Électro : les femmes de plus en plus (re)connues

Daft Punk, Justice, Yuksek... Quand on parle de DJ, on imagine souvent un homme. Focus sur des DJs féminines qui n'ont rien à envier à leurs collègues masculins.

Électro : les femmes de plus en plus (re)connues

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous parler de celles qui me font danser toute la nuit. « Elles », ce sont Louisahhh!!!, Miss Kittin, ou encore l’équipe de Girls Girls Girls. Entre house, techno, ou hip-hop elles assurent autant (voire plus) que leurs collègues masculins !

Louisahhh!!!, seule fille de l’équipe Bromance

Grands yeux bleus, cheveux courts, voix suave… Louisahhh!!! (de son vrai nom Louisa Pillot) est la seule fille du label Bromance, piloté par deux piliers du clubbing (Brodinski et Manu Barron). Originaire de New York, puis établie à Los Angeles, elle a imposé son style : une house percutante aux paroles sensuelles.

Louisahhh!!! chante sur Let the Beat Control Your Body de Brodinski, et son dernier EP, Transcend, nous tient en haleine entre beats techno et paroles chuchotées. Depuis sa mixtape de l’été 2012, sensuelle mais parfois martiale, parfaite pour le déhanché au soleil couchant, c’est un univers auquel son public est habitué. Elle est devenue la reine en la matière, baladant son public entre une techno froide et une voix sexy ; ses dernières soirées (à Paris et Cannes) ont fait l’unanimité.

Louisahhh!!! a grandi et évolué dans la musique : fille d’un producteur/compositeur, elle joue du piano et de la guitare. Aujourd’hui, elle est signée sur Bromance Records, un des labels les plus prisés du moment, dont elle est la seule membre féminine. Elle le décrit elle-même comme « une deuxième famille », mais insiste sur l’importance de l’entraide entre les artistes féminines.

Miss Kittin, reine incontestée de l’electroclash

Caroline Hervé, alias Miss Kittin, a 40 ans, et squatte la scène électro depuis 1990. Elle commence le DJing en fréquentant les premières raves grenobloises. C’est avec The Hacker (de son vrai nom Michel Amato) qu’elle va sortir ses premiers EP, puis deux albums. Son style ? Une techno fracassante.

Jusqu’à cette année, sa carrière a été marquée par les collaborations. Miss Kittin étant devenue une icône de l’underground, les plus grands noms du milieu l’ont invitée pour des duos ou des sets.

Véritable patronne de l’electroclash, des sons-qui-tabassent, des paroles froides et sensuelles (notamment sur Stripper), elle avait pour habitude de se produire habillée en infirmière sexy, que ce soit dans des festivals internationaux ou des raves au fin fond de la forêt.

Son album Calling From The Stars, sorti le 22 avril dernier, est un bijou de composition, composé de 23 titres sur deux disques. On comprend que Kittin a mûri. Les paroles provocatrices font place à des refrains atmosphériques accompagnés par une voix aérienne. La techno enivrante est toujours présente sur le premier disque, avant de laisser place à des mélodies plus pop sur le second.

Même si certains l’ont aidée à le composer, cet album est personnel, réfléchi, et touchant. Encore une fois, Miss Kittin a confirmé son statut de pionnière en électro.

Who run the world ? Girls, Girls, Girls !

Photographes, designers, danseuses, DJs… Girls Girls Girls, c’est un groupe de filles lassées de la dominance masculines dans les nuits parisiennes, sérieusement motivées à (nous faire) danser toute la nuit, et bourrées d’un talent toujours en évolution.

Betty, Laure et Louise (a.k.a Kid Bravas ou Louise Chchchen) sont à l’origine de ce collectif créé le 5 septembre 2011 dans un bar à saké. Depuis rejointes par la jolie Piu Piu et ses mix R’n’B, une directrice artistique innovante et bien d’autres, elles fédèrent un public toujours plus nombreux sous le signe du bootyshake.

La révolution est en marche

Petit à petit, les artistes féminines envahissent les programmations. Qu’il s’agisse de Nina Kraviz et de sa house moscovite, de la légendaire Ellen Alien à la tête de son propre label depuis 1997, ou encore de Dj Gina Turner qui a fondé le duo Staccato avec Louisahhh!!!, elles sont de plus en plus connues, et surtout reconnues.

Cependant, les clichés sont toujours là : la DJ bookée plus pour son physique avantageux que pour sa performance musicale, la DJ qui perce parce que c’est la-copine-de-[insérez nom DJ influent ici]… La désastreuse mais très médiatisée prestation de Paris Hilton n’a pas aidé à affaiblir ces idées reçues. Même Louisahhh!!! avoue avoir des a priori sur les filles qui débarquent dans le milieu.

« Quels stéréotypes sur les artistes féminines espérez-vous démolir ?

C’est une question piège : même moi j’ai des idées préconçues sur les autres femmes de ce monde. L’idée que des filles ne se fassent booker que parce qu’elles ont des seins est obsolète et affreuse, mais malheureusement on dirait bien que c’est le cas parfois. »

En réponse à ces attaques, la meilleure solution a été l’entraide. Les Girls Girls Girls ont invité Louisahhh!!! à jouer à leurs soirées parisiennes ; des artistes masculins ne cachent pas leur admiration pour certaines d’entre elles (The Hacker et Miss Kittin ou encore Gesaffelstein, figure de proue de la nouvelle scène techno qui a fait apparaître Nina Kraviz dans une mixtape en 2011)…

Les barrières des genres commencent aussi à s’affaiblir du côté du public. Le temps où on accordait plus de crédibilité aux DJ masculins semble révolu. Grâce aux plateformes de partage comme Soundcloud, aux mixtapes réunissant parfois des dizaines d’artistes différents sur une même compilation, les différences ne se font plus sur le genre, mais sur le son. Le public va chercher une ligne directrice, une atmosphère musicale fédératrice plutôt qu’une figure à laquelle se rattacher.

Nina Kraviz, une des figures montantes de la techno/house

Si certain-e-s continueront à juger l’artiste sur son genre ou sa manière de se présenter, les acteurs et actrices du milieu sont aujourd’hui en train de passer à autre chose. Face à la crise du marché de la musique, il n’y a plus de temps à perdre avec des réflexes sexistes, mais plutôt une nécessité de collaborer, voire de s’inspirer mutuellement (eh oui, au fond, les DJ sont de grands hippies).

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 6 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Miawou
    Miawou, Le 4 juin 2013 à 20h29

    Pour écouter beaucoup de techno, j'ai pas franchement l'impression qu'il y a de la discrimination. Il y a des filles, certes moins que d'hommes, et qui sont reconnues depuis bien longtemps. Je pense à Ellen Allien par exemple, fondatrice du label Bpitch qui est mega connu.
    Et que dire (tous styles confondus) de Monika Kruse, Nina Kravitz, Anja Schneider, Chloe, Elisa Do Brasil etc... Et perso j'ai jamais entendu un de mes potes dire "Ouais on va la voir elle est trop bonne" ou "Elle est douée pour une meuf" ou ce genre de cliché. Au contraire quand par exemple Monika Kruse et Anja Schneider sont passées chez nous, on y a été parce qu'on savait qu'elles faisaient du bon son (et Anja on savait même pas à quoi elle ressemblait!)

    Mais après j'habite à Lyon et c'est vrai que c'est une ville où la culture electro est ultra développée, et peut-être qu'on est habitués...

Lire l'intégralité des 6 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)