Comment j’ai maté mes douleurs de règles, en 4 étapes

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Les règles très douloureuses, c'est une vraie plaie, qui peut devenir un handicap au quotidien. Mais ce n'est pas une fatalité, car c'est pas l'utérus qui commande, non mais !

Comment j’ai maté mes douleurs de règles, en 4 étapes

Deux jours par mois, j’ai envie de crever. L’éternelle optimiste en moi s’exclame « seulement deux jours ! Quelle chance ! » Je sais effectivement que d’autres endurent jusqu’à 5 jours de douleurs liées à leur cycle menstruel.

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J’ai une autre chance : je ne suis pas atteinte d’endométriose, cette maladie qui touche environ 1 femme sur 10, et dont on commence à peine à parler.

Pour les personnes qui en sont victimes, les douleurs de règles peuvent être si violentes qu’elles peuvent provoquer une perte de connaissance. Autrement dit, ça fait si mal que le cerveau met tout le système en veille.

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Alors j’ai de la chance, mais la vie n’est pas un concours de souffrance, donc deux jours par mois, j’ai mal, vraiment très mal, au point d’avoir des envies violentes. Comme celle de pratiquer une hystérectomie sauvage sur moi-même, avec ce qui me tombe sous la main: couple-ongles, baguettes chinoises, pointe de compas, ciseaux de couture…

Le tout sans anesthésie. Je me dis que ça fera mal sur le coup mais qu’après je serai tranquille. Cette solution est fort peu recommandée, pour des raisons d’hygiène et de sécurité élémentaires. Je reste donc face à mon problème d’utérus hargneux.


Tout fait mal et je suis en train de mourir

Comme ça revient tous les mois, j’ai cherché à m’en défaire. Et à l’image de nombreux autres obstacles rencontrés dans ma vie, je suis passée par les étapes du deuil à propos de mes règles.

  • Le déni : c’est pas possible que ce soit lié à ça, j’ai juste mangé une saloperie, c’est pour ça que j’ai mal au ventre.
  • Le choc : je suis restée prostrée des journées entières, à essayer de rester dans le déni : c’est PAS POSSIBLE que ce soit si douloureux
  • La négociation : je suis allée passer une batterie de tests pour COMPRENDRE et trouver des solutions (spoiler alerte : ouais y a des trucs qui expliquent que, mais non on peut rien faire donc C’EST NORMAL \o/, voici une ordonnance pour de l’Antadys, c’est 3 par jour maximum, cordialement.)
  • La colère: JE VAIS ME FAIRE UNE ABLATION DE L’UTÉRUS ET ALLEZ TOUS VOUS FAIRE FOUTRE
  • La dépression : retour aux jours et aux nuits prostrées, juste à attendre que ça passe, et à morfler.

Voilà des années que je suis coincée dans ce cycle, et je n’arrive pas à trouver l’acceptation, pour deux raisons :

  1. Je n’arrive pas à accepter qu’un tel niveau de douleur soit « normal », je suis pas masochiste, c’est comme ça.
  2. Je suis très ambitieuse, et je ne peux pas accepter l’idée d’être inutile à moi-même et aux autres 48h par mois.

Vous vous rendez-compte ? 48h par mois, c’est 24 jours dans une année. C’est 720 jours d’une vie menstruée, si on prend comme base 30 ans (de 15 à 45 ans).

720 jours, ça veut dire, à 10 jours près : deux ans. Pour deux jours par mois que je passe parasitée, prostrée par la douleur, c’est deux ans de ma vie que je perdrai, au total. Je ne peux pas accepter ça.


Je suis victime d’une tentative de sabotage

J’ai donc développé, au fil des ans, tout un arsenal de tactiques pour mater mes douleurs de règles. Spoiler alerte: j’ai toujours mal, mais j’ai arrêté d’être en état d’incapacité pendant la douleur.

Mater mes douleurs de règles, étape 1 : la planification

  • Prédire son cycle, pour s’organiser

Je ne décide pas du jour où se déclencheront les douleurs, mais avec le temps, j’arrive à le prévoir de mieux en mieux. J’ai fini par adopter Clue, une application très efficace pour suivre son cycle.

J’étais au départ très réticente face à ce genre de gadget, mais après avoir testé, je trouve finalement que ces outils peuvent être d’une aide précieuse.

Ainsi, j’arrive à prédire avec plus ou moins de précisions mes prochains « jours noirs ». J’évite au possible d’y caler des activités prenantes émotionnellement, nécessitant de l’énergie, une forme physique exceptionnelle.

