Les démonstrations d’affection en public… et moi

Détester les démonstrations d'affection en public, c'est assez courant... mais Sophie Riche n'est pas de cet avis. Voici pourquoi.

Les démonstrations d’affection en public… et moi

semaine-amour

Les démonstrations d’affection en public n’ont pas vraiment la cote, c’est le moins que l’on puisse dire. Que ce soit dans la rue, dans les bars ou dans les conversations entre potes, il n’est pas rare d’entendre ou de lire des réflexions acerbes sur « ces deux-là qui s’roulent des pelles », sur le fait qu’ils devraient « prendre une chambre » ou qu’ils sont tout simplement « dégueulasses ».

J’ai vécu, grandi et évolué dans la haine des démonstrations d’affection en public. Les couples qui avaient le malheur de s’embrasser ou de se regarder un peu trop longtemps avec un peu trop d’amour dans les yeux se voyaient non pas être repris par moi (j’avais pas le courage), mais sévèrement jugés par mes soins. Parfois, pour décharger mon stress d’avoir eu ce geste d’affection qui ne me concernait pas sous les yeux, j’allais me plaindre auprès de potes (« Nan mais t’as vu quand même oh lala nan mais hein et puis quoi encore »).

J’avais pas grand-chose d’autre à dire… parce que, ben, avec le recul, je réalise à quel point je n’avais rien à leur reprocher.

Je crois que si ça me mettait à ce point mal à l’aise à l’époque, c’est principalement parce que ça me rappelait les heures les plus sombres de mes années de collège et de lycée passées à tenir la chandelle, assise sur le même banc que mes potes qui embrassaient goulûment, pendant toute la pause déjeuner, leur moitié. Ils ne se parlaient pas, ils ne plaisantaient pas, ils ne conversaient pas avec les gens autour d’eux : ils s’embrassaient.

Parce que, oui, parfois, c’est comme ça que l’adolescence se passe. Pas toujours, et puis pas tout le temps, et puis de toute façon, c’est pas sale, mais ça a suffi à me semi-traumatiser à l’époque où je n’avais personne avec qui faire pareil (d’autant plus que tout le monde me regardait de travers justement parce que je n’avais personne avec qui faire pareil).

NOTE – WARNING – ANNONCE ! Je parle ici de MON parcours avec les démonstrations d’affection en public. Ça ne veut pas dire que les gens qui les détestent partagent mes raisons, ou qu’ils ne sont pas plus légitimes que je l’étais à l’époque. Pour moi, c’est comme les brocolis ou le fromage qui pue : y a des gens qui aiment, y a des gens qui s’en foutent, y a des gens à qui ça fout la nausée.

andy april

Du coup, même quand la période où mes potes ne faisaient qu’explorer les bactéries dans le larynx s’est terminée, j’ai continué, pendant quelques temps, à être mal à l’aise… Jusqu’à ce que je réalise que je n’avais plus à m’inquiéter de devoir patienter pendant des heures que la sonnerie de fin de récréation sonne, qu’on puisse faire autre chose et que ce moment de gêne intense soit terminé. Maintenant, quand des ami-e-s en couple font une démonstration d’affection en public, ce ne sont que des pauses, des moments, la plupart du temps courts, où, pendant quelques secondes, ils/elles se glissent dans leur bulle d’êtres humains amoureux.

Ça ne dure jamais bien longtemps, et j’ai beau chercher, je n’arrive pas à comprendre ce que la plupart des gens trouvent gênant là-dedans. 

J’vais te dire : non seulement, j’ai commencé à tolérer, mais en plus, je me suis même mise à pratiquer. Je plaide coupable. Pardon.

Je plaide coupable mais je ne me sens pas sale, et je ne culpabiliserai pas là-dessus. À moins que certains de mes amis ne me demandent d’arrêter, en m’expliquant que ça les dérange, je ne m’empêcherai pas d’embrasser mon cher et tendre pour le féliciter d’une blague, parce que j’ai un pic de joie, par réflexe ou autre, juste parce que des gens dans la rue trouvent que c’est inapproprié.

J’ai parfois le sentiment, à titre personnel et sans juger ceux et celles qui ne pensent pas comme moi, qu’on met dans le même panier toutes les démonstrations d’affection en public. Du genre…

  • la poignée de personnes qui sont à la limite de pratiquer le coït en public (j’en ai vu plein sur Internet, zéro dans la vie)
  • les gens qui s’embrassent quand ils en ont envie, se regardent amoureusement et se tiennent la main dans la rue.

Ajoutons à ça qu’il semblerait qu’il y ait un consensus pour plus facilement tolérer les gens qui s’embrassent sans la langue qu’avec. J’ai rien à répondre à ça, je note juste l’information. Franchement, je peux comprendre qu’on puisse être dégoûté, écoeuré en voyant des gens mélanger leur bave avec leurs langues, ou simplement trouver ça choquant parce que, selon ses critères à soi, c’est une pratique qui sent trop le frotti-frotta pour être pratiquée en public.

Quoiqu’il en soit, je suis toujours un peu surprise par la haine que ressentent certaines personnes envers les démonstrations d’affection en public. Limite j’en viens à avoir les pétoches de me faire casser la gueule un jour pour avoir reniflé trop amoureusement le cou de ma moitié en attendant que le feu soit vert pour les piétons !

