De l’inconvénient d’être en double cursus

Alfrédette est en double cursus, et elle vous parle des désavantages d'une telle formation.

En septembre dernier, alors que je n’étais encore qu’une créature jeune et innocente, j’ai décidé de m’inscrire en double cursus, et ai entamé une L2 d’histoire en parallèle de ma formation initiale en pensant naïvement que cela serait chose aisée : mais QUE NENNI. Parce qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer, voici donc le compte rendu de cette expérience universitaire.

Acte I — L’administration

S’inscrire en double cursus est, en soi, un marathon. Pour ce faire, tu devras vendre l’un de tes poumons sur eBay pour payer l’inscription en licence, et l’autre sur Le Bon Xoin pour payer le « service d’enseignement à distance » — plusieurs centaines d’euros pour que te soient envoyés des polycopiés chez toi un mois plus tard.

Le principe est relativement simple : tu n’as à assister à aucun cours, mais tu devras passer un oral par matière en plus de l’écrit. Il y a cinq matières par semestre, donc dix matières par an et… vingt examens à passer en tout. Si j’aurais su, j’aurais peut-être pas venu.

Autre grand souci : dans mon université, les étudiants en double cursus n’étaient pas vus d’un très bon oeil — surtout quand ils avaient le malheur de provenir de mon école, plutôt mal vue de l’administration de la fac.

Ainsi, lorsque j’ai eu le culot de demander des équivalences pour ne pas passer toutes les épreuves, l’on m’a dit quelque chose comme « vous pouvez toujours rêver mademoiselle, ici, à la faculté, on ne considère pas votre école comme quelque chose de valable universitairement parlant ».

Moralité ? J’avais 16 en anglais dans ma formation initiale, mais j’ai dû me lever deux samedis d’affilée pour passer des partiels dans la langue de Shakespeare. Ô rage, ô désespoir, ô université ennemie.

Quand l’administration de ma fac me trolle

Acte II — Le travail

Abordons désormais un sujet qui fâche : le travail. Dans un monde idéal, nous pourrions valider nos années en faisant des commentaires composés sur nos séries préférées en sirotant des mojitos. Mais le présent, ce gueux, en décide tout autrement.

Pour réussir ton double cursus, donc, il te faudra bosser beaucoup. Vraiment beaucoup. Si les facultés pouvaient s’entendre entre elles pour ne pas organiser leur semaine de partiels toutes en même temps, le double cursus serait bien plus facile à vivre — et sans doute plus répandu.

Mais les facultés ne s’entendent pas, et si en double cursus tu es, tu devras passer les partiels de ta formation 1 à la mi-mai, et ceux de ta formation 2 à l’heure des rattrapages, dans le courant du mois de juin — nous reviendrons sur ces fourbes partiels un peu plus tard.

Quand tu dois apprendre 2000 pages en 3 semaines.

Autre conséquence fâcheuse de l’enseignement à distance : tu ne peux choisir qu’une infime partie de tes matières. J’adore l’histoire du Moyen-Âge et l’histoire moderne, mais je n’ai pas pu en faire, car ces périodes n’étaient pas disponibles par correspondance.

D’ailleurs, alors que j’avais choisi de m’inscrire en histoire pour échapper à l’économie et au droit proposés dans ma première formation, ces deux matières m’ont été imposées… Et comptaient coefficient huit. En somme, c’était un peu comme si le destin me disait quelque chose comme « T’as fait ta maligne ? Maintenant tu vas payer ».

La principale difficulté du double cursus, donc, réside en le fait de bosser deux formations tout au long de l’année. Je n’ai pu m’y résoudre, et j’ai laissé mes cours d’histoire prendre la poussière de septembre à mai, avant de réaliser qu’il me faudrait désormais rattraper une année universitaire en trois semaines, et donc apprendre par coeur 2000 pages de cours en 21 jours. Autant vous dire que mon mois de juin n’a pas été d’une gaieté extrême.

Acte III — Les partiels

Venons-en au plus délicat : qui dit « double cursus » dit « doubles partiels ». Cela signifie que tu ne pourras pas mettre en péril ton foie t’abreuver de Champomy en dansant sur du Patrick Sébastien avec tes congénères de promotion pour fêter la fin de tes examens, mais que tu devras te replonger dans tes bouquins d’historiographie sitôt tes premiers partiels finis.

Ces derniers sont, d’ailleurs, souvent très mal organisés — je me souviendrai toujours de ce funeste mardi où j’ai du enchaîner quatre partiels, sans pause, en un après-midi. J’ai cru mourir, mais en fait non : comme quoi, l’on est toujours plus résistant qu’on ne le croit.

Autre originalité du double cursus : les oraux. Ces derniers sont l’occasion de situations riches en WTF — ainsi, un prof d’historiographie sans doute à court de questions m’a demandé si je savais « dans quel arrondissement était situé l’EHESS », avant d’hocher la tête avec l’air de dire « vous avez raté votre vie » quand je lui ai dit que non.

À part ce genre de situations un peu étrange, les sujets proposés n’étaient pas trop vicieux et la majorité des jurys plutôt conciliants. D’ailleurs, la plupart ont la gentillesse de te donner ta note à l’issue de l’oral, ce qui t’évite de te perdre dans moult calculs hasardeux pour savoir si, oui ou non, tu auras ton année.

Enfin, notons que les partiels, dans le cadre d’un double cursus, sont longs. Trèèèèès longs. Depuis la fin du mois d’avril, je vis/mange/rêve partiels, et j’ai l’impression que mon cerveau fond et coule par mes narines.

D’ailleurs, je n’ai plus rangé mon appartement depuis le début de mes premiers partiels, j’ai à peine eu le temps de prendre une douche par jour pendant deux mois, je n’ai plus le temps de m’habiller et, dans la rue, je fais peur aux enfants. Mais que veux-tu ma bonne dame, c’est la vie.

Quand, hier, j’ai achevé mon ultime partiel.

Moralité ? Faire un double cursus est vraiment une très belle opportunité, qui te permet de rencontrer des gens fort sympathiques, de t’ouvrir à une autre discipline et de repousser les limites de tes capacités de travail. Certaines contraintes administratives peuvent apparaître rhédibitoires, mais le jeu en vaut vraiment la chandelle.

Et toi, es-tu en double cursus, y as-tu été ou envisages-tu d’en faire un ? Si oui, pourquoi ? Raconte-nous tout.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Mircea Austen
    Mircea Austen, Le 17 octobre 2013 à 10h48

    Double cursus Science po-Philo à paris I en L3, c'est hard ça demande une vraie culture G ultra large et des compétences qui vont de la dissert à l'analyse de sondage mais vous savez quoi...

    Je songe à rempiler pour le master :d


    La j'ai de la chance c'est organisé, en master ça sera plus à l'arrache mais quand on prend gout à la pluridisciplinarité c'est impossible de s'arrêter XD

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