  • Penser son emploi du temps pour ne pas s’épuiser

Un marathon de séries ? Je dis oui. Un marathon tout court ? JE FUIS. Et je fais pareil pour mes obligations professionnelles.

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Dans la mesure du possible, j’évite de caler ces jours-là des séances de créativité, des rendez-vous qui vont me demander plus de participation que d’écoute.

On n’est pas toujours libre de son emploi du temps, c’est pourquoi je suis au fond de moi très favorable à l’idée d’un congé-règles (même si je suis paniquée à l’idée qu’on l’utilise pour discriminer encore plus les femmes sur le marché du travail).

Mais beaucoup d’emplois du temps peuvent être aménagés pour rester « légers » pendant ces « jours noirs ».

Le but étant de garder ses capacités, je ne cherche pas à RIEN mettre sur ces journées, je cherche juste à ne pas les rendre épuisantes rien qu’à la lecture de mon agenda. Un jour normal, en quelques sortes.

Un jour où je ne peux pas quitter la position horizontale n’est PAS un jour normal…

  • Se préparer physiquement dans les meilleures conditions

Quoi que je fasse, je ne ferai pas disparaître la douleur. Je cherche donc à limiter toute source d’inconfort, car les douleurs ne s’additionnent pas, elles se multiplient ces petites enflures.

Si j’ai mal au ventre, j’évite par exemple de porter une tenue qui va me serrer le ventre, me gratter le dos, me comprimer les cuisses ou que sais-je.

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Si je peux m’habiller en jogging ces jours-là, je le fais sans vergogne. En plus, la mode est avec moi : la tendance athleisure permet de mixer sport & ville, tout en style et en décontraction. J’achète !

Mater mes douleurs de règles, étape 2 : l’état d’esprit

  • Positiver, pour atténuer le ressenti douloureux

J’ai bien conscience que ça sonne un peu méthode Coué, mais restez avec moi quelques instants : qu’est-ce que la douleur ? C’est une information. C’est comme ça que les différentes parties de notre corps envoient un message d’alerte au commandement central : il se passe quelque chose ICI, merci d’intervenir.

La douleur conditionne des réflexes de survie, c’est plutôt un message positif. C’est ma première manip’ : me convaincre que si j’ai mal, c’est une bonne nouvelle. Mon utérus est en train de s’auto-détruire comme prévu tous les 28 jours. Du bien beau travail Alphonse (mon utérus s’appelle Alphonse), merci pour le zèle. Message reçu 5/5 PAS BESOIN DE LE RÉPÉTER EN BOUCLE.

Ça a peut-être l’air anodin, mais le fait de ressentir cette douleur comme un message positif, de « tout va bien », contribue à rendre son ressenti moins aiguë. Comme une sourdine.

Je convertis intellectuellement mes douleurs de règles comme une douleur de sport : il y a une vraie différence entre le mal de claquage (aiguë, brûlant, vif), et le mal de courbatures, qui a quelque chose de satisfaisant : on sent que le corps travaille.

Je fais pareil avec mes douleurs de règles. C’est une purge, ça fait du bien. Si, au fond, ça fait du bien.

  • Méditer, pour déconnecter la douleur

Parfois la douleur est trop aiguë, je n’arrive pas à la convertir en « message positif ». Je cherche alors à débrancher le message.

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Puisque je n’arrive pas à dire à mon cerveau (Maurice, mon cerveau s’appelle Maurice, je t’en parlais dans comment tenir un régime). Puisque je n’arrive pas à dire à Maurice que « tu te méprends mon gars, c’est pas un message d’urgence qu’Alphonse t’envoie, c’est un message positif », je vais alors chercher à rompre cette communication.

Pour ce faire, je pratique un exercice de médiation. Je m’allonge sur le dos, je me détends, me place mes deux mains sur mon bas-ventre (là où ça fait mal), et j’aspire la douleur dans mes deux mains.

Ça fait un ballon jaune-orangé-rouge, plus ou moins gros (selon l’intensité de la douleur). Le but, c’est d’extraire la douleur, et de m’en débarrasser. Je remplis le ballon, je fais comprendre à Maurice et Alphonse que je suis en train de court-circuiter tout leur canal de communication pour tout mettre à l’intérieur du ballon.

Quand je suis satisfaite, je jette le ballon, et je me réveille.

