Dossier Festival d’Angoulême – Revues de la sélection officielle

A l’occasion de la 37ème édition du Festival d’Angoulême (voir tous les détails ici), Zaelle te propose des mini-revues d’une quinzaine des 58 titres de la sélection officielle ! 5 par 5, tu pourras découvrir les différents univers qui composent cette sélection ! C’est parti ! – Jeudi 21 Janvier : Rosalie Blum / L’Or […]

Dossier Festival d’Angoulême – Revues de la sélection officielle

A l’occasion de la 37ème édition du Festival d’Angoulême (voir tous les détails ici), Zaelle te propose des mini-revues d’une quinzaine des 58 titres de la sélection officielle ! 5 par 5, tu pourras découvrir les différents univers qui composent cette sélection ! C’est parti !

– Jeudi 21 Janvier : Rosalie Blum / L’Or et le sang / Siegfried / Dix petits insectes / Tea party
– Lundi 25 Janvier : L’affaire des affaires / Commandant Achab / Je ne suis pas mort /Je mourirai pas Gibier / Milan K
– Vendredi 29 Janvier : Lincoln / Ikigami/ La vie Chinoise / L’Epervier / Billy Brouillard

Et n’oublie pas ses anciennes revues, dont les BDs font également partie de la sélection du Festival d’Angoulême !

Rosalie Blum

Rosalie Blum est une jolie histoire en trois volumes, tendre et douce amère. Une petite chronique de province qui fait penser aux formidables bandes dessinées de Pascal Rabaté…

Au départ c’est l’histoire de Vincent. Un trentenaire célibataire. C’est bien simple sa vie, c’est son salon de coiffure, et puis sa mère un peu (voir très) tarée. Un jour il croise le chemin d’une certaine Rosalie Blum. Et elle lui dit quelque chose la Rosalie. Piqué par la curiosité, il y pense de plus en plus, et finit par la suivre un peu pour voir si ça lui revient. Et puis à force, il se prend au jeu et s’imagine apprenti espion. Et les frissons de l’aventure vont considérablement changer sa vie… et lui montrer que son petit train-train quotidien ce n’est pas forcément la seule manière pour lui d’être heureux, loin de là !

Camille Jourdy livre, avec Rosalie Blum, une comédie pleine de folie, de sourires et de belles personnes. C’est le quotidien des petites villes de province qu’elle dépeint avec une grande sensibilité, et qu’elle saupoudre d’un brin de magie, un peu à la manière de Jeunet qui rend Montmartre si délicieux dans Amélie Poulain. Ici, les personnages sont aussi timbrés qu’attachants, et on se délecte du joyeux bazar qu’entraine cette idée un peu folle de Vincent de suivre la mystérieuse Rosalie Blum. Joliment illustrée, et avec des dialogues à l’humour ravageur, cette série est un petit bijou plein de bonne humeur. A découvrir absolument.

> Rosalie Blum, Tome 3 : Au hasard Balthazar !, Camille Jourdy, Actes Sud

L’Or et le Sang

L’Or et le Sang, c’est l’aventure en bande dessinée. Le genre que tu peux offrir à ton papa, fan de bande dessinée classique, mais que tu pourras lui piquer et dévorer avec plaisir. Au scénario, Fabien Nury (connu notamment pour WEST et Il était une fois en France) et Maurin Defrance, au dessin Merwan Chabane et Fabien Bedouel. C’est le genre de premier tome qui surprend dans le meilleur sens du terme. Une histoire de mecs, d’amitié, sur fond d’Histoire.

