Infiltrées dans un dîner de charité, 2 journalistes témoignent du harcèlement sexuel omniprésent

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Deux journalistes se sont glissées dans la peau d'hôtesses lors d'un grand dîner de charité. Leur compte-rendu fait état de sexisme, de harcèlement sexuel... et les conséquences n'ont pas tardé.

Infiltrées dans un dîner de charité, 2 journalistes témoignent du harcèlement sexuel omniprésent

Depuis l’automne 2017, le monde est secoué par de nombreuses discussions autour du harcèlement sexuel au travail, de la culture du viol, et du consentement.

Il était temps !

Le sujet est loin d’être épuisé. Car les femmes sont encore bien trop souvent victimes d’avances, de gestes, de mots, de sollicitations qu’elles ne désirent pas, et ne peuvent pas toujours refuser sans risques.

Laissez-moi donc vous parler d’un certain dîner de charité…

Un dîner de charité réservé aux hommes, et bourré de sexisme

Au très chic hôtel Dorchester de Londres s’est tenu le Presidents Club Charity Dinner. S’y trouvaient 360 personnalités britanniques. Uniquement des hommes. Et 130 hôtesses. Uniquement des femmes.

Le Financial Times a réussi à y infiltrer deux journalistes ayant postulé pour être hôtesses. Elles racontent une soirée marquée par le sexisme, le harcèlement, les attouchements.

Le dress code des hôtesses s’étendait jusqu’à leurs sous-vêtements : robe noire sexy (fournie par l’organisation), chaussures noires à talons, et ensemble de lingerie noire obligatoire.

Elles étaient encouragées à tenir compagnie aux hommes, à les divertir, et étaient réprimandées lorsqu’elles n’étaient pas assez enthousiastes.

Particularité de cette soirée, les hôtesses ont le droit de consommer de l’alcool. Y sont même encouragées. Voire forcées. Voici ce qu’un des invités a dit à une employée :

— Tu as l’air bien trop sobre.

Il a rempli son verre de champagne, l’a attrapée par la taille, pressée contre son ventre avant de déclarer :

— Je veux que tu tombes ce verre, que tu vires ta culotte et que tu danses sur cette table.

D’autres comportements déplorables ont été rapportés. Mains aux fesses, sous les jupes, attouchements, propos salaces… Une hôtesse dit même qu’un homme lui a montré son sexe.

À lire aussi : Le harcèlement sexuel au travail est bel et bien l’affaire de tous

Certaines, expliquent le Financial Times, apprécient cette soirée qui a lieu chaque année. D’autres le vivent mal, très mal. L’une d’elle, âgée de 19 ans, déclare après qu’un invité lui a demandé si elle se prostituait :

— Je n’ai jamais fait ça, et je ne le ferai plus jamais. Ça fait peur, putain.

Les hôtesses étaient rémunérées 150£ (environ 170€), plus 25£ pour le retour en taxi.

Le dîner de charité sexiste scandalise au Royaume-Uni

Le Financial Times compile des réactions à leurs révélations au sujet de ce dîner de charité.

L’hôtel revendique une tolérance zéro sur le harcèlement sexuel et affirme n’avoir connaissance d’aucun fait, mais promet d’enquêter.

Le Presidents Club déclare que ce dîner a permis de récolter des millions de livres pour aider des enfants, mais que les faits relayés dans le Financial Times relèvent de l’inacceptable. Là aussi, promesse d’enquête plus poussée.

Aucun invité du dîner n’a pour le moment pris la parole.

Certains bénéficiaires de l’argent récolté ont choisi de le rendre en signe de désapprobation, refusant d’être mêlés à de telles attitudes.

Et au final, le Presidents Club a annoncé que toutes ses ressources allaient être distribuées et que l’organisation allait définitivement fermer.

Enfin, le sexisme scandalise

Vous voulez savoir un truc triste ?

Je n’ai ressenti AUCUNE surprise en lisant l’article du Financial Times. Aucune.

On met 360 hommes de pouvoir dans un cadre non-mixte (puisque les femmes présentes n’ont absolument pas le même statut), on leur file de l’alcool, dans ma tête c’est évident que certains seront odieux.

Pas parce que les hommes sont des bêtes incapables de maîtriser leur pénis, mais parce qu’à cause de la socialisation genrée, énormément d’hommes se croient tout permis et ne considèrent tout simplement pas les femmes comme des personnes.

Mais on est en 2018. Après Weinstein, après #MeToo (#MoiAussi), après #BalanceTonPorc, après d’innombrables dénonciations du harcèlement sexuel au travail et de la réification des femmes.

En 2018, le Presidents Club n’est pas l’objet d’une brève située dans un coin d’un magazine à scandales. Le Presidents Club ferme ses portes.

Après l’offense, il est temps d’agir

Cependant, ce quasi-fait divers n’est que le symptôme d’une société toujours gangrénée par le sexisme. La fermeture de l’organisation ne mettra pas fin au harcèlement sexuel.

Pour aller au-delà de cette affaire, il faut lutter, à l’échelle globale, contre le patriarcat, éduquer les garçons comme les filles au consentement et au respect, avoir davantage de femmes haut placées, puissantes…

Il n’existe pas seulement d’un côté les « gens bien », de l’autre un quota de « porcs » à neutraliser, après quoi le sexisme aura disparu. Il existe un climat qui permet à des gens de tout se permettre, et qui ne protège pas les personnes subissant leurs actes.

Ce climat est nourri par des comportements odieux, mais aussi par le silence qui les entoure, la tolérance passive, fort heureusement en train de s’étioler grâce aux prises de conscience tout autour du monde.

Je reste optimiste : un jour, on atteindra l’égalité. Et on pourra récolter de l’argent pour des enfants malades sans se demander s’il n’a pas, au fond, une odeur franchement nauséabonde.

À lire aussi : Messieurs, pour lutter contre le harcèlement des femmes, sortez-vous de l’effet témoin

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Mymy

Mymy, entre deux bouquins qu'elle chronique parfois en vidéos, est la rédac-chef adjointe/correctrice/community manager de madmoiZelle. Elle aime rester chez elle, les chatons mignons, la raclette du dimanche et les séries télé avec des retournements de situation dedans.

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Commentaires
  • BulleColoree
    BulleColoree, Le 25 janvier 2018 à 20h43

    Ça me fait penser au salon de l'auto, ou les jolies objets euh femmes m'ont toujours parue comprise dans le prix d'entrée ...

    Et après on nous dira que non non, égalité homme-femme, c'est plus légal et moral de prendre les femmes pour des consommables ...

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