Je dois répéter cet exercice entre 1 et 3 fois par jour, à raison d’une dizaine de minutes par session. Là encore, ça ne fait pas disparaître la douleur, mais ça l’atténue hautement dans ma tête.

Tout le temps que Maurice ne passe pas à me rappeler que ALPHONSE HURLE est un temps de cerveau disponible que je récupère pour d’autres activités.

L’objectif de toute l’étape 2, c’est de refuser de laisser la douleur l’emporter. L’étape 3, c’est lui porter le coup de grâce.

Mater mes douleurs de règles, étape 3 : plan de bataille

Une excellente préparation et un état d’esprit solide n’empêchent pas les douleurs de règles de se manifester. De même que les astuces suivantes ne suffisent pas à les atténuer.

La combinaison des deux, en revanche, me permet de rester productive, ou tout du moins, raisonnablement active, et ne pas avoir à rester prostrée le temps que ça passe.

Voici donc les astuces pratiques, qui n’ont rien de révolutionnaire. C’est plutôt (peut-être ?) le fait de les associer avec la méditation et la positivité qui produiront des résultats tangibles (vous me direz !)

  • La bouillotte, pour la chaleur

J’ai acheté la mienne en pharmacie. 30 à 45 secondes au micro-ondes, je la glisse dans sa pochette spéciale diffuseur de chaleur, et je la place sur le bas-ventre, à l’intérieur de mon pantalon. Raison de plus pour porter des fringues confortables !

  • Du chocolat noir, pour l’endorphine

Message chimique contre message chimique : Alphonse spamme Maurice de messages négatifs ? Je file à Henri (mon estomac) de quoi rééquilibrer Maurice.

Je mange du chocolat noir pour l’endorphine que ça me procure. Encore une fois, ça ne calme pas la douleur, ça me sert à équilibrer mes ressentis, dans la tête. Méditation + chocolat pour filer un coup de pouce chimique !

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  • Faire de l’exercice physique

Ce conseil semble vraiment contre-nature, et pourtant, pour moi, c’est le plus efficace.

Au pic de mes douleurs de règles, me mettre en mouvement est la dernière chose que j’aurais envie de faire (j’ai plutôt envie de crever sur place). Mais faire de l’exercice physique à ce moment est doublement bénéfique :

  • ça soulage effectivement l’utérus : c’est un muscle, qui râlera moins si tu l’oxygènes mieux, et faire de l’exercice stimule l’oxygénation musculaire
  • ça libère de l’endorphine : des messages positifs pour le cerveau, qui peuvent rééquilibrer l’afflux de messages négatifs venus de l’utérus

Par « faire de l’exercice physique », j’entends marcher. Je ne suis pas capable de courir, de nager ou même de faire du vélo dans ces conditions, et même marcher me semble être un effort surhumain, et parfaitement superflu.

Mais c’est encore ce qui me soulage le mieux : me mettre un bon podcast dans les oreilles et aller marcher 30-45 minutes, même si c’est faire 3 fois le tour de mon quartier.

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  • Respirer et s’hydrater

Cette douleur m’épuise, et bien souvent, elle me noue l’estomac et me coupe le souffle. C’est un très mauvais calcul : je ne bois plus assez, et j’ai une respiration contrainte, saccadée.

Prendre d’amples respirations et boire beaucoup d’eau m’aide à soulager et détendre les muscles, y compris et surtout ceux qui travaillent.

  • Cheat code : Antadys

J’évite au maximum d’y avoir recours, parce que je n’ai pas envie de passer 720 jours de ma vie sous anti-douleurs, et que, en tout état de cause, l’efficacité de ce médicament est limitée.

C’est mieux qu’un Advil ou qu’un Doliprane, j’en conviens, mais ce n’est pas une baguette magique.

Néanmoins, en cas de pic de douleur ou de besoin d’avoir l’esprit absolument clair (une réunion importante, un examen, etc), le cachet d’Antadys reste un joker efficace. Sur ordonnance seulement, soyez prévoyant•es…

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Mater mes douleurs de règles, étape 4 : l’indulgence

À la fin, j’ai toujours mal, mais j’arrive à maintenir un niveau de productivité satisfaisant, et ce grâce aussi à cette quatrième étape : l’indulgence, la mienne et celle des autres.

  • Je n’ai plus honte d’avoir mal

Voilà quelques années que le tabou qui pèse sur les règles est en train d’être levé, progressivement, et je voudrais exprimer ma profonde gratitude à toutes celles et ceux qui oeuvrent pour ça.