En fait tout part d’une rencontre improbable, d’une amitié qui nait dans les Tranchées, entre un noble et un corse au caractère bien trempé. Au milieu des bombes ils font un pacte. Ils doivent survivre à la Guerre, pour partir à l’aventure tous les deux et devenir pirates. Une fois la guerre finie, ils vont vraiment se retrouver, et parce qu’une promesse est une promesse, les voilà qui balancent leur petite vie pour réaliser ce rêve carrément dingue. Le premier tome raconte tout ça, leur rencontre et tout ce que cela va déclencher…

Le titre de ce premier opus L’appel du Large est on ne peut mieux choisi, tant il se dégage des pages de cette BD un souffle d’aventure qui t’emmène en même temps que ces deux hommes vers l’inconnu. En même temps tragique, parce que ces deux mecs-là ont quand même connu la guerre, et pour de vrai, et hilarant -leur rencontre est d’ailleurs causée par un hérisson alcoolique-, l’Or et le Sang est aussi vivifiant que prenant. Le style graphique, plutôt moderne, s’harmonise pourtant parfaitement avec l’histoire plus classique. On y sent la crasse des tranchées, comme, plus tard, la chaleur écrasante du Sud de la France, point de départ de leur nouvelle vie. J’attends déjà le tome 2 avec impatience, moi aussi je veux devenir pirate.

> L’or et le sang, Tome 1 : L’appel du large, Maurin DeFrance Fabien Nury, Editions 12 bis

Siegfried

Dans Siegfried il est question de mythologie nordique. Thème qui ne me bottait pas vraiment et auquel je ne connais pratiquement rien. Et puis finalement, rien qu’en ouvrant cette BD je suis tombée sous le charme de ce joli trait, et de ces très belles couleurs, avant de rentrer dans cette histoire fantastique superbement écrite.

Au commencement il y a le Dieu Odin et une de ses filles qui s’éprend d’un humain. Et puis il est question de pouvoir, d’amour et de vengeance (je ne voudrais pas te gâcher le plaisir de découvrir tout ça), et les deux amants finissent par mourir en laissant derrière eux un bébé, prénommé Siegfried. C’est un habitant du peuple de Ninbelung, qui jure à la maman, avant qu’elle ne succombe, de prendre soin de son bébé, de l’élever et de le chérir. Il s’occupera donc du petit semi-mortel jusqu’à ce que celui-ci devienne un grand, beau et fort jeune homme. Mais la lutte de pouvoir qui fit périr ses parents des années plutôt menace aujourd’hui de détruire l’ordre du monde, et seul Siegfried, qui ne sait rien de son passé ou de ses origines, pourrait changer le cour des choses. Dans ce second tome, devenu adulte, il va devoir partir affronter son destin…

Comme dit plus haut, c’est d’abord le superbe graphique qui m’a fait aimer cette bd. Le dessin, bien que classique, est parfait, vibrant, plein d’âme. Et les couleurs rajoutent encore un peu plus de vie aux pages de Siegfried. Certaines cases, en pleine nature, quand le héros joue avec son meilleur ami sont tout simplement magnifiques. Tu as l’impression d’être là, dans la clairière, d’entendre le vent faire frissonner les feuilles, les oiseaux chanter, un cours d’eau chantonner… Mais l’auteur sait aussi amener petit à petit son univers vers le chaos. Et l’histoire, même quand comme moi on découvre tout juste toute la mythologie nordique à travers les pages de cette bande dessinée, est absolument passionante. Une superbe saga, qui m’a plu bien au delà de ce que je pouvais imaginer, et que je te conseille donc absolument !

> Siegfried, tome 2 : la Walkyrie, Alex Alice, Editions Dargaud

Dix petits insectes

En voyant la couverture, les couleurs funky et le dessin un peu simpliste, on pourrait penser que Dix Petits Insectes est une BD choupicrognonne pour les enfants. Mais en fait pas du tout puisque c’est l’adaptation version insecte du célèbre roman d’Agatha Christie, Dix Petits Nègres (je n’avais pas calculé avant de lire les premières pages, shame on me).

Par version insecte, j’entends que les humains du roman sont remplacés par des insectes. Pour faire court, un phasme, un bousier, une mouche et tant d’autres se rendent sur l’île de la Tortue chacun pour une raison différente (de la rencontre de célibataire à la compétition sportive). Une fois sur place, ils sont accueillis dans un grand manoir, et commence à se poser des questions. Mais en plus de l’ambiance pesante, nos petits insectes se mettent à mourir les uns après les autres dans des circonstances étranges. Ils commencent à s’interroger, serait-ce un remake du célèbre roman ?

