La discipline, les activités extrascolaires… et les madmoiZelles ! — Témoignages

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Pour cette journée de rédaction en chef de Loïc Nottet, les madmoiZelles témoignent sur un sujet qui lui tient à cœur : les activités extrascolaires et leur discipline. Elles nous racontent la frustration... ou l'épanouissement.

La discipline, les activités extrascolaires… et les madmoiZelles ! — Témoignages
À l’occasion de la sortie de son album Selfocracy ce 31 mars 2016, Loïc Nottet est notre rédacteur en chef d’un jour !

On a discuté avec lui des sujets qui lui ressemblent et qu’il souhaiterait voir aborder dans nos colonnes, et la rédaction s’est emparée de ces thèmes pour vous proposer ces articles.

Il nous a raconté qu’il était un enfant turbulent en classe, et que ce sont les cours de danse qu’il a pris à côté de l’école qui l’ont canalisé — un bon équilibre entre art et discipline.

Des madmoiZelles nous ont donc à leur tour parlé de leurs activités extrascolaires et de la discipline qu’elles y avaient apprise — ou subie.

Les madmoiZelles qui ont témoigné ont généralement commencé une ou plusieurs activité•s extrascolaire•s quand elles étaient petites. Une décision qu’il fallait prendre en accord avec leurs parents, alors plus ou moins engagés.

Les activités extrascolaires et les parents

Alexandre s’est vu imposer une activité contre son gré quand il avait 8 ans :

« Mes parents ont voulu que je commence un sport, sauf qu’habitant en province, il n’y avait pas forcément un grand choix — et je n’avais pas vraiment envie de faire du sport (je voulais plutôt faire de la guitare ou de la batterie).

J’ai dû faire du judo pendant un peu plus de quatre ans. Je n’aimais pas du tout, mais je continuais uniquement pour faire plaisir à mes parents. »

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Isabelle, si ses parents l’ont encouragée à faire une activité, a quant à elle entièrement pu choisir :

« Je crois que pour mes parents, ça a toujours été important de nous montrer qu’il n’y avait pas qu’à l’école qu’on pouvait apprendre. Ils voulaient que je sois curieuse et m’enrichisse de tout.

À partir de mes quatre ans, j’ai donc fait, parallèlement ou non, du violon, de la guitare classique, de la basse électrique dans un orchestre symphonique, de la chorale, du solfège, du théâtre, du chant.

Toute ma semaine était chronométrée et planifiée puisque j’avais une activité extrascolaire quasiment tous les jours.

J’ai cumulé deux écoles de théâtre en troisième en plus de tous mes cours de musique par exemple, donc je devais être très rigoureuse dans mes devoirs de musique et les textes à apprendre dans différents domaines.

C’est réellement moi qui demandais toutes ces activités. La règle de mes parents était que je pouvais continuer tant que j’arrivais à suivre en cours. »

Pour autant, que l’activité soit imposée par les parents ou entièrement désirée par les madmoiZelles, la discipline n’était pas toujours bien acceptée.

Entre contrainte et plaisir

Alice, qui faisait de la gymnastique rythmique sportive (GRS), regrette par exemple « la froideur de la gymnastique », l’accent sur la discipline et la compétition faisant qu’il n’y avait pas de cohésion.

Alicia, qui en a également pratiqué en primaire, est largement d’accord :

« La GRS me plaisait énormément. J’aimais le sport, l’exercice physique, mais j’aimais aussi les paillettes, le côté « show », le féminin et gracieux.

J’adorais le côté artistique, les galas de fin d’année, où l’on était costumées, avec un thème et des chorégraphies rigolotes.

Mais tous ces bons côtés ont été peu à peu remplacés par un arrière-goût amer, qui prenait de plus en plus de place au fil des ans. »

Elle a été victime de grossophobie et d’humiliation, selon un système de valeurs douteux lié intiment à la discipline de la pratique. Cela a fini par gâcher tout son plaisir.

Emma, qui apprenait notamment à jouer d’un instrument de musique au conservatoire, devait suivre une discipline stricte et lourde. Heureusement, elle était bien encadrée :

« Au plus fort, en sixième, avec tous ces cours plus des projets à côté, j’avais presque autant d’heures de cours au collège que de temps au conservatoire (25h environ des deux côtés).

