Je fais des études pour mes parents mais je m’ennuie… profondément

Cette madmoiZelle n'a qu'une envie, qu'une passion : voyager. Mais la société et ses parents la pressent de faire des études, pour atteindre l'ultime Saint-Graal : l'emploi, celui qui permettra d'avoir une bonne situation. Alors elle étudie... et elle s'ennuie. Profondément.

Je fais des études pour mes parents mais je m’ennuie… profondément

Pas facile d’imaginer écrire quelque chose sur l’ennui – et surtout d’en faire quelque chose d’intéressant – quand moi-même j’erre lamentablement dans ma propre vie chaque jour qui passe.

Je suis une fille qui s’ennuie et qui ne sais plus comment faire pour arrêter, un peu comme l’addiction à la clope (que j’ai aussi, sinon c’est pas drôle).

Je lis beaucoup de livres et d’articles sur internet parce que ça me ramène un peu à la vie, et parce que j’aime à imaginer ma propre existence à travers celle des autres. Et inévitablement, je me laisse finalement transporter par 100 000 images de moi en train de vivre comme je le faisais avant.

Oui, parce qu’il faut savoir qu’avant, j’avais une vie. Et ne plus avoir de vie à 25 ans, c’est triste.

J’échappais à l’ennui en voyageant

Avant, j’avais mon sac à dos et l’argent économisé suite à mes petits boulots d’été. Et je partais en parallèle de mes études.

Je suis partie vivre un an en Chine en échange avec mon université, et j’ai pas mal vadrouillé une fois sur place – du moins autant que mes cours me le permettaient, parce que bon, quitte à n’avoir que vingt heures de cours dans la semaine, autant se remuer l’arthrite pour s’y rendre un minimum.

Entre-temps, j’ai vu l’Asie du Sud-Est, la Mongolie, Pékin, Shanghai, le sud de la Chine et la côte Ouest, mais à mon grand regret, je n’ai pas pu aller jusqu’au Tibet, pour des raisons politiques.

Puis je suis rentrée en France en ayant chopé le syndrome la bougeotte. Enfin, vite fait, parce qu’une fois rentrée en France, je reprenais un mode de vie amorphe et chiant, à savoir : série, puis pizza, puis bière et cuite, puis donc gueule de bois, puis série, pizza…

Bref, un sale cercle vicieux où la routine et surtout l’ENNUI s’installent très vite, comme s’ils étaient chez eux. Limite ils bouffent de la pizza avec toi et vont se taper une p’tite cuite en soirée en ta compagnie.

Parce qu’en fait l’ennui, quand t’es sédentaire, ça s’installe vite. Surtout quand tu as été habituée à vivre la grande aventure à dos de cheval dans les montagnes du Yunnan.

Alors je suis repartie, et j’ai opté pour un exotisme à l’occidentale en partant en Nouvelle-Zélande.

Je refuse de parler de la Nouvelle-Zélande. C’est comme de parler de cette histoire d’amour passionnante, fascinante et merveilleuse qui vous a fait découvrir des morceaux de vous-mêmes dont vous n’aviez pas conscience avant. L’amant que vous aviez attendu une vie entière, celui qui touche à peine et qui pourtant vous fait vibrer comme un téléphone en plein émoi.

C’est cette histoire d’amour exclusive qui n’aurait jamais dû se terminer, mais qui s’est finie trop tôt alors que ni toi ni lui ne vouliez y mettre un terme. Une histoire de kiwi, une histoire de mouton, de bière (encore oui, j’aime la bière ; en Chine et en France, j’ai toujours aimé la bière), de vent, de colline et de tremblement de terre. La Nouvelle-Zélande, la seule terre qui m’ait brisé le cœur.

À lire aussi : les Cartes Postales de Nouvelle Zélande

Et puis, voilà. Voilà, tu passes six mois là-bas, et à ton grand dam ton école dit « NON ! » quand tu demandes à rester un an, et tu l’as dans le cul Lulu, à te dire que « Peu importe, je vais partir voguer vers d’autres horizons ».

Mais non. Mais non parce que papa et maman, ils disent que c’est bon, là. Là, il faut finir tes études et trouver du travail.

Coincée dans les études

Et comme t’aimes pas les études que tu fais, tu te réorientes (sans leur dire), pour apprendre le chinois à temps plein (toujours sans leur dire) en L3 (alors que tu as l’âge de finir un M2). Ils n’étaient pas très très contents quand ils l’ont appris.

« Donc je viens de lire ton bulletin… »

Comme tu as mauvaise conscience d’avoir menti à tes parents qui au final sont des gens très bien, tu te trouves un taf, un truc de merde, n’importe quoi, qui pourrait faire comprendre à tes parents que tu travailles, que c’est bon : t’es une nana sérieuse.

Contrairement à ce qu’ils pourraient croire, tu passes pas ta vie à traverser la planète avec un fez sur la terre et un très cool nœud papillon – hashtag Doctorwho (merci pour celles-ux qui relèvent LA référence à LA meilleure série du monde).

Ta vie devient alors un marathon, tu cours du taf aux cours et à la BU. Pas dans le sens sportif du terme, parce qu’admettons-le quand même ; depuis que tu vis comme ça, c’est pas le temps de faire du sport qui s’accumule… Non, ce qui s’accumule, c’est plutôt le gras dans tes cuisses qui déborde en mode « Bon bah puisque tu bouffes H24, nous on va prendre l’apéro au niveau de ton fessier. J’te préviens, on en a pour un bon moment… »

Tu as bientôt 25 ans , et tu as posé ta valise en te disant « C’EST TEMPORAIRE, BIEN SÛR QUE BIENTÔT JE REPARTIRAI A L’ÉTRANGER PARCOURIR LE MONDE ! ». Mais non.