Et bien et bien et bien… Je dois bien avouer que je ne sais trop quoi penser de Dix petits insectes. D’un côté j’aime bien le graphisme et je trouve l’idée bonne mais je n’ai pas complètement réussi à rentrer dedans. L’humour qui ne m’a pas parlé peut-être, ou le fait que les situations s’enchainent les unes derrière les autres sans que cela ne soit vraiment développé (enfin je pense que c’est volontaire, mais ça m’a troublée). Bref, une idée sympa, mais une BD qui ne m’a pas complètement convaincue…!

> 10 petits insectes, David Cali, Editions Sarbacane

Tea Party

Tea Party, annoncé comme la suite du fabuleux Le Chat du Kimono, peut cependant se lire complètement indépendamment du premier opus car il se passe 15 ans plus tard. Complètement fan du sublime dessin de Nancy Peña (son blog), je préfère te prévenir par avance que quand il s’agit de ses BDs je perds le plus petit soupçon d’objectivité qui me resterait. Mais je vais essayer de t’en parler quand même.

Victor Neville est conseiller culinaire dans le Londres de l’époque victorienne. Deux Lords, égocentriques et prétentieux, s’affrontent dans une chasse au meilleur thé, et Victor est chargé par l’un d’eux de trouver la merveille qui fera mouche lors de la prochaine rencontre. Mais Victor doit déjà lutter contre ses propres démons, et ses délires hallucinatoires ne l’aident pas vraiment à avancer dans ses recherches. C’est alors qu’il fait la rencontre d’Alice, fille de l’adversaire de l’homme qui l’emploie. Et Alice promet de l’aider en espionnant son propre père. Mais le match n’est pas gagné pour autant.

L’esthétique des estampes chinoises, qui avaient inspirées Le Chat du Kimono, se mêlent dans ce second tome à celle, plus chargée, de l’Angleterre victorienne. Le récit, drôle et barré, se lit avec délice et l’on voyage autant à travers le monde que dans les tréfonds de l’esprit de Victor Neville, que ses démons intérieurs ne cessent de tourmenter. Nancy Peña dessine aussi bien les chats que les jolies filles et elle sait raconter des histoires comme personne. Chacune de ses BDs est un vrai plaisir et Tea Party de déroge pas à la règle.

> Tea Party, Nancy Peña, La boite à Bulles

L’Affaire des affaires

Cette bd n’est pas juste une simple bd, c’est d’abord une très bonne fiction pleine de protagonistes, c’est une autobiographie, c’est un récit de vie de journaliste, avec toutes les interrogations qui en découlent, c’est l’Histoire qui se mêle à l’histoire, c’est de la politique, c’est notre pays.
Denis Robert est journaliste à Libé. Et puis, par un enchainement de révélations, il va se mettre à bosser sur une affaire pas très nette. Et en faire en livre. Cette affaire ? L’affaire Clearstream. Oui mais forcément, on la connait un peu cette histoire-là, et on sait que la mise en lumière de ce scandale n’était pas au goût de tout le monde. Voici le quotidien d’un homme, tiraillé entre les vérités qu’il connait, et les pressions qu’il subit. Parce que s’attaquer aux plus grands n’est pas forcément de tout repos.
Denis Robert, aidé de Yan Lindingre, nous livre ici une bd étonnante, car c’est autant un témoignage, un reportage journalistique, qu’un excellent polar financier. Le dessin de Laurent Astier renforce encore le côté sombre de toute cette affaire. Car même si à travers ces pages, on retrouve plus d’une tête connue, on se retrouve aussi passionnée par l’imbroglio dans lequel se retrouve le journaliste, qui n’avait pas du tout mesuré les conséquences de ses révélations. Au fil de ses rencontres, de ses échanges, on découvre toute une galerie de personnages tantôt attachants tantôt détestables, et on essaie nous aussi de démêler le vrai du faux, tout en se faisant une idée un peu plus juste de ce qu’est le système politique et financier de notre pays, et du monde dans lequel on vit. Étonnant.

