Dimanche Fiction spécial Halloween – Louisiana et Arthropodologie

« Dimanche Fiction » revient pour fêter Halloween avec deux nouvelles d'épouvante signées Initial JJ² : « Louisiana » et « Anthropodologie » !

Dimanche Fiction spécial Halloween – Louisiana et Arthropodologie

Publié initialement le 25 octobre 2015

Halloween arrive dans moins d’une semaine, l’occasion de se caler bien au chaud et de frissonner avec ces deux nouvelles qui ne vous aideront pas franchement à mieux dormir…

« Louisiana »

Allongée dans son lit, une jeune femme souffrait de la chaleur. La peau moite, elle peinait à respirer, avalant un air humide et lourd. Elle n’osait pas remuer sur ses draps blancs, de peur d’avoir de nouveau une vague de trop chaud.

Un semblant d’air venait de temps à autre soulever la moustiquaire, apportant avec lui des sons auxquels Louise était habituée. L’adolescente, loin d’être effrayée, savait que les marais environnants abritaient une faune particulière et étaient sources de bruits divers.

Étendue et immobile donc, elle n’arrivait pas à trouver le sommeil et écoutait ces sons venus du dehors.  Elle entendait très nettement les batraciens sautant dans les eaux stagnantes, et visualisait leur peau luisante sous les faibles lueurs lunaires. Elle imaginait aussi leurs odeurs, qui tenaient du petrichor avec un fond moins agréable venant de la vase et de la tourbe.

Sur les branches des saules, glissaient des serpents, dont les sifflements se fondaient avec le crissement des insectes.

Un brin d’air plus intense que les précédents amena à Louise une odeur de cyprès, et ravie de cette nouvelle fraîcheur, elle s’autorisa quelques mouvements. Saisie d’une bouffée de chaleur, elle cessa immédiatement le moindre geste, mais elle sursauta quand un bruit soudain lui parvint aux oreilles.

Un sifflement rauque suivi d’une sorte de grincement grave et humide avait retenti, la prenant par surprise. Une sueur froide commença à lui parcourir le dos, quand elle se rendit compte qu’il ne s’agissait là que du cri d’un alligator. L’animal n’avait en soi rien de rassurant, tapi dans les eaux marécageuses, guettant probablement une proie, mais Louise savait qu’il ne se trouvait pas à l’extrême proximité de la maison, et se tranquillisa alors instantanément.

C’était donc dans ce contexte que vivait la jeune femme. Un environnement humide et chaud, plein de nuées d’insectes avides de sang, et d’animaux aux teintes verdâtres en accord avec les couleurs de l’eau.

Persuadée qu’elle ne trouverait pas le sommeil, Louise se leva, sa chemise collant à sa peau. Elle observa au-dehors toutes ces choses qu’elle avait entendues.  Mais rapidement, elle se sentit bien mal à l’aise. Quelque chose n’allait plus.

Les bruits qui avaient rythmé sa respiration s’étaient tues. Il n’existait plus un seul bruissement, plus un seul clapotis, ni même un coassement ou un vagissement. Elle savait que c’était inhabituel, jamais cette zone n’était silencieuse. Louise était troublée, elle se sentait observée. Un frisson lui parcourut le corps et elle retourna dans son lit.

Le cœur battant plus fort qu’à l’accoutumée, elle avait l’impression que quelque chose au-dehors perturbait l’environnement. Tapi dans les roseaux, n’ayant pas de respiration, une chose attendait en regardant vers elle. Louise savait qu’elle était épiée.

L’air devint glacé, et la jeune femme eut une certitude affreuse. La chose ne regardait pas son corps, elle regardait au-dedans de son enveloppe. Elle la sondait au plus profond d’elle-même, et Louise crut que son âme allait être dévorée.

L’adolescente s’enroula dans ses draps, et les serra autant qu’elle put. Fermant les yeux, elle fut prise de tétanie. La chose bougeait, se rapprochait. Elle venait pour elle.

Soudain, un bruit serratique retentit, faisant frémir la mousse espagnole qui pendait des arbres.

Louise était certaine d’être la seule à avoir entendu ce son qui semblait être un hurlement. Recroquevillée sur son matelas, elle savait que la moustiquaire ne la protégerait pas, et elle paraissait ne plus pouvoir bouger. Elle ne pouvait rien faire, rien d’autre qu’espérer que la chose parte, que ce ne soit que l’objet de son imagination. Dans sa tête, elle commença à psalmodier quelques prières pour éloigner les mauvais esprits. Elle essaya de bouger les mains, mais seul un tremblement les anima. Des larmes de panique commencèrent à couler le long de ses joues. Son cœur battait de plus en plus fort, au point que la chose devait l’entendre.

Le bruit d’un corps plongeant dans l’eau lui parvint aux oreilles. La chose arrivait. Elle arrivait pour elle, c’en était certain. Louise bégayait ses prières, elle remuait les lèvres comme une démente, crachant des mots auxquels elle se raccrochait. Elle ignorait pourquoi c’était elle la cible, elle n’en connaissait pas la raison et ne savait pas non plus ce qui allait lui arriver, mais chose certaine, elle allait souffrir. Le froid qui l’avait saisie depuis plusieurs minutes ne lui présageait rien d’autre.