Maintenant, tu as un boulot chiant dont tu as ras la casquette (serveuse dans un restaurant chinois), mais que tu ne peux pas lâcher parce que ta fierté sans pareille te dit que tu ne demanderas pas UN SOU de plus à tes parents qui sont à la retraite et qui sont bien trop occupés à s’amuser comme des petits fous pour te faire un chèque (et ils ont raison).

Tu as donc validé ta L3 brillamment en te disant que tu avais fait le bon choix, et tu as continué dans cette voie en faisant un master recherche… avant de t’apercevoir que la recherche c’est chiant, c’est long ; c’est pas ton truc. Lire 52 bouquins par jour qui parlent du même truc avec seulement deux ou trois nuances sur certaines notions, c’est pas ton dada. Non. Non merci, vraiment !

Je suis tombée de haut. Et je suis tombée bien bas ; je me suis gentiment calé mes rêves d’aventure où je pense parce que quand on a fait des choix, il faut les assumer jusqu’au bout. Il faut finir ses études et garder son travail – même si ça prend des années. Ouais.

Et après ?

Je me suis isolée de tous mes amis parce que je suis frustrée, putain ; oui, frustrée comme jamais. Et pourtant, l’année dernière je bossais tellement tout le temps que je n’ai pas connu les joies du frotti frotta de toute l’année – mais là c’est encore pire, je suis encore plus frustrée.

Je ne sors plus, je ne vois plus les gens. Je ne suis pas déprimée, mais je me crée une vie d’ermite, une vie un peu chiante. Et c’est surtout une vie qui m’éloigne de mes voyages, des aventures merveilleuses qui me définissaient auparavant.

Parce que quand je me revois quelque part en Thaïlande à fuir des éléphants alors que je viens de vomir sur mon guide touristique dans la montagne (l’insolation c’est pas la maladie la plus chouette du monde), et qu’après je me vois maintenant, seule dans mon 20 mètres carrés au fond de la Bretagne, et que je me dis que je retourne vendre des nems dans deux heures, et que je n’ai rien, zéro projet à part celui de m’acheter un nouveau sac à main, alors je ne sais plus qui je suis.

Je ne me reconnais foutrement plus. Alors, je ne veux plus y penser.

Dodo, plutôt.

En attendant, je traîne pas mal sur le net. J’achète des trucs pour combler le vide, principalement du thé et des fringues. Je me parle toute seule, mais je ne parle jamais de mes voyages : c’est ça l’amour perdu, c’est celui qui fait mal même des années après, si mal qu’on ne peut plus en parler, même à soi-même.

Je regarde des vidéos de gens qui voyagent, ou de gens qui sont ailleurs, et je me marre, je ris jaune parce que je suis jalouse. Peut-être un jour je repartirai. Je me fais mille plans à la minute en me disant que bientôt je vais repartir, que j’ai encore un an avant de finir mes études, et qu’après, c’est bon, c’est cool, je vais me casser.

Mais il y a la pression parentale derrière, et l’idée claire et nette qu’on ne peut pas se promener autour du monde toute sa vie. Il faut trouver du travail, une carrière. Les idées abstraites de l’existence telle qu’on devrait la percevoir font rapidement leur chemin dans nos têtes…

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Cyns
    Cyns, Le 7 juin 2014 à 22h15

    Moi j'y lis plus de détresse et de peur que de contrainte. Parle à coeur ouvert à tes parents si leur avis compte à ce point. Ils s'inquièteront toujours pour l'aspect financier et matériel de ta vie, ne soit pas trop dure avec eux mais exprime toi, tu as besoin de parler, de te re-sociabiliser.

    Pour être heureux il faut se rendre mobile de nos jours, mets en avant tes compétences linguistiques, et va de l'avant. Il y à pas mal de petit boulot en tant qu'interprète, je sais que les grandes enseignes cherchent fréquemment des vendeuses parlant le chinois (en tout cas c'est véridique à Londres). Cherche à rentabiliser tes études, parler une langue étrangère peut vraiment te permettre de gagner plus qu'un smic et il y a des personnes qui font leur vie avec un sac à dos en faisant des saisons à droite à gauche ...
    Pense à ce que tu veux TOI et agis, ne reste pas passive et statique ... force toi :attaque:

    Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir ! :hugs:


    Et sans vouloir être méchante pour celles qui disent "bon retour à la vie de tout le monde" ou que tu ne devrais pas te plaindre "car tu as voyagé". Non. Alors Tout le monde, n'a pas les mêmes opportunités, Tout le monde n'a pas besoin des mêmes choses pour construire sa vie. Je trouves ça facile de dire ça.
    à tord où à raison je sens comme de la jalousie et même peut être que vous êtes devenue aigris de ne pas avoir osez/tenter ou de ne simplement avoir eu l'opportunité. L'envie ne vous rendra pas plus heureuse.
    Désolé pour le coup de gueule mais bon...

    Je pars du principe que si tu n'aimes pas ta vie, il faut la changer, vivre pleinement c'est la seule chose qu'on a ^^

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