> L’affaire des affaires, Tome 1 : L’argent invisible, Denis Robert & Laurent Astier, Editions Dargaud

Commandant Achab

Commandant Achab, c’est une série policière loin des stéréotypes du flic-mafieux, plus humaine, mais sombre aussi.
Karim est un jeune flic qui vient de rentrer à la criminelle. Et très vite, il doit faire équipe avec un homme que l’on surnomme Achab, un vieux grigou à la jambe de bois, accro aux pétards et pas très commode. Oui mais voilà, Karim et Achab sont liés par un triste incident. Le père de Karim était un ami et coéquipier d’Achab et les circonstances de sa mort reste bien mystérieuse. C’est le début d’un duo bancal qui va pourtant faire des étincelles.
C’est agréable de voir dans une série des flics humains et pleins de nuances, ce premier tome de Commandant Achab nous présente deux héros atypiques et attachants, et bien que le scénario présente parfois quelque faiblesse, on ne peut que suivre avec intérêt leur quotidien, où s’entremêlent leurs enquêtes et leur propres vies.
> Commandant Achab, Tome 1 : Né pour mourir, Stéphane Piatzszek & Stéphane Douay, Soleil Productions

Je ne suis pas mort

Je ne suis pas mort est un manga en un tome. Fort, poignant, intelligent. Hiroshi Motomiya est un mangaka qui s’attache à raconter le destin d’hommes dont la vie bascule sans crier gare.

Okada Kenzô est à la veille de sa retraite. Mais voilà qu’il perd son emploi et dans la foulée sa femme le quitte et part avec le contenu de son compte en banque. Ruiné et seul, il décide d’en finir. Mais la branche à laquelle il se pend casse. Kenzô va alors saisir cette seconde chance et changer totalement de vie. Et quoi de mieux alors qu’un retour total à la nature, dans la forêt même qui n’a pas accepté de lui prendre la vie ? C’est le début de tout un ré-apprentissage, où se mêle ses souvenirs d’enfance et ses expériences sur le vif de ce qu’est vraiment la vie sans aucune technologie. Se nourrir, se défendre, se soigner, survivre.
Je ne suis pas mort, bien au delà du simple manga, ou même de la culture japonaise, pousse à la réflexion. Sur l’identité, sur le sens de la vie, sur nos valeurs. Le dessin, réaliste et travaillé, apporte une force supplémentaire à cet instant de vie pas comme les autres. La vie d’un homme qui va au bout de ses convictions, et qui va apprendre à vivre réellement au moment où il se pensait fini. Comme quoi il ne faut jamais s’avouer vaincu. Une œuvre courte, intense, qui nous immerge complètement dans une vie à des années lumières de la notre, et qui, sans imposer une manière de penser, nous amène à réfléchir simplement sur ce qui nous entoure, et sur nous-même.

> Je ne suis pas mort, de Hiroshi Motomiya, Editions Delcourt

Je mourrai pas gibier

Je mourrai pas gibier est l’adaptation en bd du roman de Guillaume Guéraud par le dessinateur Alfred. C’est le genre de bouquin froid, chirurgical et en même temps d’une humanité bouleversante. Comment un être humain, un ado, tombe dans une folie meurtrière irréversible. Et comment nous on aurait presque envie de le prendre dans nos bras, de le serrer fort et de lui transmettre rien qu’un peu d’amour.

Martial est un ado comme les autres, sans histoires. Il habite à Mortagne, une petite ville, avec ses vieilles querelles qui trainent depuis des années, des générations, puantes, rampantes, qu’on fait semblant d’oublier mais qui restent en tête tous les jours, toutes les nuits. Il n’y a pas vraiment un élément déclencheur, c’est une succession de petits détails, qui, imbriqués les uns dans les autres vont aboutir au drame. Parce que Martial n’est qu’un ado comme les autres, et que parfois ça fait trop pour ses épaules à lui tout seul.
Le meutre, c’est quelque chose d’abominable. Encore plus quand il semble gratuit, quand il intervient entre gens qui se connaissent, quand tout ça, tout ce sang, toutes ses larmes, sont provoqué par un p’tit mec même pas encore adulte. Je mourrai pas gibier, c’est comme l’envers du décor d’un fait divers glauque qui occuperait le 13h de TF1 pendant quelques jours, avant qu’un autre fait divers ne vienne le remplacer. C’est le pourquoi, le décompte, minute par minute. C’est nous, en téléspectateur impuissant et bien là où l’on est, loin de toute cette horreur humaine. Et puis c’est ce frisson, ces questions. Parce qu’on le comprend, Martial, on le comprend mieux que n’importe lequel des acteurs de cette histoire. Même si c’est affreux, même si c’est inexcusable. Rien n’est jamais tout blanc, rien n’est jamais tout noir. Comment ça, il n’y a pas juste des gentils et des méchants, dans la vraie vie ?