Le clapotis de l’eau se faisait plus intense. La chose était tout à côté et quand un bruit d’éclaboussures résonna, le cœur déjà battant de Louise fit un bon douloureux. Elle prit sa tête entre ses mains, et un vagissement retentit. L’eau s’agita et les sons revinrent immédiatement, ainsi que la chaleur étouffante.

Libérée de sa torpeur, Louise s’arracha de son lit pour aller à sa fenêtre. Elle eut à peine le temps d’apercevoir un alligator entraîner au loin une forme sombre qu’elle ne put définir, et plissant les yeux pour mieux y voir, elle le vit plonger sa proie dans les eaux vaseuses du bayou.

« Arthropodologie »

C’est venu comme ça, un jour, sans raison apparente. Au début de façon anodine. Pendant que je lisais, pendant que je mangeais, pendant que je marchais. J’avais une drôle de sensation, comme un picotement d’insecte, à différents endroits de mon corps. Je passais la main sur la partie agressée, avec la peur d’y trouver un nuisible, et à chaque fois, je n’y trouvais rien.

Après plusieurs jours de ce petit manège, il me vint à l’esprit que, peut-être, j’avais une allergie. Mais rien n’apparaissait sur ma peau, ni rougeurs, ni boutons, elle était telle qu’elle l’avait toujours été : blanche piquée de petites tâches plus sombres.

Le plus agaçant était quand cela survenait aux moments de travail, de concentration. Pire que tout, j’avais l’impression qu’une araignée remontait le long de mes membres, lentement, une patte après l’autre. Je l’imaginais tisser sa toile sur ma peau. À cette simple idée, je frissonnais de dégoût.

De fait, j’avais l’impression de perdre la tête. Était-ce moi qui imaginais tout cela ?

Je n’en savais rien, et j’avais même pris l’habitude de cette maudite sensation si bien que s’il m’arrivait d’avoir des insectes sur le corps, je n’y prêtais plus attention. Cependant, la sensation était toujours là, comme une mouche se baladant sur mes bras ou mes épaules. Irritante, tyrannique, incessante… Et inlassable. Et quand elle ne s’apparentait pas à une mouche, c’était à autre chose. Une puce par exemple, mordant ma peau sur plusieurs centimètres. Agressant mes nerfs.

Un jour, dans les méandres du sommeil, je m’éveillai brusquement. La sensation s’était faite plus forte, comme si une guêpe m’eut piqué. Rejetant la chose avec ma désinvolture habituelle, j’essayai de me rendormir. Me retournant sur le dos, j’entendis un craquement inhabituel. Mon cœur fit un bon et se mit à battre plus vite. Il y avait quelque chose dans mes draps. C’était à n’en pas douter. Était-ce une punaise ? Une araignée ? Autre chose…

Je n’osais pas bouger. Le moindre mouvement aurait pu faire filer la bête. Mais l’idée de l’avoir sur le corps me poussa à agir.
Tendant une main hors du lit, j’allumai la lumière. Le corps tremblant, je soulevais les draps et le spectacle s’offrant à mes yeux me fit hurler de terreur.

Ma peau était recouverte d’insectes, de myriapodes et d’arachnides. Leurs pattes s’accrochaient, leurs mandibules pinçaient, arrachaient. Ma peau rougissait de plus en plus.

M’arrachant du lit, je me secouais avec acharnement, écrasant ce qui tombait au sol.

Je ne me souviens pas avoir ressenti plus d’horreur qu’à ce moment-là. J’avais l’impression que ma chambre entière abritait ces nuisibles, et que tous se précipitaient sur moi, voulant me dévorer.

Hurlant, me débattant, je ne savais pas quoi faire. J’étais hystérique. J’aurais préféré mourir que de subir ça. Les araignées me mordaient, les fourmis aussi. Les tiques se plantaient dans mon épiderme et suçaient mon sang. J’avais l’impression que mon corps était rongé.
Voulant sortir de cette pièce, je me précipitai vers la porte, et n’y voyant rien, me cognai violemment contre la tranche de celle-ci.

Quand je repris conscience, un bousier avait sa patte tout près de mon œil et quelque chose me piquait la joue. Mon sang ne fit qu’un tour et je m’écartai vivement. Je contemplai le scarabée, et m’aperçus qu’il était sans vie, une épingle traversant son corps de part en part. Jetant un regard autour de moi, je constatai que des bris de verre gisaient au sol, ainsi que de nombreux cadavres de divers arthropodes.

C’est alors que je compris. Les planches entomologiques qui ornaient les murs de la chambre où je dormais s’étaient brisées quand, dans une crise de panique, ou peut-être de somnambulisme, j’avais ébranlé les murs en heurtant la porte.

La persécution dont je pensais être la cible depuis plusieurs mois, n’était en réalité qu’un mauvais rêve qui m’aura donné l’impression de longueur de temps.

Je commençai alors à ramasser les morceaux de verre ainsi que les différents spécimens, trouvant tout ceci bien stupide, en rigolant même de soulagement. Un esprit fatigué aura vite fait de créer quelques scènes aussi effrayantes que celle-ci. Aussi, je me jurai de me reposer un peu mieux à l’avenir.

Jetant les bris, je sentis quelque chose tirer sur le dos de ma main. Pensant à une entaille, je lançai un regard. Fichée et gonflée de sang, s’y trouvait une tique.

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