Elementary, le Sherlock version Yankee

Elementary, c'est Sherlock Holmes réinventé à la sauce américaine, au XXIème siècle, à New York, avec une Joan Watson qui a quelque peu gagné en boobies. Alors, ça vaut quoi ?

Elementary, le Sherlock version Yankee

En ce début d’année 2014, Sherlock Holmes était dans la place ! Vendredi 3 janvier débarquait sur nos écrans français Elementary, une version américaine dynamitée de Sherlock Holmes, à l’heure où les fans se délectaient de la 3ème saison de Sherlock à la sauce BCC.

Les deux, bizarrement, se passent à notre époque. Laissons de côté la piste de la coïncidence, ça sent surtout le filon à exploiter. Nos chers amerlocks sont-ils parvenus à réaliser une version sans fausse note ? Pas si sûr… Elementary mélange incohérences, partis pris originaux mais foireux, et blasphèmes. Ça pique un peu.

Coïncidence toujours : Johnny Lee Miller (Elementary) et Benedict Cumberbatch (Sherlock, BBC) ont tous deux joué dans le Frankenstein de Danny Boyle où ils échangeaient régulièrement leurs rôles !

Pitch, oh mon pitch…

Sans doute par peur de se prendre un procès aux fesses par la BBC pour cause de plagiat, la CBS a décidé de proposer une adaptation complètement décalée de notre cher Sherlock. Ce qui nous donne ceci…

Expatrié à New York, Sherlock Holmes se défonce la tête et se paye des filles de joie pour satisfaire ses pulsions. Papa pas content décide de lui offrir à Noël une jolie cure de désintox pour remettre son génie de fils dans le droit chemin.

Débarque alors dans sa vie Joan Watson, une ancienne chirurgienne venue l’empêcher de se mettre des aiguilles dans le bras, autrement appelée compagnon de sobriété. Ensemble, ils vont arrêter les méchants.

J’ai frôlé trois fois la syncope en résumant la série. Je vais faire un tour dans mon Mind Palace pour me calmer, et je reviens.

En attendant, je vous propose un petit exercice digne des meilleurs Femme Actuelle Jeux, disponibles chez votre marchand de journaux : cherchez les (grosses) erreurs dans ce petit texte.

Il me cherche quand même.

L’Amériiiiique, l’Amériiiique…

Ayé, vous avez fini de jouer ? Je vais vous distiller les réponses au fur et à mesure, comme ça vous devrez lire l’article en entier, et ça me permet de le structurer. Ça me fait plaisir de vous dévoiler mes ficelles rédactionnelles, tel un Sherlock instruisant son Watson (laissez-moi y croire, merci).

Désolée donc de partir dans le cliché du patriotisme américain, mais pourtant, il le faut. Promis, je ne parlerai pas de la menace terroriste du 11 septembre.

New York, I love you…

La série se déroule donc à New York. Aux États-Unis. Parce que les scénaristes sont américains.

Alors que Londres est quasiment un personnage principal de l’intrigue, que Sherlock connaît par cœur, vous pouvez donc oublier le 221B Baker Street, Madame Hudson, Scotland Yard, les bobbys, les cabs, Mycroft et le gouvernement britannique, les références à la reine, le réseau des SDF…

Ouais, je sais. C’est comme reshooter la photo des Beatles à Abbey Road sur Hollywood Boulevard. C’est mal. En me forçant, je m’imagine presque le chien des Baskerville se dérouler dans les grandes plaines du Missouri…

Mais qu’est-ce que je raconte ? La série ne suit pas du tout les enquêtes de Conan Doyle ! Elle ne fait que lui emprunter des personnages, et enfonce même les portes ouvertes…

Sexual healing

Laissez-moi vous décrire la toute première apparition du Sherlock joué par Johnny Lee Miller.

La brave Watson arrive toute pimpante à l’appartement de son filleul d’où elle voit sortir une jeune femme, a priori de petite vertu. Entrant sans trop prendre la peine de frapper, elle rencontre alors un Sherlock torse nu, plutôt musclé et suintant, qui lui claque une tirade romantique à la rendre tout chose.

Heureusement, la réplique était une blague. La suite n’en est pas une.

Notre cher détective lui explique que bon, le sexe, c’est pas du tout son truc, rapport aux échanges de fluides, mais qu’il est bien obligé pour être au maximum de ses capacités. S’ensuivra ensuite dans un autre épisode un plan à trois avec des jumelles (il a ma foi l’air de kiffer), et des sous-entendus graveleux sur les potentielles expériences lesbiennes de Watson.

221B Taktak Street

Je suis désolée d’avoir à insister là-dessus, mais apparemment pour certain-e-s, ce n’est pas clair : un personnage, voire une personne tout simplement, n’est pas obligé d’être sexuellement actif ! C’est ce qu’on appelle l’asexualité, chers scénaristes, et Sherlock Holmes n’en est pas loin.

Le monsieur n’est déjà pas au point avec les normes sociales, alors avec la séduction et le sexe… pensez-vous ! Dès le départ, on a un peu l’impression de se retrouver dans une pâle copie de Dr House, avec un personnage moins sympathique, et c’est pénible. Sachant qu’House est lui-même un descendant télévisuel de Holmes, le serpent se mord un peu la queue… Sans faire de mauvais jeu de mots.

Une fille au masculin, un garçon au féminin…

Vous l’aurez compris : dans Elementary, John Watson devient Joan, interprétée par la célèbre Lucy Liu.

