« J’ai envie de sexe, et ma moitié jamais » : quand la différence de libido détruit le couple

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Au sein d'un couple, quand c'est toujours l'un qui veut faire l'amour et l'autre qui refuse, la situation peut devenir explosive. Réflexion et témoignages sur ce sujet sensible.

« J’ai envie de sexe, et ma moitié jamais » : quand la différence de libido détruit le couple

Avoir envie quand l’autre n’a jamais envie. Cette situation arrive à de nombreux couples et cela peut sembler anecdotique quand elle ne dure qu’un temps.

Pourtant, quand ça s’éternise sur le long terme, lorsque c’est toujours l’un qui veut et l’autre qui refuse, cela peut se mouvoir en véritable douleur au sein d’une relation.

La différence de libido est un sujet sensible. À l’heure où la sexualité épanouie résonne pour certain•es comme une injonction, il devient délicat d’admettre publiquement que non, tout ne va pas toujours si bien.

À lire aussi : J’ai une sexualité « classique » et ça me va très bien ! — Témoignages

Cette divergence de désir n’est pour autant pas à prendre à la légère : elle peut engendrer de la culpabilité, de la honte et parfois se transformer en colère violente.

Alors, entre désolation et espoir, que faire quand l’un•e rêve de sexe et l’autre non ?

La différence de libido n’est pas une histoire de genre

Contrairement aux idées reçues, au sein des couples hétérosexuels, ce ne sont pas toujours les hommes qui ont plus envie que les femmes. En fait, il n’y a juste pas de norme en termes de libido.

D’ailleurs, ce genre de situation arrive également au sein des couples homosexuels.

Bien entendu, on a tou•tes des périodes de haut et de bas, mais nous avons tou•tes une libido de base, avec un rythme qui nous convient quand globalement ça va. Et ce rythme est très différent d’une personne à l’autre, c’est aussi simple que ça.

Par exemple, j’ai rencontré des gens qui étaient heureux en faisant l’amour une seule fois par mois quand d’autres se sentent mal après 24 heures d’abstinence.

Il y a une orientation sexuelle, l’asexualité, qui consiste à ne pas avoir de désir pour une personne en particulier. Pour plus d’infos, cliquez ici pour lire nos articles sur le sujet.

Là où l’influence de ce stéréotype de « l’homme qui a toujours envie » peut avoir des conséquences très négatives, c’est qu’il empêche parfois simplement de se rendre compte que ce problème existe.

Je me souviens par exemple d’un excellent podcast de Slate où une femme raconte que quand elle se plaignait à ses amies du manque de libido de son copain, on lui conseillait de se parer d’une plus belle lingerie.

Pourtant, malgré de très nombreuses tentatives, les années passaient sans que rien ne change… Ses proches semblaient croire que le problème venait d’elle et non de la libido de son amoureux, la faisant culpabiliser au passage.

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Quand les stéréotypes sur la libido affectent plus qu’on ne le croit

Dame de Pique a répondu à l’appel à témoignage que j’ai lancé pour cet article. Elle me raconte qu’après un an de couple, elle a emménagé avec son ex. Problème : il ne la touche jamais. Elle lui en parle, prend des initiatives, mais rien ne change.

Elle souligne l’une des conséquences terribles de ces croyances qui l’ont fait grandir :

« J’ai été élevée dans l’optique que les garçons sont des obsédés, et qu’une femme ne doit pas avoir envie plus que l’homme. Elle ne doit pas trop aimer le sexe sous peine d’être une salope…

Je ne me sentais pas bien, encore aujourd’hui je me sens mal à l’aise quand je repense à cette période.

C’est très dur de se sentir « salope », d’avoir l’impression de forcer un peu l’acte. Il affirmait qu’il avait envie, mais je savais que si je n’étais pas venue le chercher il ne serait jamais venu me voir. »

Une situation qui va dans le sens contraire des croyances qu’elle avait. Pour elle, cela a mené à une double peine. D’un côté, la frustration sexuelle, de l’autre, l’incompréhension.

Et tout devient plus compliqué encore quand l’autre ne dit pas clairement que sa libido est simplement comme ça.

Certaines témoignent d’un•e partenaire qui trouve toujours une bonne excuse pour fuir. Alors il peut être difficile de réussir à discuter : vient alors la peur de toucher à la virilité de leur amoureux, de leur faire de la peine.

D’autres expliquent que leur partenaire leur a clairement fait remarquer qu’elles avaient un problème à vouloir autant de sexe.

Comme je l’ai dit plus haut, il n’y a pourtant pas de norme. Ce sont des situations qui touchent l’égo au plus profond et font souvent énormément culpabiliser.

