Desigual et sa campagne au préservatif troué qui fait scandale

Desigual fait scandale depuis quelques jours avec une publicité très controversée sur le thème de la grossesse et de la liberté de disposer de son corps.

Desigual et sa campagne au préservatif troué qui fait scandale

Avoir le droit de disposer de son corps en général, c’est quelque chose qui nous tient à coeur, à la rédac. Il est donc évident qu’on se sente concernées par tout ce qui se rapporte à notre utérus : pouvoir se protéger contre une grossesse non désirée avec la contraception, avoir le choix d’avorter si on le souhaite…

C’est important de contrôler librement notre corps, et c’est là-dessus que Desigual a décidé de jouer dans un spot sorti à l’occasion de la fête des mères, arrivé jusqu’à nous par le biais des Inrocks.

Si nous ne connaissons pas les véritables motifs de cette publicité très, très limite, on sait au moins qu’elle fait son petit scandale.

Du coussin à l’aiguille

Depuis le 1er mai, la publicité est diffusée à la télévision espagnole. Elle montre une jeune femme en Desigual en train de faire la zinzin devant la glace. Elle fait la moue, elle se déhanche et enfile un coussin sous sa robe pour voir à quoi ressemblera sa silhouette une fois qu’elle sera enceinte. Un petit jeu espiègle en solitaire, un peu enfantin certes, mais pas méchant.

Et de ce petit moment de complicité avec soi-même, on passe d’un coup à un plan beaucoup plus creepy. Car l’héroïne est tellement contente de sa silhouette qu’elle sort une aiguille pour percer les préservatifs qu’elle enfilera à ses futurs partenaires, une expression un peu flippante collée au visage.

Alors ça ne veut pas dire qu’elle forcera le géniteur-malgré-lui à élever et reconnaître l’enfant, bien sûr : peut-être qu’elle veut le faire toute seule, cet enfant… mais déjà, ça donne une image franchement manipulatrice de ce personnage féminin.

Un pied de nez aux anti-IVG et donc anti-choix ?

C’est important de pouvoir décider du moment où on aura un enfant (si tant est qu’on en veuille). C’est apparemment sur ce principe qu’a voulu jouer la marque Desigual en insistant sur le fait que ce que la mannequin fait dans la vidéo est une ode à la libération personnelle et au contrôle sur sa propre vie.

Le hashtag qui accompagne la version Web du spot est d’ailleurs #tudecides. J’étais assez nulle en espagnol au lycée, mais je crois pas trop m’avancer en disant que ça signifie « tu décides ». Tu décides de ne pas avoir d’enfant, ou tu décides d’en avoir, avec ou sans partenaire pour l’élever. Admettons.

Mais si on peut déjà trouver assez répréhensible de concevoir un enfant avec quelqu’un qui n’a pas son mot à dire et de prendre cette décision comme on choisirait un parfum de glace, il y a un aspect encore plus dérangeant dans cette vidéo : non, on ne peut pas trier ce qui peut passer par le trou fait dans la capote. Je sais qu’on est en 2014, tout ça tout ça, mais le péage installé à l’extrémité des moyens de contraception n’existe pas encore.

Et ce qui rend le préservatif indispensable parmi les indispensables, c’est bien la protection qu’il nous offre contre les maladies et infections sexuellement transmissibles. Si tu fais des trous dedans, à moins d’avoir fait un dépistage et que ton/tes partenaires l’aient fait aussi, à moins que tout ce petit monde soit responsable et réglo, tu prends un risque.

À l’agacement qu’on peut ressentir à voir cette jeune personne trouer des préservatifs (et donc décider de devenir mère parce qu’elle trouve que le ventre rond lui irait bien) s’ajoute un ressenti plus fort encore : elle prend des risques inconsidérés avec sa santé. Et c’est présenté de façon tout à fait normal puisqu’après le message souhaitant une bonne fête des mères, le slogan de Desigual apparaît : La vida es chula, nous dit-on. La vie est cool en français.

Avoir une vie cool dans le sens « faire ce qu’on veut avec son utérus et de son corps », très bien. Avoir une vie cool dans le sens « faire ce qu’on veut avec son utérus et son corps en risquant de se choper une IST et donc, de mettre sa santé en danger », c’est beaucoup plus problématique, comme message.