Je ne reproche rien à Lucy Liu, à part peut-être d’avoir accepté le rôle. Un Watson version féminine, c’est difficile à imaginer. De suite, j’ai freiné des 4 fers, craignant un classique chemin à la Castle et une love story sous-jacente…

A priori, ça ne devrait pas avoir lieu, et j’ai envie de dire OUF ! Le problème étant qu’en évitant ce piège, Elementary se prend les pieds dans un autre tapis : il n’existe plus aucune ambiguïté entre les deux personnages, ce qui pourtant présent dans les bouquins et dans 99% des adaptations depuis…

On a au moins une caution « cheveux de ouf » en l’absence de Cumberbatch

Mais oublions une seconde que Watson est une femme. Elementary réussit le tour de force de foirer complètement le caractère de ce personnage, grand suiveur et admirateur devant l’éternel du détective.

Si elle reste plus humaine que son acolyte, Watson a un caractère bien trempé, et n’hésite pas à réprimander sans arrêt Sherlock qui, la majorité du temps, lui obéit. Ou s’excuse. Manquerait plus qu’un massage des pieds et le tableau serait complet !

Même si c’est horrible à écrire, il faut admettre que Watson est normalement « soumis » à Sherlock. Il ne lui tape pas sur les doigts les sourcils froncés. Il accepte le détective avec ses sales défauts, et évolue avec lui.

Ah pour le coup, Joan évolue puisque mi-saison, elle commence à prendre du galon et résoudre des enquêtes de son côté. Ce qui ravit Sherlie, qui est presque dans une logique de transmission de patrimoine… Mais y a-t-il vraiment de l’intérêt à faire un Sherlock en double ?

Tu veux ou tu veux pas ?

Malgré mes multiples protestations et grognements lors des visionnages d’Elementary (demandez à mon Watson de colocataire pour confirmation), j’ai quasiment réussi à terminer la saison 1 et je compte d’ailleurs bien le faire. Parce qu’Elementary est une bonne série policière, avec des enquêtes qui tiennent la route, des personnages travaillés, dans la même veine que ses prédécesseurs Dr House (la VF de Holmes est celle de Chase, d’ailleurs : on s’en fout, mais ça me fait plaisir) ou encore Mentalist : Holmes galère un moment avant d’avoir une épiphanie miraculeuse et de trouver la solution (dans 90% des cas).

Je peux donc la regarder, à condition de me forcer à entendre « Sherman » et « Jocelyn » quand ces deux-là s’interpellent… Dommage, l’idée d’un Sherlock plus vieux et plus aigri était sympa, et son addiction à la drogue est un aspect intéressant à étudier. Une bonne série donc, mais pas un bon Sherlock.

Si vous êtes vraiment fan du personnage, je vous conseille donc plutôt la version BBC, qui, malgré les défauts d’un de ses créateurs, Steven Moffat, est un peu plus fidèle à l’original !

Et si vous n’êtes pas d’accord avec moi, venez en parler dans les commentaires !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Noctys
    Noctys, Le 17 mars 2014 à 13h17

    greencrook;4654251
    noctys;4653847
    Autant j'aime bien la série, autant je ne la considère pas du tout comme Sherlock Holmes: si on ne citait pas son nom d'ailleurs, je ne le remarquerais pas.
    Pourquoi pas plutôt un descendant de Holmes?
    Parce que franchement, LE Holmes de Conan Doyle, s'il est morphinomane ou cocaïnomane occasionnel, il n'est pas le toxico alcolo repenti de la série US. Il ne vit pas non plus dans un taudis crasseux, n'est pas négligé, ni point de vue hygiène ni sur le plan vestimentaire, il n'a sûrement pas en permanence une barbe de quelques jours. Et où est Madame Hudson???
    New York, passe encore, le Dr Watson une femme, ok, mais un Holmes qui boit du café? Lestrade devenu Gregson? Et AUCUNE histoire correspondant aux histoires d'origine???
    Comme je le dis, j'aime bien la série mais pour moi, c'est surfer sur la vague holmienne à la mode et essayer de l'américaniser. Ç'aurait été plus crédible si, comme je le suggérais, il s'agissait d'un descendant du Sherlock Holmes véritable parce que là, ce n'est plus du rafraîchissement, c'est de la réécriture.
    Madame Hudson est bien présente et Lestrade aussi, et Gregson étant un personnage notable qui apparaît plusieurs fois dans des histoires populaires (sous le nom de Tobias Gregson), je trouvais que c'était une bonne décision de le remettre au devant de la scène : o.
    Après pour le choix de vraiment parler de l'addiction de Holmes en profondeur, je pense aussi que c'est un choix intelligent. Il y a des passages dans le canon où Watson s'inquiète des "petits vices" d'Holmes, et Jeremy Brett - qui est peut être l'Holmes le plus connu et le plus acclamé de toutes les adaptations - a toujours dit que sans Watson, Holmes aurait sombré dans l'addiction et la solitude. Dans Elementary, c'est un peu ce qu'il se passe: Holmes rencontre Watson après avoir été au fond du fond, et ils se reconstruisent une vie ensemble.
    Pas encore vu de Lestrade, en tout cas, et j'en suis au S01E17. Que Tobias Gregson soit un personnage des romans d'origine, ok, mais ici, il prend carrément le rôle de Lestrade - y a plus qu'une prise de liberté, non? Et où est Mme Hudson? Parce qu'elle est peut-être un personnage secondaire, mais elle est importante?
    Bref, comme je le disais, j'aime bien la série, mais ce n'est pas du Sherlock Holmes. Pour moi, c'est juste un policier, un bon policier, mais pas du Sherlock.

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