> Je mourrai pas gibier, Alfred, Editions Delcourt

Milan K

Au départ, c’est un peu un truc de mec quand même, cette histoire. Le mec au passé trouble, avec une enfance pas facile, des origines mystérieuses, mais richissime et super courageux. Le baroudeur solitaire, barbe de trois jours et chemise impeccable, qui se tire de tous les guêpiers, parcourt le monde, est toujours fidèle à ses amis et se tapent des pin up comme d’autres collectionnent les souvenirs de vacances, achetés dans des boutiques à touristes de bord de mer. Des courses poursuites, des méchants vraiment pas gentils du tout, et des concerts d’armes à feu comme dans les meilleurs films d’action. Oui mais j’ai lu ce Milan K avec un certain plaisir alors je ne vais pas le bouder sous des prétextes bidons.

Dans ce premier tome de Milan K, on fait connaissance avec Michka, encore ado. Fils d’un milliardaire russe, emprisonné depuis des années, à la demande du président de son pays; le petit blondinet grandit, profitant de l’internat suisse que la fortune de son père lui permet d’intégrer. Mais voilà que, sans qu’on lui demande son avis, sa vie prend un tournant beaucoup plus tumultueux, et il va devoir, s’il veut survivre, quitter son petit confort luxueux et se frotter à des mecs qui ne veulent pas forcément son bien être, et préfèrerait le rendre muet, d’une manière ou d’une autre. Et pas d’une manière agréable, d’ailleurs.
Milan K tome 1 est une introduction aux aventures d’un futur nouveau héros du genre. On découvre ainsi d’où il vient, et ce qui va l’amener à devenir un adulte un peu différent de ce qu’il avait pu imaginer enfant. C’est l’histoire d’un jeune homme dont le quotidien tranquille bascule sans qu’il y soit préparé, et qui aura besoin de toute sa force, de tout son courage, et d’un peu de chance aussi, s’il veut s’en sortir indemne. Une bonne bd d’aventure, au dessin classique mais qui tient bien ses promesses, dans la lignée des Largo Winch et autre XIII.

> Milan K., Tome 1 : Le prix de la survie, Sam Timel & Corentin, Editions Les Humanoïdes associés

Lincoln Tome 6, French Lover

Avant toute chose, cette bd est cool. Il n’y a pas de mot qui la décrirait mieux. Lincoln c’est un loser magnifique. Et il a trop la classe. Lincoln est un genre de cow boy qui est né en faisant la gueule et sa vie n’a pas arrangé les choses. Mais voici qu’un petit bonhomme à barbe blanche vient s’incruster dans sa vie, avec pour leitmotiv de prouver au mec que la vie c’est pas si pourri, son petit nom c’est Dieu.
Pour commencer il lui donne l’immortalité, parce qu’il va en falloir du temps pour convaincre Lincoln. Ils partent tous les deux à travers les Etats-Unis, dans des aventures palpitantes. Et puis ils sont vite rejoint par un deuxième petit bonhomme, tout rouge avec des cornes et une barbichette. Soyons honnête il est vachement plus funky que Dieu, et il consacre sa vie à mettre des bâtons dans les roues de son pote le barbu. Dans ce sixième tome des aventures incroyables de Lincoln, il est question d’une très jolie révolutionnaire mexicaine, de campements de réfugiés, des gens pas très sympa qui ont le pouvoir. Et de ce sale gominé de français.
Lincoln, c’est le genre de bd humoristique dont je suis totalement fan. Du genre à me faire ricaner bêtement toutes les deux cases. Un parfait mélange d’humour absurde, de situations pas possible, d’histoire américaine, avec un peu d’amour, de l’alcool, et des bastons. Parce que clairement, si Lincoln n’est pas très doué quand il s’agit des sentiments, il l’est vachement plus quand il s’agit de descendre quelques verres et de foncer dans le tas. Chez les cowboys on ne fait pas dans la dentelle.

