« Les Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire » valent-elles toujours le coup à l’âge adulte ?

« Les Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire » est l'une des sagas « jeunesse » cultes des années 2000. Qu'en retire-t-on en les relisant une fois adulte ?

« Les Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire » valent-elles toujours le coup à l’âge adulte ?

Article publié initialement le 29 novembre 2014

Il y a peu, j’ai fêté mes 23 ans et comme j’ai l’esprit de contradiction, j’ai reposé mes bouquins de grande personne pour me replonger avec frénésie dans des sagas estampillées « jeunesse ». Avant de me lancer dans une grande relecture d’Harry Potter, je me suis souvenue que je n’avais jamais bouclé l’intrigante série Les Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire, qui me bottait pourtant bien à l’époque où je portais des baskets à scratch. Aussitôt dit, aussitôt dévoré, me voilà avec un sucrier en poche et un ruban dans les cheveux pour faire le point.

À lire aussi : « Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire » bientôt adaptées en série par Netflix !

Attention ! Cet article révèle des éléments très importants de l’intrigue des Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire !

Avant de commencer, rappelons les grandes lignes de l’intrigue. Violette, Klaus et Prunille Baudelaire sont orphelins après qu’un incendie a ravagé leur foyer et causé la mort de leurs parents. Confiés dans le tome 1 au comte Olaf, un vague membre éloigné de la famille, ils se rendent vite compte que celui-ci est un gredin doublé d’un rapiat qui n’a d’yeux que pour leur fortune, à laquelle ils ne peuvent pas accéder avant leur majorité. Le comte va donc les poursuivre inlassablement, tentant de leur soutirer leur héritage, pendant que les orphelins Baudelaire voguent de tuteur légal en tuteur légal. En filigrane se dévoilera une intrigue bourrée de mystères : le sigle VDC, une confrérie secrète à laquelle leurs parents auraient appartenu, des yeux tatoués sur toutes les chevilles…

Et ron(d), et ron(d), petit patapon

Première constatation durant mon binge-reading (je suis bilingue, cherchez pas) des Aventures (on va faire court, hein) : c’est. Tellement. RÉPÉTITIF.

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Pendant une bonne grosse moitié de la saga, qui compte treize tomes, on a le MÊME fichu schéma :

  1. Les orphelins sont confiés à un tuteur par Monsieur Poe, exécuteur testamentaire
  2. Le comte Olaf se pointe sous un déguisement quelconque
  3. Les orphelins alertent les adultes, qui ne les croient pas et font confiance à Olaf
  4. À force d’inventions (pour Violette), de lecture (pour Klaus) et de coups de quenottes (pour Prunille), les orphelins arrivent à échapper au comte in extremis
  5. Les adultes se rendent compte, mais un peu tard, que ah mais oui, dites, c’était bien le comte Olaf
  6. Le comte Olaf s’enfuit
  7. Les orphelins sont confiés à un nouveau tuteur par Monsieur Poe

Rincez, secouez, réitérez.

Alors ok, on change un peu le lieu, le décor et les personnages secondaires, mais la « vraie » intrigue met un temps fou à se mettre en place (au point où je me demande si « Lemony Snicket » savait, en commençant la saga, quelle direction il prendrait) et cinq tomes sur ce schéma-là, c’est vraiment TROP. Deux ou trois, ça suffisait largement, et ça aurait permis de donner un côté moins « précipité » au reste de l’intrigue.

On trouve aussi une nette répétition au niveau du style, avec les digressions, les explications de mots un peu rares et les moments où l’auteur supplie son lectorat de ne pas continuer à lire, mais ça donne plus une « patte » qu’autre chose à mon sens.

Et en fait à la fin…

Après, donc, une bonne pile de pages pleine d’une histoire quelque peu réchauffée, on arrive enfin au mystère principal : l’étrange collectif VDC, son Q.G. qui a fort étonnamment brûlé jusqu’à ses fondations, les liens entre le comte Olaf et les parents Baudelaire, la famille Snicket qui s’insère peu à peu dans l’intrigue… ça devient SÉRIEUX, quoi.

