En 2017, EnjoyPhœnix n’a toujours pas le droit d’être une businesswoman

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Le reportage de 66 minutes consacré à l'édition 2017 de l'événement Vidéo City a lancé une polémique autour de la youtubeuse EnjoyPhœnix... incompréhensible. Décryptage.

En 2017, EnjoyPhœnix n’a toujours pas le droit d’être une businesswoman

Mise à jour du 19 avril – Dans la soirée du 18 avril, Rose Carpet a exprimé son soutien envers EnjoyPhœnix, qui faisait partie du collectif avant de le quitter en mai 2016.

L’un article publié sur leur site revient sur le déroulement de l’édition de 2017 de Vidéo City, et apporte notamment un complément d’informations expliquant le comportement décrié de la youtubeuse.

Par exemple, au sujet de son prétendu désintérêt pendant la remise du prix du concours de vidéaste amateur, l’article précise :

Oui, Marie est sur son téléphone pendant une conférence dont elle est la Marraine. Mais c’est pour regarder la chaîne de l’heureuse gagnante et mieux la connaître avant de lui remettre son prix.

C’est quand même super classe qu’elle accepte d’être la Marraine d’un concours qui favorise la création et met en lumière de jeunes Youtubeurs, non ?

Rose Carpet souligne également la dévotion de la youtubeuse pour ses abonné•es et du temps qu’elle investit pour eux, en convention et ailleurs.

Rappelons que Rose Carpet, collectif de youtubeuses proposant des contenus vidéos autour de la mode, de la beauté et du lifestyle, appartient au groupe M6, la même chaîne ayant diffusé le reportage de 66 minutes.

Le 18 avril 2017 – Les 8 et 9 avril 2017 se tenait à Paris la deuxième édition de Vidéo City. Cette convention est le premier événement de vraie grande ampleur réunissant des vidéastes, qui sévissent dans des domaines éclectiques : beauté, gaming, culture, humour, sport, et j’en passe.

Phénomène oblige, les médias se sont emparés du sujet, à l’exemple de M6 qui dévoilait ce dimanche 16 avril 2017 un reportage consacré à Vidéo City dans son émission 66 minutes.

La télévision face à Internet : la grande incompréhension

Quand la télévision s’attache à traiter un sujet en relation avec le web, l’Histoire nous l’a prouvé, cela a tendance à produire un moment particulier, plutôt teinté de malaise.

Parmi les exemples les plus révélateurs du dialogue de sourds entre les deux médias, on ne se souvient que trop bien de l’interview de Natoo dans l’émission On n’est pas couchés de Laurent Ruquier, un entretien mené par des chroniqueurs à la limite de l’infantilisation. C’est tout juste s’ils ne criaient pas au complot face aux statistiques de vues vertigineuses de sa chaîne.

Cette problématique (que l’on a envie de qualifier de très injuste) avait déjà été décortiquée avec finesse dans un article de Miquette réagissant à la première édition de Vidéo City… en 2015.

En opposition au mépris des médias traditionnels, elle mettait en avant ces individus dans leur capacité à développer (souvent en autodidacte) des compétences très variées et surtout pointues :

Couteaux suisses multimédia, ces pionniers du web sont totalement polyvalents : à la fois producteurs, auteurs, interprètes, cadreurs, monteurs, media planners, community managers… 

La plupart gèrent toute la chaîne de production, de la conception à la mise en ligne en passant par la promotion de leurs propres contenus.

Un côté touche-à-tout qui nécessite de nombreuses compétences techniques, une connaissance et une compréhension du Web, sans oublier une charge de travail colossale.

Ces vidéastes sont autant comédiens qu’ils sont techniciens, de même qu’ils sont des auto-entrepreneurs, gestionnaires et dépendants d’un business qui leur demande une attention particulière pour leur audience :

Si ces créatifs gagnent en partie leur vie et s’ils ont accès à une certaine réussite sociale, c’est tout simplement grâce à leur communauté.

Ainsi, si les gens décident demain d’arrêter de regarder leurs vidéos, les youtubeurs perdront tout simplement leur emploi.

Oui, ces youtubeuses et youtubeurs créent des émeutes à Vidéo City ou lorsqu’ils viennent dédicacer leur livre en librairies, et accèdent au statut de célébrité au même titre que celles et ceux qui passent à la télévision.

Mais dans leur cas, c’est grâce tout d’abord à leur talent, à de vraies compétences et à un sens de la gestion de leur économie et de leur communauté affuté.

Pour la deuxième édition de Vidéo City en 2017, on aurait pu s’attendre à ce que tout cela ait bien été intégré dans les esprits.

Après tout, les frontières commencent enfin à se flouter :  EnjoyPhœnix a foulé les planches de Danse avec les stars en 2015, Kemar, Natoo, et bien d’autres seront cet été sur les écrans de cinéma, et même Adèle Castillon a joué aux côtés de Louise Bourgouin et Gilles Lellouche dans le film Sous le même toit.

