temps sur leur prépa de cours. Ça doit vraiment dépendre des matières.

    C'était quel cours dont tu étais chargée si ce n'est pas indiscret? (tu peux me répondre en mp si tu préfères).
    En fait je me rends compte que ça doit vraiment dépendre des départements, car dans mon domaine d'enseignement, on est très souvent amené à enseigner des choses qu'on ne maîtrise absolument pas, qu'on n'a jamais étudié et pour lesquelles ont doit alors se former tout-es seul-es... On n'enseigne pas forcément notre spécialité, un peu comme si un-e prof de lettres moderne devait enseigner l'ancien français, tu vois ? Un peu comme ce qui se passe souvent dans le secondaire, on demande aux profs de français d'enseigner l'histoire-géo (j'ai une copine dans ce cas...) Et bien c'est pareil dans mon domaine, tu peux enseigner qqch qui fait partie du grand "champ d'enseignement" sans pour autant y avoir déjà été confronté-e. C'est peut-être pour cela qu'on prend autant de temps pour préparer les cours...
    Et un autre point scandaleux : les vacataires ne cotisent pas !! Les heures de vacations ne permettent pas d'ouvrir de droits au chômage et ne seront pas comptabilisées pour la retraite !!!
    Voici un lien qui explique ça : http://www.collectif-papera.org/spip.php?article27

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