Si dans certaines régions du monde, la route est encore longue (je pense notamment à l’Inde), par chez nous, ça avance bien. Et c’est aussi grâce à l’oeuvre de jeunes femmes comme Laci Green, mais plus près de chez nous Jack Parker, qui libèrent la parole sur ce sujet.


Jack Parker a d’ailleurs sorti un livre, Le Grand Mystère des Règles, et elle nous en parle en interview vidéo !

Cette médiatisation positive des règles et des douleurs associées me permet aujourd’hui de le dire en société, en entreprise même. Je pense à cette nageuse chinoise, qui aux Jeux Olympiques de Rio cet été, avait commenté sa contre performance en disant « j’étais pas au top, je venais d’avoir mes règles, même si bon, c’est pas une excuse ».

Elle a parfaitement résumé mon ressenti : ça explique mon coup de mou, mais je ne veux pas l’utiliser comme une excuse. C’est une explication, tout simplement.

Alors aujourd’hui, si je me sens trop sur la défensive, trop à fleur de peau, pas aussi efficace que je le voudrais, je n’hésite plus à l’expliquer à mon entourage : je suis désolée pour ma réaction, j’ai mal à cause de mes règles, ça va passer, je te propose d’en reparler demain.

On est en 2017, si des gens réagissent mal à cette explication, c’est leur problème, pas le mien.


OKLM

  • Je ne me flagelle plus moi-même

Parfois, mes jours de règles tombent un samedi, un dimanche, un jour férié… J’évite alors de me contraindre à nettoyer mon appart de fond en comble, ou à trier mes papiers administratifs, bref le genre de tâches qui demandent une volonté de fer et une motivation d’acier.

Les jours où je peux me le permettre, je me colle devant Netflix, une bouillotte sur le bide et du chocolat noir à volonté. Mes trois prochains « jours noirs » tomberont peut-être à un moment où je devrais mobiliser toute ma volonté pour ne pas me laisser abattre.

Alors, quand je peux me le permettre, je suis indulgente avec Alphonse.

Et s’il déconne trop, je remets l’option « hystérectomie maison » sur la table.

Bonus : je vous raconte pas l’immense satisfaction que je ressens lorsque les « jours noirs » sont enfin derrière moi. C’est moi qui gagne à la fin. Toujours.

À vous : comment faites-vous pour gérer vos douleurs de règles ? Avez-vous essayé mes conseils ? Venez en parler dans les commentaires !


Clemence Bodoc

Anciennement Marie.Charlotte, Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.

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Voici le dernier commentaire
  • Linckane
    Linckane, Le 22 juillet 2017 à 19h25

    @Naurore en fait je prenais la pilule cerazette puis suis passée à l'implant il y a peu pour remédier à mon spm et règles douloureuses (j'ai plus de règles, encore plus efficace ! :rire:) et ma mère me fait beaucoup culpabilisé de prendre des hormones, parce que je n'ai pas de partenaire donc "pas vraiment l'utilité" (bah oui la pilule c'est UNIQUEMENT un contraceptif on le sait bien !), et parce que ce serait mauvais pour la santé et causerait des cancers. Mais d'ailleurs à ce propos les avis sont assez contradictoires, j'ai voulu me renseignée et suis tombée sur tout et son contraire, mais en gros sur un site:
    "La pilule microprogestative peut elle aussi faire augmenter le risque de cancer du sein et de l’utérus.
    En revanche, plusieurs études suggèrent que les femmes sous pilule combinée risqueraient moins d’être atteintes d’un cancer de l’ovaire ou de l’endomètre."

    Voilà c'est un peu la balance, sachant que sans pilule je me sens au fond du trou avec le spm et me dope aux dollipranes et compagnie 4 jours par mois (avant je cumulais plusieurs car plus efficaces...), niveau santé c'est pas le top non plus ! J'ai fais le choix des hormones en toute connaissances de causes, et la vie sans règles c'est fantastique !

    Bref à chaque fois que le sujet revient j'ai droit aux sermont de ma mère, et selon ma grand mère choisir de ne plus avoir ses règles (et donc ne plus souffrir) avec les hormones c'est une mauvaise chose car "mais c'est pas natureeeeeel !".
    Leur mentalités en gros c'est qu'on est des femmes et les douleurs de règles c'est normal il faut faire avec et ne pas contrer la nature (et aussi que c'est moi la chochotte qui exagère...)

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