Il faut savoir qu’en Espagne, la notion de choix est actuellement en danger : le 20 décembre dernier, le texte visant à n’autoriser l’avortement qu’en cas de viol ou de danger pour la vie et la santé de la mère était présenté. Si elle était adoptée, cette loi remplacerait celle de 2010, autorisant les femmes espagnoles à avorter pendant les 14 premières semaines de leur grossesse (22 en cas de malformation du foetus). Autant te dire que le sujet de l’IVG est actuellement des plus sensibles en Espagne.

La réponse de Desigual

Depuis longtemps, Desigual mise sur l’humour qui « bouscule », ou les réflexes pro-joie de vivre et indépendance féminines. Il n’y a qu’à se souvenir de leur initiative, il y a quelques semaines, d’offrir un sextoy pour l’achat d’un parfum.

N’empêche que, ce coup-ci, l’intention n’est vraiment, vraiment pas claire. Et la réponse de Desigual, postée le 4 mai dernier alors que les demandes de retrait de la vidéo se multipliaient, n’explique au final pas grand chose : selon la marque, la seule mention de « Fiction publicitaire – Ne faites pas ça chez vous » dans la vidéo suffirait à prouver qu’elle ne fait pas la promotion de ce genre d’acte.

Mais alors… Ce slogan ? Vraiment ? Montrer une femme trouer ses préservatifs et venir dire juste derrière « Bonne fête des mères » et « La vie c’est cool », ça ne revient pas à la faire, cette promotion-là ?

Même la fan de Desigual de la rédac n’approuve pas ce spot, car après tout, ce n’est pas parce qu’on aime une marque qu’on ne peut pas faire preuve d’esprit critique sur ses campagnes.

Dans El Mundo, Desigual a justifié son spot en prônant la liberté (une réponse traduite par le Huffington Post) :

« Ce spot est une invitation au rêve, à lutter pour ce que nous voulons et à prendre nos propres décisions. Le slogan de la nouvelle campagne, « tu choisis », est le cri de la femme pour sa libération personnelle, pour poursuivre ses objectifs et prendre le contrôle de sa vie. »

Ah. Et donc la « libération personnelle », c’est risquer de choper une IST et d’en transmettre une à ses partenaires, et forcer son partenaire à concevoir un enfant ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Peppyblueberry
    Peppyblueberry, Le 5 septembre 2015 à 12h47

    Juliyeuh
    Ok, alors on va se calmer tout de suite, si tu relis bien ce que j'ai écrit, je n'ai jamais dit ça.
    Ensuite, là vous me sautez toutes dessus parce que j'ai un avis qui diffère du vôtre. Ce que vous n'avez pas compris, c'est que cette pub n'est rien d'autre que de la PROVOC' et que c'est VOUS qui lui donnez du crédit en vous indignant. Donc au final, la marque a atteint son but: faire parler d'elle. Et même si c'est en mal, ça reste un coup de pub. Alors maintenant arrêtez de me sauter sur le râble sous prétexte que vous n'êtes pas d'accord avec moi, je n'ai insulté personne et j'ai juste donné mon avis comme tout le monde ici. Ce qui m'énerve, c'est de voir des messages du style "oh lala, Desigual quelle bande de c******s, je n'achèterai plus jamais rien chez eux!", alors qu'un débat est sensé contenir des arguments un minimum constructifs. Et aussi je ne comprends pas pourquoi vous vous excitez toutes sur des questions de MST et tout ça, là c'est de l'interprétation de votre part. Je pense qu'il est bien pire que des émissions telles que "les anges de la téléréalité" ou "qui veut épouser mon fils?" passent sur des grandes chaines ou à des heures de grande écoute, rapport à l'influence que ça peut avoir notamment sur les jeunes, que cette pub de 15sec qui au final n'aura marqué les esprits que parce qu'on a décidé que ça ferait polémique.
    Bonjour Juliyeuh,
    La vidéo montre une jeune femme qui troue des capotes pour tomber enceinte.
    Si elle couche avec quelqu'un, elle risque de choper un truc. Alors pourquoi dis-tu que parler de MST est une interprétation (apparemment abusive) ?

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