Pourtant, en ce mardi 18 avril, si je suis en train de rédiger cet article, c’est que du chemin reste à parcourir.

EnjoyPhœnix au cœur d’une polémique

Ce qui s’est passé à la télévision dimanche soir, c’était un peu Rendez-vous en terre inconnue (pour reprendre des références télévisuelles). Le reportage 66 minutes proposait une immersion dans le salon en compagnie de plusieurs protagonistes : une youtubeuse fitness, une mère accompagnant sa fille adolescente, et un fan lui-même youtubeur.

L’ensemble témoignait de cette continuelle incompréhension et ne mérite pas particulièrement que l’on revienne dessus, mais une séquence a suscité la polémique sur les réseaux sociaux, et a surtout eu le don de me faire bondir : la séquence consacrée à EnjoyPhœnix.

Vous pouvez revoir la séquence en replay à partir de 24:06, et je vais vous la détailler juste en-dessous.

Le reportage présente la youtubeuse en la qualifiant d’indétronable (il faut croire que YouTube, c’est comme Game of Thrones), rappelant son âge (22 ans), le succès de son autobiographie (200 000 exemplaires vendus) et précisant qu’elle pèserait près de 300 000 euros par an (Capital n’étant pas diffusé ce soir-là, ça aura compensé le manque).

Le reportage suit Marie Lopez qui s’apprête à se rendre à une remise de prix d’un concours de vidéaste amateur, organisé par le magazine Elle. La youtubeuse termine ses dédicaces avant d’être interpellée par une femme pour tourner un spot publicitaire, et la voix off nous fait comprendre que ça n’est pas une partie de plaisir pour elle.

D’ailleurs, la chaîne ne manque pas de sous-titrer son agacement lorsque Marie Lopez est en marche rapide vers son prochain lieu de rendez-vous : « C’est chiant ! » lâche-t-elle.

EnjoyPhœnix réclame ensuite à plusieurs reprises des informations sur cette remise de prix, manifestement un peu brumeuse dans son organisation. Elle est « bien en retard », nous précise la voix off, et est attendue depuis près de 20 minutes. Et on ne rigole pas avec le retard sur M6, qui commente :

Mais Enjoy prend son temps pour faire sa petite vidéo perso avant.

S’en suit une séquence où « la star » est montrée comme désintéressée par le prix en question (puisqu’elle a les yeux rivés sur son téléphone,) et le reportage parle même de « service minimum » pour son discours de marraine de cette remise de prix.

C’est à se demander qui est le plus méprisant, entre Marie et la voix off…

Une businesswoman présentée comme une diva

Si la chaîne a commencé, à juste titre, par présenter Marie Lopez comme une auto-entrepreneuse, il est regrettable que cette dimension ait rapidement été abandonnée au profit d’une image de diva capricieuse.

EnjoyPhœnix est la personnalité la plus sollicitée sur le salon, selon le reportage qui le précise au début de la séquence, et la jeune femme a d’ailleurs ajouté sur snapchat avoir accepté le maximum de rencontres et d’événements pendant Vidéo City.

Son empressement pour respecter son emploi du temps serré tout en tentant de satisfaire au mieux sa communauté est de fait parfaitement compréhensible.

Son agacement l’est tout autant lorsque, réclamée pour être marraine d’un prix, on ne lui fournit aucune information. Breaking news : personne n’a envie de prendre la parole devant une assemblée sans savoir pourquoi. Personne.

C’est d’autant plus injuste de parler de « service minimum » à propos d’un événement pour lequel on ne lui fournit aucun renseignement : il semblerait manifestement que les vidéastes aient un devoir de divination pour 66 minutes.

Ces journalistes feraient-ils preuve de la même exigence critique vis-à-vis des personnalités politiques, lorsqu’elles doivent improviser des discours d’inauguration d’obscure salle polyvalente dans des coins reculés de la France ? Si oui, on rappellera alors que le métier de Marie Lopez n’est pas d’improviser ce genre de discours…

EnjoyPhœnix est très demandée sur le salon Vidéo City, et elle l’assume. Mais elle ne met pas pour autant ses activités pros sur «pause». Elle reste sollicité sur tous les fronts, professionnellement (qui sait si elle n’est pas en train de répondre à un mail au sujet d’un « contrat publicitaire juteux » en pianotant sur son téléphone pendant la remise de prix ?) mais aussi et surtout publiquement.

N’est-ce pas grâce à ses « petites vidéos persos » que Marie a aujourd’hui la carrière qu’elle a, à 22 ans seulement, effectivement ? Peut-on vraiment lui en vouloir de prendre deux minutes supplémentaires pour tourner une séquence qui figurera dans une vidéo que ses fans attendent ?

EnjoyPhœnix a toujours privilégié ses fans, et cela, même si la voix off ne le souligne pas, c’est quelque chose d’évident dans le reportage : quand il n’y a plus le temps, il en reste toujours un petit peu pour quelques photos.