Du coup, j’ai eu envie de comprendre un peu la raison de ce rejet, et j’ai tapé PDA (pour public display of affection) sur Google. J’ai sélectionné un article de Buzzfeed particulièrement grinçant (même si le trait est grossi à des fins humoristiques), pour comprendre un peu tout ce phénomène. J’y ai finalement retrouvé tout ce que j’avais pu entendre sur les démonstrations d’affection en public. J’y ai lu, par exemple, que les gens qui s’embrassaient en public voulaient afficher leur bonheur à la face du monde.

Ah ? Mais pourquoi faire ? Serait-il possible que tous ces gens soient simplement dingues de la/des personne-s avec qui ils vivent une histoire ? Pourquoi TOUJOURS partir du principe que quand quelqu’un fait quelque chose, c’est dans le but de se vanter (regarde-moi j’ai pécho) voire de faire mal aux autres (hihihi les rageux) ? Ce n’est pas parce que des gens s’aiment et font (la plupart du temps de façon spontanée et irréfléchie) un geste qui le prouve qu’ils veulent forcément du mal aux autres ! J’ai envie de revenir à ma comparaison avec le fromage parce que j’aime ça.

camembertL’invité surprise de cet article.

Imaginons : à la fac, un mec sort son Tupperware contenant son repas du déjeuner, à savoir une salade de pâtes avec un peu de feta dedans. Une de ses potes, qui DÉTESTE le fromage, le regarde et remarque son mets. Est-ce que sa première idée, ce serait de se dire que son pote a mis de la feta dans sa salade à lui pour la dégoûter elle juste à la vue et à l’odeur ? J’ai tendance à penser que non (ou alors, vraiment, c’est qu’elle est persuadée que son ami a une très basse estime d’elle et peut-être qu’il faudrait avoir une grosse discussion). Bah pour moi, c’est un peu pareil : je ne vois pas pourquoi je penserais, quand je suis seule pour une raison ou une autre, que mes potes qui se caressent les mains, ou ce couple qui se bouffe la bouche en pleine rue, le font pour m’étaler leur bonheur à la gueule ou veulent me foutre les boules…

Je ne juge pas les personnes qui n’aiment pas voir des démonstrations publiques d’affection, vraiment. Je peux comprendre que ça les embête, que ça les gêne, que ça les dégoûte. Mais en revanche, je crois que, peut-être, ce serait drôlement cool qu’on arrête de partir du principe que ces gestes amoureux, sensuels ou autres soient faits dans le but d’être vus, d’être admirés, par manque de considération, ou autres trucs impliquant de prendre les gens autour pour des cons.

Ce qui m’a fait grincer de la canine, dans l’article de BuzzFeed, c’est que qu’est-ce que je vois, quelques lignes plus loin ? Un article pour dire à quel point Diane Kruger et Joshua Jackson, eux, ont le droit de faire dans la démonstration d’affection en public, parce qu’ils sont beaucoup trop glamours et mignons ! J’en rajoute pas : à un moment, tu peux y lire…

« Alors, quand ces deux-là ont fait dans la démonstration d’affection en public dans New York, ce n’était pas vulgaire ou pénible.

Ils ne forment pas un couple lambda qui ne peut pas s’empêcher de se pécho à côté de toi, ils sont Diane et Joshua. »

Mais en fait… On s’en branle ! Qu’il s’agisse de Diane Kruger et de Joshua Jackson, de Charles et Caroline Ingalls ou de Jean-Michel Grosteube et Jean-Michel/Josie Chauslipe ou d’un tabouret et un coussin, on devrait tous être logés à la même enseigne. Parce que je suis moins sexy du cul que Diane, je devrais restreindre mes envies de prendre la personne que j’aime dans mes bras ? Pas de chemin. No way.

Parce qu’après avoir détesté voire les autres faire des démonstrations d’affection en public, parce qu’après avoir inconsciemment rejeté l’idée d’en faire (pour continuer à donner l’image d’une fille cynique et détachée)… bah. J’aime bien. J’aime bien en faire pour tout ce que ça implique de positif à destination de ma moitié, mais ça ne me dérange vraiment pas non plus chez les autres. J’ai tendance à être contente pour eux de voir qu’ils sont amoureux, même si tu n’es pas obligé de faire des démonstrations d’affection en public pour aimer, bien sûr. Mais personne ne devrait s’empêcher d’en faire en se disant que « oh mon Dieu, ça va gêner des gens » ou « oh bordel, c’est un signe extérieur de faiblesse ».

Si tu n’as pas envie de le faire, ne le fais pas. Si tu crèves d’envie d’embrasser ton/ta partenaire alors que vous n’êtes pas seul-e-s… pourquoi se priver ?

Je pars du principe que faire des démonstrations d’affection en public, c’est pas pour s’afficher. C’est pas pour rendre jaloux. C’est une des façons d’aimer, tout aussi respectables à mes yeux que d’aimer en toute discrétion !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Hotarue
    Hotarue, Le 20 juillet 2015 à 13h20

    En soit les démonstrations d'affection d'un couple en public ne m'a jamais gêner tant que ça restait de "gentillet". C'est à dire des bébés signes d'affection (se tenir la main, les bisous, câlins) sans que ça soit ttooouuuttt le temps. Je suis partisante d'un peu d'affection mais pas trop en public car le reste tiens de l'intimité du couple.

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