Comme j’étais inscrite dans un conservatoire, nous avions des examens tous les ans, devant des jurys, et les professeurs étaient exigeants. Mais cela m’allait bien car je suis quelqu’un de discipliné.

Et surtout, ma mère suivait de près mon travail, en se rendant à tous mes cours de violoncelle (jusqu’au milieu du collège environ), et en s’assurant que je travaillais bien quotidiennement.

Ce qui est dur en musique, comme avec les sports de haut niveau, c’est qu’il faut vraiment pratiquer son instrument tous les jours.

Donc même quand on part en vacances (il fallait alors arriver à caser le violoncelle entre les valises), et même le jour de Noël et de son anniversaire.

C’est la clé pour avancer.

Mais c’est dur à entendre et à suivre, quel que soit l’âge de l’enfant, car petit, on préfère jouer, et grand, on préfère faire autre chose, comme voir les ami•es, bosser pour les cours du lycée, dormir… »

Pour certain•es, la discipline était carrément une aide au quotidien, qui leur a permis de s’épanouir.

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La discipline, un outil pour le quotidien ?

Laëtitia a une maladie neuromusculaire qui entraîne une perte de force physique. Apprendre progressivement à faire de la flûte l’a beaucoup aidée dans son quotidien :

« La flûte m’a énormément apporté. Elle m’a libérée à la fois physiquement des machines d’aide à la respiration mais aussi psychologiquement.

Elle m’a permis de grandir et de m’imposer. C’est un moment qui me rend forte mais aussi qui me rassure.

La flûte est mon doudou, je l’ai depuis mes 4 ans, elle a la marque de mes dents, je la connais par cœur et je sais exactement où poser mes mains. »

Maryse raconte avoir pu s’épanouir grâce à la discipline de ses cours de danse :

« Je pense que la discipline a été bénéfique pour moi et que ça m’a permis d’aimer encore plus la danse. Et quand la discipline est enseignée par la bonne personne, c’est encore mieux.

Suivre les directives de ma professeur, être cadrée et encadrée, réussir à le faire et être fière de ça, c’était important pour moi.

Mais je pense que ça a aussi à voir avec mon caractère : j’ai besoin d’être cadrée quand je fais quelque chose. »

Ce besoin de cadre, toutes les madmoiZelles qui ont témoigné ne l’ont pas, et elles diffèrent sur le rapport entre art et discipline.

Art et discipline, une dissolution du plaisir ?

Alicia n’avait pas envie de discipline dans le cadre d’une activité où primait pour elle le plaisir :

« En y réfléchissant, je me rends compte que la discipline n’est pas vraiment pour moi : quelle que soit l’activité que je faisais, je la faisais avec plaisir, avec un peu d’insouciance parfois.

Je ne cherchais pas les résultats, la compétition ; je ne voulais pas être la meilleure mais faire ce qui me plaisait !

Mon type de raisonnement n’est pas compatible avec la discipline des activités extrascolaires : je ne vois pas pourquoi souffrir lors d’un moment qui est censée me détendre. »

Pour Typhaine, tout est une affaire de juste milieu :

« J’aurais préféré avoir moins de contraintes et plus de plaisir au commencement. La discipline est importante mais on peut être exigeant•e et dans le loisir tout de même, c’est un entre-deux à trouver. »

Mais pour certaines madmoiZelles comme Roxanne, la discipline est indispensable pour pratiquer certaines activités :

« La GRS est un sport qui exige de la discipline et que tout le monde ne peut pas pratiquer.

Si l’on manque de discipline, on ne peut pas atteindre nos buts, mais si on n’apprécie pas ce sport, et cela malgré le fait qu’on respecte la discipline, je ne pense pas que l’on puisse évoluer aussi vite ou aussi bien que ceux qui ont du plaisir à faire ce sport.

Je pense que les gymnastes allient discipline et plaisir ; l’un ne va pas sans l’autre. Et l’un n’interdit pas l’autre. »

Les activités extrascolaires, un complément essentiel de l’école

Et quand ces activités extrascolaires se déroulaient bien voire extrêmement bien, les madmoiZelles y ont trouvé ce qui leur manquait à l’école. Maryse raconte :

« J’ai trouvé dans la danse mon échappatoire, ma petite bulle de bien-être. Je ne me sentais jamais mal dans ma peau, jugée par les autres ou mal à l’aise.