Des multiples souffrances de ne pas pouvoir avoir une sexualité épanouie

Le sexe est important quand on en a envie. Bien entendu, tout le monde n’a pas le même niveau de libido, mais ce n’est pas un choix que l’on peut prendre.

C’est un besoin qui peut affecter très profondément, même s’il n’est pas question de forcer l’autre.

Clara* raconte à quel point la différence d’envie de cul dans son couple lui a fait perdre un pan de ce qu’elle était avant :

« Après quelques séances chez une psy (pour d’autres raisons), j’ai fini par me rendre compte que non, je n’étais pas une nymphomane, et que non, je n’en demandais pas trop. Nous avons juste des libidos différentes.

Je me suis aussi rendu compte que je n’étais plus celle que j’étais il y a deux ans, sexuellement active, épanouie, curieuse et entreprenante. Honnêtement, ça m’a fait mal : c’est une partie de ma personnalité que j’aimais bien qui s’est retrouvée mise au placard. »

Mélodie* va plus loin et explique tout ce qui a découlé de cette relation où elle se sentait frustrée.

« La frustration accumulée a été très difficile à gérer pour moi. J’étais souvent sur les nerfs, écartelée entre ma libido débordante, le dégoût du sexe et de moi-même.

Se faire rembarrer quasi-systématiquement ne m’a pas aidée à assumer mon corps, grossissant à vue d’œil à cause de la pression des études et la frustration sexuelle. »

Une autre me raconte que parfois, elle n’a pas vraiment envie de faire l’amour quand son copain prend des initiatives. Mais elle préfère se forcer, de peur de devoir sinon attendre encore un mois avant le prochain rapport.

La frustration d’un côté… Et la culpabilité de l’autre

Jusque-là, je ne parlais que du point de vue de celles et ceux qui ont plus envie de sexe que leur partenaire. Mais la situation d’en face n’est pas pour autant confortable.

Ces personnes qui ont moins (voire parfois, pas du tout) de libido souffrent également souvent d’une grande culpabilité : celle de ne pas pouvoir combler leur partenaire.

Cette situation est difficile à assumer pour certain•es, même quand la personne qu’ils/elles aiment ne juge pas.

Une femme me raconte par exemple qu’elle n’a plus de rapport sexuel avec son compagnon. Il ne lui fait aucune remarque mais dès qu’il manifeste son envie et qu’elle refuse, elle se sent mal de nouveau.

Ça lui rappelle que si, au jour le jour, tout semble bien aller, lui souffre peut-être de cette situation.

Jasmine* explique que ce décalage s’est forgé petit à petit dans son histoire, la faisant souffrir de plus en plus :

« Je me suis retrouvée trop souvent à mon goût dans la situation de « celle qui dit non ». D’un côté, j’avais cette désagréable sensation de le priver d’un plaisir, et de l’autre je me sentais coupable d’avoir envie moins souvent que lui.

Cependant, l’idée de me forcer pour lui m’étant impossible, je respectais donc mes envies même si je détestais de plus en plus lui dire non. »

Quand la frustration des un•es devient une violence pour les autres

Ce décalage de libido peut prendre une tournure dramatique quand l’un•e commence à en vouloir à l’autre.

Julie* me raconte la romance qu’elle a vécue avec son premier copain : au début tout va bien, puis elle a de moins en moins envie de sexe.

« Il me reprochait la baisse de ma libido par rapport à nos débuts et il critiquait aussi mon manque d’initiative envers lui. De mon côté j’étais totalement bloquée en raison de ses sollicitations incessantes.

J’avais un rôle terrible : je le frustrais constamment. »

Dans ce genre de situation, rien ne sert de culpabiliser l’autre. De toute manière, ça ne servira à rien. On ne développe pas une libido parce que son partenaire revient constamment à la charge. Au contraire, cela risque surtout de braquer.

Quand l’insistance se transforme en viol conjugal

Une autre, qui a plus envie de sexe que son compagnon, raconte le pire : l’angoisse de finir par violer à force d’insister sans cesse.

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Quand on est constamment celui/celle qui prend les devants, comment être certain•e que l’autre a vraiment envie, qu’il/elle ne cède pas uniquement pour en finir avec cette pression permanente ? Comme souvent, il faut communiquer.

Naomi* refuse de parler de viol quand elle se souvient des fois où son copain a insisté lourdement et qu’elle s’est laissée entraîner.

Elle raconte en revanche cette anecdote qui lui est arrivée dernièrement :

« Je lisais cet article sur le court-métrage intitulé Je suis ordinaire qui traite du viol conjugal. Mon copain est arrivé et l’a regardé avec moi. Nous en avons donc parlé et il a fini par me dire « oui mais en même temps c’est chaud, ça fait peur parce que ça veut dire que des fois bah je… ».