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Depuis le début, chaque livre est dédicacé à Beatrice, la femme que Lemony Snicket aimait, et qui est morte. Le nœud des ultimes chapitres ne se focalise plus sur le passé des Baudelaire ou le futur des orphelins, mais sur cette étrange disparue qui hante chaque tome comme un leitmotiv. Lorsque la révélation arrive, ce n’est pas exactement une surprise, mais ça a le mérite d’être joliment mené.

Cependant, et même si j’admets qu’on ne peut pas répondre à TOUTES les questions, sinon c’est relou, en se focalisant dans le dernier tome sur l’accès des orphelins Baudelaire à un âge adulte (puisqu’ils deviennent… « parents »), l’auteur perd quand même beaucoup en qualité. C’est touchant de voir grandir ces héros, mais le mystère si savamment ficelé ne sera finalement quasiment pas dénoué, puisque tout le monde se barre d’un coup, ce qui est bien pratique.

Et alors. Bon. Je suis désolée. MAIS ÇA FAIT CINQ TOMES QU’ON NOUS PARLE DE CE FOUTU SUCRIER. ET ON SAIT PAS. DU TOUT. POURQUOI.

« Sujet-verbe-complément » : aux oubliettes !

S’il y a bien un truc qui me dérange dans une grosse part de la littérature « jeunesse »/« pour ados », c’est la langue, souvent assez pauvre. J. K. Rowling a construit de ses dix doigts un monde merveilleux, mais au bout du soixante-douzième « sa cicatrice le brûlait », comment vous dire… j’en avais un peu ras la baguette.

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Lemony Snicket, lui, aime la langue et ça se voit. Les Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire restent un petit bijou, l’équivalent littéraire d’un dessert subtil riche en surprises et en textures. Mêlant termes inventés, mots empruntés à d’autres langues, digressions, références culturelles et définitions toutes personnelles, il ne prend pas son lectorat pour une bande de pifgalettes ! C’est un plaisir à lire et à relire, tant il est facile de manquer l’une ou l’autre des innombrables petites piques émaillant le récit.

Rien que pour ça, je vous conseillerais de fourrer la saga dans les pattes de tous les petits rats de bibliothèques âgés de neuf ou dix ans, qui seront probablement ravis de ce petit vent de fraîcheur linguistique pas du tout dénaturé par la traduction. Et comment ne pas mentionner les superbes illustrations ? Elles apportent un vrai charme au récit, et sont souvent truffées de petits indices et de détails qui en font un vrai plaisir pour les yeux curieux.

En conclusion… je dirais que Lemony Snicket a peut-être été trop ambitieux en transformant aussi brutalement le schéma un-tome-un-tuteur-une-manigance-du-comte-Olaf en un mystère à étages qu’il n’a pas réussi, finalement, à ériger correctement. Cela dit, ça reste une saga plus que recommandable, notamment grâce à ses qualités littéraires et aux messages transmis (sur l’acceptation de soi, sur l’amour dans une fratrie, sur la morale qui n’est pas toujours toute noire ou toute blanche), une fois qu’on arrive à dépasser la répétition du début, un peu roborative !

Et toi, as-tu aimé les aventures des orphelins Baudelaire ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Sadala
    Sadala, Le 18 août 2015 à 15h57

    MAAAL
    @guerredesmiroirs Faut pas chercher, tout est fait pour que tu ne puisses t'y retrouver ni temporellement ni géographiquement ^^ A noter qu'ils ont également des voitures anachroniques pour le 19e siècle et des cinémas (il n'y a pas même un ordinateur dans l'école par hasard ?).
    Il y en a un, oui, ^^. Effectivement il ne faut pas chercher une date, ni un lieu, c'est impossible, ce qui contribue à l'univers étrange de l’œuvre. :P

    De plus, il n'y a pas que l'espace/temps qui donne cette atmosphère mais les personnages aussi :
    -La bébé qui escalade une cage d'escalier avec ses dents, on en parle ? :P
    - La bêtise assez ahurissante des adultes : Olaf met un turban et des baskets et ça y est, il ne sont pas foutu de le reconnaitre BAH VOYOOOOOOOONS.... :P
    - les trois gosses qui s'évadent de prison en érodant les murs...avec du pain et de l'eau ( Prison Break peut aller se rhabiller, définitivement...)

    Faut pas chercher de la crédibilité dans cette série, et c'est totalement assumé. C'est ça qui est drôle.

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