> Lincoln, Tome 6 : French Lover, Olivier Jouvray, Editions Paquet

Ikigami Tome 1, Préavis de mort

Ikigami est sans nul doute le manga à mettre entre toutes les mains, si tant est qu’elles aient le cœur bien accroché. Bien loin des histoires bancales ou des graphismes qui piquent les yeux, Ikigami dérange, bouleverse, et t’oblige à réfléchir à beaucoup beaucoup de choses.
Japon, dans un futur proche. Pour redonner aux jeunes le gouvernement mise sur une solution choc. Avant l’entrée en maternelle, tous les petits citoyens japonais sont vaccinés. Dans un vaccin sur mille, réparti de manière aléatoire et indétectable pour le porteur, un élément le tuera entre ses 18 et 24 ans. Le héros que nous allons suivre est un porteur d’Ikigami. Employé parle gouvernement, c’est lui qui doit annoncer aux ‘condamnés’ qu’ils ne leur reste que 24H à vivre. Sous forme de nouvelles, on suit ainsi les dernières 24H de jeunes femmes et hommes mis face à leur mort imminente, et à tout ce que cela va provoquer en eux.
Dans un pays où chaque mot est contrôlé, ce jeune homme qui est l’un des rouages du système ne peut que s’interroger en lui-même sur le bien fondé d’un tel système, nous poussant nous aussi à nous interroger sur la valeur de la vie, le pouvoir et les droits d’un gouvernement sur ses citoyens, mais aussi sur des notions plus vastes comme la famille, l’amour, l’amitié, et le sens que l’on veut vraiment donné à notre vie.
D’une grande puissance, ce titre qui ne perd absolument pas en qualité au fil des tomes, est donc un excellent thriller mais en même temps une critique sans concession de la société japonaise et lus largement de notre société à tous. En effet, ce genre de dérive pourrait arriver partout dans le monde.
Avec talent, l’auteur nous fait nous poser des questions sans jamais nous imposer son point de vue, notre propre cheminement se faisant en même temps que celui du héros, qui oscille entre son désir de confiance en ce système qui l’a rendu tel qu’il est lui-même, et son libre arbitre, sa petite voix intérieur, qui lui dit que la solution en place n’est pas toujours la meilleure…

> Ikigami, Tome 1 : Préavis de mort, Môtoro Mase, Editions Asuka

Une vie chinoise Tome 1, Le temps du père

L’histoire de la Chine et la période de règne de Mao ne sont pas des sujets qui me passionnent à la base. Pourtant il faut bien l’avouer, une fois commencé ce manga, je n’ai pas pu arrêter ma lecture, écarquillant un peu plus les yeux à chaque page.
L’auteur de ce titre a décidé de remonter le fil de sa vie. Ce premier tome commence à la rencontre de ses parents, et se termine à la mort de Mao. Xiao Li nait d’une mère paysanne et d’un père très militant, au moment où Mao accède au pouvoir. Ainsi, dès sa naissance, Xiao Li est éduqué avec comme idée principale le respect de ce héros du peuple qu’est Mao. Chez lui, à l’école, il va vivre toute l’effervescence d’un peuple qui vient enfin de retrouver l’espoir grâce à un chef charismatique.
Mais l’emprise de Mao va bien au-delà de simples paroles d’espoir, et l’auteur réalise un vrai tour de force en acceptant de regarder avec un oeil critique son passé et ce qui a régit toute sa vie. En effet, chaque discours, chaque phrase de Mao était suivi telle une parole divine par le peuple, amenant toutes les dérives, et aggravant la situation d’un pays déjà affaibli.
Il serait maladroit de donner des exemples, car sorti du contexte il est difficile de saisir comment un jeune garçon a pu en arriver aux actes qui ont été ceux de Xiao Li, mais quand on finit ce premier tome, on ne peut qu’éprouver du respect pour cet homme qui a réussi à faire un réel travail sur lui-même et sur son pays, alors même qu’il a vécu toute son enfance, son adolescence, et les débuts de sa vie d’adulte sous le joug de la propagande maoïste.