J’étais toujours très timide, je parlais peu aux autres mais quand je dansais, ça changeait tout.

Et puis il y avait les galas aussi. C’était absolument génial. J’adorais faire les premières répétitions sur la scène du théâtre la semaine avant la représentation.

Puis il y avait la répétition générale, la répétition en costume et, enfin, le gala. Il fallait se préparer, attendre notre tour, sentir le trac monter, se placer sur scène dans le noir et le plus silencieusement possible…

Puis la musique commençait et là, ça devenait magique. Plus de trac, que du bonheur. Cette sensation me manque beaucoup.

Cette activité m’a prouvé que j’étais capable de faire partie d’un groupe et de m’exprimer devant des dizaines et des dizaines de personnes sans me sentir mal à l’aise.

Je pense aussi que ça m’a aidée à traverser cette période particulière de mon adolescence, parce qu’entre mes 13 et mes 18 ans, pas mal de choses sont parties en vrille dans ma vie. »

Certaines s’y sont tellement épanouies qu’elles ont fait de leur activité extrascolaire leur métier. C’est le cas d’Emma, qui suivait des cours au conservatoire :

« Cette pratique, la discipline du conservatoire et le temps que cela me prenait m’ont appris à m’organiser.

J’étais d’ailleurs effarée au lycée d’avoir des amis qui ne pratiquaient pas d’activités extra-scolaires, j’étais persuadée qu’ils devaient profondément s’ennuyer. Pour moi, l’équilibre incluait les 15h de musique.

Et puis cela m’a équilibrée, car cela faisait un contrepoids aux tracas apportés par les études ou les émois d’ado, sur lesquels je ne pouvais pas me focaliser puisque j’avais bien d’autres choses à faire.

J’y ai aussi rencontré mes meilleures amies, même si les études supérieures nous ont séparées.

Et puis, plus globalement, cela a façonné la personne que je suis puisque je suis actuellement ingénieure du son. 

À l’issue de mes études dans une école tournée vers les arts vivants, ce qui découlait naturellement de mes 15 ans passés dans un conservatoire et sur différentes scènes, j’ai commencé à travailler dans le milieu de l’opéra, de la musique et de la danse classique (je travaille à l’opéra Bastille).

Et j’ai fait mon mémoire de fin d’études sur les sons du corps en danse. Tout se recoupe ! »

En conclusion

Alexandre, qui n’avait pu choisir sa première activité extrascolaire, en retient qu’il ne faut pas imposer un cours et sa discipline à ses enfants.

Alice a de son côté multiplié les activités, et si elle ne les a pas toutes appréciées, elle reconnaît tout ce qu’elles lui ont apporté :

« De toutes les activités que j’ai pratiquées et pratique encore, je n’en regrette aucune. Elle m’ont toutes permis de me dépenser, à leur façon, mais également de connaître mes limites et de m’aimer.

Du haut de mes 21 ans, avec le recul que j’ai pu prendre à cause de mes années en tant qu’« handicapée » (reconnue par le rectorat et la faculté), tous ces sports et la discipline qu’ils imposaient m’ont libérée. »

Marin pense que les côtés pesants de la discipline sont liés au système scolaire français, et le fait que les enfants n’ont pas forcément beaucoup d’autres moments de loisirs :

« Je pense qu’il faudrait habituer les enfants à avoir une discipline extrascolaire assez tôt, de sorte que cette discipline ne rime pas avec résignation et pression, mais plutôt avec encouragement et épanouissement.

Ce qui personnellement m’a fait renoncer à la danse était une affaire de temps.

En Allemagne, le système scolaire est organisé et pensé avec les activités extrascolaires, laissant toutes les après-midi libres aux enfants/élèves (et ceci prend encore effet jusqu’au collège) pour justement pratiquer ces activités.

Je ne rejette pas la faute sur l’école, mais disons qu’en France, les gamins sont en cours de 9h à 16h en moyenne avec une après-midi de libre dans la semaine : c’est généralement là que les enfants peuvent pratiquer une activité.