Je ne me souviens plus s’il a fini sa phrase mais j’étais vraiment gênée parce que oui, peut-être que ça veut dire que des fois il… Je me suis souvent posé la question mais encore une fois je ne vois pas cela comme un viol. »

Le viol conjugal est une expression qui désigne le viol au sein d’un couple, c’est-à-dire d’un acte comprenant une pénétration non consentie.

Depuis 2006, le fait que le viol est commis par le conjoint est qualifié de circonstance aggravante.

Réussir à discuter de la différence de libido

Ces témoignages sont douloureux et questionnent : que faire quand on se retrouve dans une telle position ? Et bien, d’un avis collectif, le premier réflexe est de communiquer et, bien entendu, d’être honnête.

Est-ce que ce n’est qu’une phase ou est-ce juste son niveau habituel de libido ? Même si cela fait peur de l’avouer, il vaut mieux dire dès le début d’une relation que sa moyenne tourne autour d’un rapport par mois plutôt que de l’avouer après 2 ans à se cacher derrière des excuses.

À partir de là, il faut se tourner à l’évidence : on peut stimuler une libido mais on ne peut pas la changer sur le long terme. Alors il est inutile d’insulter l’autre ou même de le/la faire se sentir mal, ça ne changera rien et pire, cela fera mal. Il faut partager ce que l’on éprouve, mais aussi accepter ce que ressent l’autre.

Lorsqu’on est celui ou celle qui a une libido plus forte, il ne faut pas hésiter à communiquer ses envies, à faire part de ce manque sans le transformer en reproche.

L’un des rares témoignages à l’issue positive que j’ai reçu est celui de Yohanna*.

« Mon compagnon m’a aussi expliqué avoir conscience d’avoir une libido très élevée, mais que ce qui était important à ses yeux était que j’en ai envie autant que lui.

Il m’a dit que mes refus n’étaient pas source de frustration ou de sentiments négatifs mais plutôt une manière de savoir que lorsque nous faisions l’amour, j’en avais réellement envie.

Cela a eu le mérite de faire disparaître d’un seul coup toutes mes angoisses et ma culpabilité, et le reste de la conversation s’est bien sûr achevée sur beaucoup de câlins et de tendresse. »

La différence de libido peut-elle mener à la rupture ?

Il peut sembler superficiel de rompre pour un problème de sexualité, mais c’est à chacun•e de décider si cela lui pèse vraiment ou pas.

Alors certains couples cherchent des solutions alternatives. On me parle de rythme plus élevé de masturbation ou de couple libre. Une alternative sans grand succès pour Adelaïde* :

« C’était génial à chaque rencontre avec mon amant, mais c’est encore pire après car ça me renvoyait à mon quotidien sans sexe. Ça me relançait une libido qui s’écrasait contre un mur revenue chez moi. »

L’un des grands problèmes est qu’une relation ne doit pas s’ouvrir pour régler un problème de couple mais parce que les deux ont envie que ça se fasse.

Le souci que pose une véritable différence de libido dans le couple est qu’il s’agit d’une voie sans issue : on ne peut pas forcer quelqu’un à faire l’amour et passer sa vie frustré•e est très douloureux.

Alors, à chacun•e de faire ses choix. Force est de constater qu’ils ne sont malheureusement aisés pour personne.

*Tous les prénoms ont été modifiés

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Commentaires
  • Jorda
    Jorda, Le 13 mars 2017 à 16h16

    Gazpacho
    je suis toujours bêtement étonnée de voir qu'il y a des garçons qui n'aient pas souvent envie (les idées reçues ont la vie dure...). Puisqu'on peut difficilement attribuer leur libido a un problème de pilule, je me demande si dans certains cas il n'y a pas juste une peur d'assurer face à une fille épanouie dans ses désirs, et demandeuse.
    Pour avoir fréquenté plusieurs profils, je pense ne pas trop me tromper en disant que les hommes peuvent être aussi complexes.
    C'est vrai que le viagra n'aide pas dans l'idée que cette complexité puisse être possible. Et je trouve que c'est dangereux de penser qu'une pilule peut régler le problème, quelque part, ça réduit la personne au fait d'avoir envie "par défaut".
    Mais il peut y avoir beaucoup de raisons qui font qu'un homme peut moins avoir envie. Il y a le culte de la performance qui en effet peut être assez lourd ('fin c'est assez lourd aussi chez les femmes, dont beaucoup se demandent si elles ont bien fait leur truc aussi...), mais il peut aussi y avoir des traumatismes qui peuvent réduire drastiquement la libido, ou tout simplement qu'à la base, la libido n'est pas très présente....
    De mon point de vue, les hommes ne sont pas aussi différents que ça des femmes, contrairement à ce qu'on peut parfois penser...

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