L’effet Spring Breakers : sous les jupes des icônes jeunesse

Spring Breakers met en scène des actrices estampillées Disney/jeunesse dans une sulfureuse histoire de drogue, d'alcool et de sexe. Comment ces icônes pour enfants peuvent-elle faire évoluer leur image ?

L’effet Spring Breakers : sous les jupes des icônes jeunesse

– Article initialement publié le 22 février 2013

Depuis plusieurs semaines, des photos de Vanessa Hudgens et Selena Gomez, en maillots de bain colorés et la bouche lascivement entrouverte, font le tour du web. La promotion de Spring Breakers bat son plein et partout sur la toile, le trailer non-censuré du dernier film de Harmony Korine, réalisateur-symbole de la contre-culture, est partagé. Alcool, cocaïne, soirées dépravées, sexe, braquage, mauvaises rencontres… Que nous enseigne un tel engouement médiatique sur la place de l’esthétique subversive dans la culture de masse ?

Pas tous les jours que l’on voit les anciennes héroïnes Disney dans pareil accoutrement, et pour cause : aujourd’hui libérées de leurs contrats avec la franchise pour enfants, les jeunes actrices cherchent à s’émanciper de leurs rôles exclusifs de petites filles modèles. À travers ce long métrage qui parle du fameux « spring break » américain, la semaine de relâche qui permet aux étudiants outre-Atlantique de partir en vacances et se défoncer vider la tête, Vanessa Hudgens et Selena Gomez font la preuve par a + b qu’elles peuvent être des actrices indépendantes, loin de l’image pré-fabriquée que l’industrie hollywoodienne leur avait imposé.

(L’idée que les stars Disney sont moins des personnalités indépendantes que des produits robots imaginés par l’industrie est elle aussi très ancrée dans la pop culture ; en témoigne cet épisode des Griffin qui tourne en dérision l’image de Miley Cyrus / Hannah Montana, surnommée pour l’occasion « Hannah Banana ».)

La manœuvre est donc double : aux deux actrices Disney, elle rend possible une soudaine médiatisation qui sort des cercles juvéniles ; à Harmony Korine, elle permet de placer l’intrigue imaginée dans une démarche conceptuelle forte. Ainsi le réalisateur confiait, lors de sa conférence de presse à Paris, qu’il trouvait intéressant d’entraîner des actrices estampillées petites filles sages dans une fiction plus noire : comme une métaphore des adolescentes de la vraie vie, pas si dociles que ça ?

La fin des années 90 a vu grandir à la télévision une héroïne chaste et vertueuse : Lizzie McGuire, alors véritable star du petit écran. Et même s’il est arrivé à Hilary Duff de participer à des shootings sexy pour le magazine Maxim, on ne peut pas dire que l’actrice, à la réputation plutôt sage, ait donné du grain à moudre aux médias depuis. Le constat est nettement différent pour l’image publique d’une personnalité comme Lindsay Lohan, ancien pion de l’écurie Disney elle aussi. C’est que celle qui s’est fait mondialement connaître grâce aux teen-movies Freaky Friday et Lolita malgré moi, a très vite su se recycler dans une image bien moins docile. Jusqu’à être « l’icône de sauvageonne fêtarde sensuelle s’illustrant souvent par ses frasques » que l’on connaît aujourd’hui, et qui va bientôt apparaître au cinéma dans The Canyons scénarisé par… Bret Easton Ellis, la caution littérature pour jeunes subversifs.

Les exemples sont légion : si autrefois le répertoire de la chanteuse-guitariste Michelle Branch a fait dodeliner de la tête une génération de collégiennes, c’est aujourd’hui une plus sulfureuse Miley Cyrus que les adolescentes téléchargent à tout va.

Le cas Miley Cyrus est d’ailleurs assez symptomatique de ce phénomène de transition « idoles des jeunes approuvés par les parents – tentative de s’ouvrir vers un public plus mature ». La jeune femme connue pour avoir incarné le rôle de Hannah Montana dans le sitcom de Disney Channel est encore aujourd’hui dans un entre-deux marketing qui l’incite à être plus « déjantée » sans pour autant abandonner trop vite cette image d’adolescente sympathique, qui fait encore le nid de son empire.

C’est qu’une erreur d’image peut coûter très cher : en avril 2008, de nombreux parents s’étaient sentis lésés en découvrant des photos de la star, dos nu dans le magazine Vanity Fair. À l’époque, Miley Cirus s’était très vite excusée, histoire d’essuyer rapidement la bavure. Entre temps, d’autres photos ont fait leur apparition sur la toile : en bikini, en plein roulage de pelle, ou en train de manger un gâteau d’anniversaire en forme de pénis, la star Disney apparaissait alors comme un modèle des jeunes non-légitime. Scandale à chaque fois, mais peut-être de moins en moins déroutant pour l’opinion publique : après tout, Miley était en train de grandir en même temps que les enfants qui l’admirent.

Ainsi, dans une société où le sexe s’impose comme synonyme de cool, la culture de masse évolue dans le sens d’une démocratisation de la liberté sexuelle. En attestent notamment la série britannique Skins et les films Sexe entre amis (avec Justin Timberlake et Mila Kunis) et Sex Friends (avec Natalie Portman et Ashton Kutcher) tous deux sortis la même année. La pop culture étant un nid à inspirations pour les adolescents, cette mutation vers une liberté sexuelle toujours plus médiatisée touche la jeunesse, jusqu’à créer de véritables phénomènes de mode. Ainsi, aux anciens posters de Britney Spears en débardeur et baggy, le sourire avenant, se substituent désormais des Tumblr dédiés à Lindsay Lohan en sous-vêtements, à la moue plus boudeuse et suave que jamais.

Parce qu’ils permettent de les humaniser, les travers sont donc loin de porter préjudice aux célébrités. Alcool, soirées, dépendance à la drogue, vol à l’étalage : ces petits péchés obéissent à un certain story-telling de la subversion, très excitant aux yeux d’une jeunesse qui se cherche entre obéissance à un modèle familial et fantasmes d’une vie sans entrave.

Dans ce contexte, pas étonnant qu’un clip comme celui de We Found Love de Rihanna fasse rêver plus d’un mineur : de l’addiction à la drogue à celle de l’amour, il n’y a qu’un pas. Et même s’il leur coûte finalement leur relation, le tourbillon destructeur que vivent les deux héros du clip n’en perd pas moins son charme, sa frénésie et son envoûtement.

Pour en revenir à Spring Breakers, dans une des scènes du film, les jeunes héroïnes se bourrent la gueule en chantant du Britney Spears. Voilà où se situe le cool en 2013 : s’adonner aux grands vices de l’existence en fredonnant des tubes acidulés. Pour résumer, c’est un peu comme si les cachets d’ecstasy étaient bientôt tous ornés de la bouille d’Hello Kitty…

…et ne dites surtout pas que vous êtes au courant que ça existe déjà.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • The Lioness
    The Lioness, Le 23 mars 2013 à 0h11

    micro-k7;396779
    Après, ce qui me choque aussi, c'est qu'aux US, le film est interdit aux moins de 16 ans, je comprends pas du tout que ce soit pas la même en France... (juste -12ans)
    Je suis d'accord avec ça, -12 c'est trop juste, les scènes de sexe par exemple sont explicites sans tout voir mais vraiment tournées vers le vice.

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