Mais ce n’est pas toujours pratique (il faut que la discipline en question propose un cours adapté à l’âge de l’enfant le mercredi après-midi, que les parents puissent le conduire à ladite activité, venir le chercher, etc.), et ce n’est pas suffisant non plus.

Car si l’après-midi est réservée à cette activité extrascolaire, j’imagine que l’enfant doit aussi pouvoir s’épanouir sans les moments de discipline, avec du temps libre.

Des journées d’école plus courtes lui donneraient ce temps, ainsi que celui pour se consacrer à ses activités extrascolaires. »

Pour Marin, ce serait donc le mode de fonctionnement de l’école qui est à repenser. Une façon de mieux gérer la discipline et de mettre un maximum à profit l’activité extrascolaire !

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— Merci à toutes les madmoiZelles qui ont témoigné !

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Melissa

Mélissa fait les témoignages, mais ce n’est pas elle qui vit toutes les histoires qu’elle raconte – et heureusement parce que sa vie serait un peu compliquée ! Elle aime les pois et s’empiffrer de Kinder en sirotant son thé.


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Commentaires
  • Kounette
    Kounette, Le 2 avril 2017 à 19h07

    C'est marrant j'ai eu cette discussion il y a peu avec mes parents
    Ces derniers sont toujours partis du principe que moi et mon frère on devait faire des activités extra scolaire. J'ai donc fait de la musique, de la danse, du tennis puis de l'équitation. Et mon frère du judo puis du foot.
    Le soucis c'est que j'ai commencé la musique 1an avant l'âge requis, parce que mon père fait parti de cette école (musicien et trésorier de l'assoc') et pour être avec une copine qui avait 1an de plus que moi, du coup j'ai commencé à 6ans. Je ne savais donc pas bien écrire et ai pris du retard sur tous les autres dès la 1ère année. Ca a été horrible. D'être la dernière de la classe tous les ans, d'aller au solfège alors que je détestais ça, de travailler ma musique toutes les semaines. J'ai donc choisi de faire de la guitare uniquement pour échapper à la classe orchestre. Au final j'ai pu arrêter en 6e, en prétextant qu'avec le collège ça n'était plus compatible. Je ne regrette pas. Mon frère n'a d'ailleurs jamais voulu prendre des cours tellement il m'a vu mal. Il joue donc de façon totalement autonome du piano ^^
    En parallèle j'ai fait de la danse. Nouveau problème, vers mes 8ans j'ai eu une poussée de croissance très rapide qui m'a fait perdre toute ma souplesse. A nouveau je rencontrais beaucoup de problème : exercices supplémentaires avant et après le cours pour m'assouplir (ça n'a jamais marché) et cette impression d'être bien nulle en danse. J'aimais néanmoins toujours. J'ai arrêté quand l'école a fermé (j'avais 10ans).
    Mes parents voulaient absolument que je fasse du sport. Eux qui n'avaient pas les moyens durant leur enfance d'en faire (l'investissement classique des parents qui se transfère dans leur enfant). Ils m'ont inscrit au nouveau cours de tennis que proposait mon village. Je me suis retrouvé dans un groupe avec des ados de 16-17ans alors que j'en avais 12. Un prof qui ne l'était que de nom et qui m'a fait tapé la balle contre un mur 75% de l'année. J'étais tellement dégoutée que je n'ai fait qu'un an.
    Suite à une très bonne expérience à cheval durant nos vacances, ma mère m'a inscrit l'année de mes 11ans au centre équestre du village d'à côté. Ca va faire 12ans que j'y suis. Je ne la remercierai jamais assez pour ça, car j'y ai découvert la plus grande passion de ma vie, même avant mon métier. Et que, de moi même je ne pense pas que j'y serai allée.

    Y'a eu du bon et du moins bon. J'en veux un peu à mes parents de m'avoir "forcé" sur certaines activités et de m'avoir demandé de poursuivre, que l'envie et la motivation arriverait avec les années et la pratique. Je leur en veux un peu d'avoir pensé à eux avant mon frère et moi. Mon frère a d'ailleurs abandonné le judo assez vite et a fait du foot pendant 8ans où il ne restait que pour être avec ses amis et un peu par obligation par son club selon ses dires.

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