> Une vie chinoise, Tome 1 : Le temps du père, Li Kunwu, Editions Dargaud

L’Epervier Tome 7, La Mission

Ce nouveau tome de la série L’Epervier n’a plus le même format, plus le même éditeur…mais ce n’est pas si grave, car c’est le début d’un nouveau cycle (qui peut se lire sans avoir lu les autres tomes, ce qui est mon cas). Il est ici question d’aventures, de bateaux, et de jolies filles.
1742, Versailles, l’Epervier est appelé à la cour du Roi car il semble le dernier espoir pour celui-ci. En effet, la situation est catastrophique pour les troupes françaises au Canada, et ils ont besoin d’un homme de la trempe de cet aventurier-là pour démêler la situation. Curieux et toujours partant pour ce genre d’histoire pourtant peu prometteuse, car très risquée et secrète, Yann de Kermeur accepte tout de suite et repart donc en Bretagne pour préparer ses hommes à ce voyage. Mais tout le monde en France ne semble pas ravi qu’il se mêle à tout ça, et il va lui falloir toute sa vigilance, s’il veut rester en vie et arriver à Québec avant que le froid et la glace n’empêche son bateau de pouvoir débarquer.
Bien que classique, tant au niveau du dessin que du scénario, cette bande dessinée n’est pas devenue une saga culte pour rien. En effet, le souffle de l’aventure se dégage de ces pages, pour notre plus grand plaisir, et on suit avec intérêt les aventures et déboires de ce corsaire, courageux et téméraire.

> L’Epervier, Tome 7 : La Mission, Patrice Pellerin, Soleil Production

Billy Brouillard

Billy Brouillard n’est pas simplement une bd, c’est un sublime livre-objet dans lequel on plonge comme dans un univers fantastique. Mélange de bd, de poèmes, de comptines et de pages d’un bestiaire pas tout a fait comme les autres, le bel ouvrage de Guillaume Bianco méritait bien sa nomination à Angoulême !

Billy est un gamin comme tous les autres. Avec un chat, une petite soeur, un jardin, et une imagination débordante. En fait le problême c’est que Billy commence à douter de l’existence du Père Noël, alors il décide de lui écrire. Et puis son chat meurt et c’est la première fois que Billy est confronté à la mort. Alors tout ça s’embrouille dans sa tête, le Père Noël, la mort, l’absence de son pote le chat, et tous les monstres qui peuplent son imaginaire, le font frissoner et transforment son quotidien en une succession d’aventures effroyables juste comme il faut.

Guillaume Bianco, auteur de génie (aussi au scénario sur Chats SiamoisEco par exemple), nous ouvre avec Billy Brouillard les portes de son univers incroyable, peuplé de monstres gentils ou pas, d’animaux mythologiques, de vieux journaux, de princesses un peu destroy, d’insectes visqueux, de plantes bizarroïdes et de tout ce qui fait le charme et la fragilité de l’enfance. Peut-être un peu dur pour les petits, c’est donc nous qui pouvons profiter avec délectation de Billy Brouillard et de toutes les merveilles cachées dans les pages de ce livre. Le dessin est superbe, le mélange des genres surprend et séduit. On pense forcément un peu au recueil de poêmes de Tim Burton (la Triste Fin du Petit Enfant Huître), mais si le parallèle s’impose un peu de lui-même (et pas des moindres, ce recueil de poèmes est une grosse tuerie si tu ne l’as encore jamais ouvert), on est loin du plagiat ou même de l’inspiration. Guillaume Bianco livre ici son propre monde, ses propres délires, pour notre plus grand plaisir…

> Billy Brouillard : Le don de trouble vue, Guillaume Bianco, Soleil Productions

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