La diffusion du reportage a généré une polémique sur les réseaux sociaux, à l’encontre de Marie. Celle-ci a répondu en publiant sur Instagram un message de reconnaissance et d’amour envers sa communauté :

N'oubliez pas que je vous aime, c'est la seule chose que j'avais envie de partager avec vous sous cette photo. Je vous serai à jamais reconnaissante pour tout ce que vous m'avez permis de vivre jusqu'à maintenant, et j'essaye de toujours tout faire depuis 6 ans pour pour le rendre du mieux que je peux. Vous êtes la raison pour laquelle je me suis battue pour réussir à m'assumer et pour vous aider encore plus. Vous êtes ma raison de continuer d'avancer. Vous êtes aussi une de mes raisons de vivre. Je vous ai dans la peau et ça on ne me l'enlèvera jamais. J'aime vous serrer dans mes bras et vous faire sentir bien par ce que c'est là dedans que je m'épanoui le plus, et même si demain Youtube s'arrête, je veux garder ce contact si spécial que nous avons. Je vous aime tous autant que vous êtes et qui que vous soyez. Ma vie toute entière tourne autour de vous, et j'espère que vous le savez… With love, Marie

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EnjoyPhœnix en fera-t-elle un jour assez pour être légitime ?

L’acharnement médiatique sur EnjoyPhœnix ne date pas d’hier, et on l’avait d’ailleurs déjà évoqué dans un article sur le mépris qui frappe les jeunes femmes qui réussissent.

Il est toutefois frustrant de constater que même les médias qui ont toutes les clés en main pour mettre en valeur un parcours de vie exemplaire comme celui de Marie Lopez optent plutôt pour la condescendance.

« Enjoy », comme ils l’appellent, n’a que 22 ans, et elle est à la tête d’une entreprise remarquable.

Elle s’est construit une image qui lui fait signer des contrats avec des grandes marques, créer des lignes de vêtements, voyager aux quatre coins de la planète, écrire des livres à succès, le tout dans une démarche viable qui fait qu’elle existe toujours au bout de 7 ans.

Elle conserve un capital sympathie énorme depuis toutes ces années, soucieuse des préoccupations de sa communauté, répondant aux commentaires, aux snaps, aux tweets (avec courage, quand on sait quel puits d’insultes cela peut être) et de partager un maximum de choses avec elle.

Que lui faudra-t-il accomplir de plus pour enfin obtenir la reconnaissance objective qu’elle mérite ?

Des divas, nul doute qu’il en existe dans ce milieu. Mais EnjoyPhœnix est-elle vraiment la personne sur laquelle il faut jeter la pierre ? Elle qui s’engage contre le harcèlement scolaire ? Elle qui prône un message body positive et d’acceptation de soi ?

Elle qui, il y a quelques jours, invitait ses abonné•es à faire un don en faveur d’une association venant en aide aux personnes aveugles, pour ne citer que cet exemple, le plus récent ?

Aujourd'hui j'ai visité le Musée Louis Braille, et j'ai été particulièrement touchée par l'association. Savez-vous qu'un dictionnaire en Braille coûte 850€ ? Que chaque minute, un enfant devient aveugle dans le monde ? Et que seuls 3% des aveugles savent lire le Braille faute de professeurs et de matériel adapté ? J'ai donc décidé de réagir et d'aider l'association à récolter des fonds afin de permettre aux jeunes enfants aveugles d'avoir accès à la connaissance. Si vous voulez faire ne serais-ce qu'un petit don d'1€ , je pense que vous ferez des heureux parmi les familles pour qui la cécité est une vraie épreuve et parfois une honte ( alors que cela ne devrait pas être le cas ). J'ai filmé un vlog qui sortira demain, et je vous donne le lien de la cagnotte GoFundMe ♡ J'irai plus tard voir l'avancée de cette association et du matériel ainsi que des progrès que nous auront pu faire grace à nos dons, le but étant à terme d'ouvrir une imprimerie internationale Louis Braille ♡ Je compte sur vous, personnellement, j'ai déjà participé 💫 https://www.gofundme.com/le-braille-jy-tiens?lang=fr-FR __________________________ #LouisBraille #GoFundMe

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Plutôt que d’interpréter des images et d’y plaquer ses a priori négatifs, ne serait-il pas temps de lui rendre sa légitimité en lui donnant la parole ?

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Lucie Kosmala

Lucie a commencé en 2015 par vous parler de littérature jeunesse, et depuis janvier 2016, elle vous cause plus généralement de livres, sous toutes ses formes et pour tous les goûts. Elle s’est illustrée à de nombreuses reprises dans la réalisation de petits pingouins en olives, et connaît d’un point de vue exhaustif tous les gifs de raton laveur existants.


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Commentaires
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  • Kaus Australis
    Kaus Australis, Le 21 avril 2017 à 14h45

    @Freehug ça fait quelques années déjà que je suis dans le monde du travail et j'ai jamais vu quelqu'un agir comme ça! Après je sais que ça existe, c'est des comportements d'humains en compétition donc ouais, yen a beaucoup.

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