Get the look : décryptage de la pub Givenchy

Après Vuitton et D&G, voici une nouvelle incursion dans l'univers impitoyable des publicités mode du printemps-été 2012. Aujourd'hui, c'est Givenchy.

Get the look : décryptage de la pub Givenchy

C’est à Riccardo Tisci, le directeur artistique italien de Givenchy, que l’on doit cette campagne digne d’un avis de tempête à Palavas-les-Flots. Et, attention beach credibility, les images sont shootées par Mart & Mercus, un célèbre duo de photographes de mode. Allez, découvrons ensemble pourquoi Riccardo a manifestement mal digéré les moules de son enfance.

1. Le décor

Du sable mouillé, de l’écume dans le lointain, un ciel brouillé : le doute n’est pas permis, Givenchy nous emmène en bord de mer. Mais autant oublier tout de suite les cocotiers et les plages dorées : la lumière est sombre, le temps vire à l’orage. Une ambiance beaucoup plus « marée noire » que « Belle-Île-en-Mer, Marie-Galante ». La menace vibre dans l’air, un peu comme si Twilight avait rappliqué à Malibu. Ce n’est donc pas un temps à sortir se balader, sauf si l’on est un poète mélancolique, du genre à chanter : « Puis il a plu, sur cette plage, dans cet orage, elle a disparu. Et j’ai crié, crié… »

2. Le matériel de plage

L’atmosphère est loin d’être bon enfant : pas question d’aller à la mer avec un seau et une pelle. Empruntons plutôt un véhicule de dealer, version Brice de Nice se fait un bad trip. Sérieusement, visez un peu les roues de cette voiture. C’est un tank, c’est une camionnette, que dis-je, c’est un pick-up avec des sièges en cuir et un GPS spécial océans (au moins). Dans tous les cas, c’est très moyen pour l’environnement. Ce truc dégage un taux de pollution à faire rendre ses coquillages et crustacés à Brigitte Bardot.

Mais le plus grand mystère de l’auto réside dans son contenu. Dans le coffre, on identifie des planches de surfs. Réfléchissons un peu à la couleur de ces objets. Oui, le noir, c’est élégant, c’est sobre et tout ce qu’on veut. Simple question : quand ton surf NOIR coule à 20 mètres de profondeur en pleine nuit, tu fais comment pour le repérer dans les fonds marins ?

3. Les hommes

Les voici les voilà, les BBB selon Givenchy. Je ne vous parle pas ici des BB Brunes mais des Beach Bads Boys, alias Chris Moore et Simone Nobili (un prénom très viril). Pose mi-pin-up mi-camionneur, jambes virilement écartées, ces deux maîtres nageurs toisent le spectateur de leur regard ténébreux, ou amorphe, c’est selon (parce que je suis Simone elle est bonne, je suis trop bonne pour toi). Fonction oblige, les deux éphèbes arborent la chaussure indispensable à tout mâle qui se targue de sexytude en 2012 : la tatane. Oui, la même sandale en mousse que celle de Raoul du camping en 1998. Mais là où Raoul et ses potes se roulaient dans les dunes en slip kangourou, Chris et Simone se la jouent Men In Black en costard presque intégral.  Tout le monde sait que c’est la tenue adéquate pour prendre un bain d’algues salées. Seule entorse à cet ensemble, nos deux sportifs n’arborent pas une cravate autour du cou, mais un joli cordon blanc, raccord avec la typographie de la marque. L’objet au bout du cordon est pour le moins intriguant. S’agit-il d’un bon vieux sifflet de papy sauveteur, ou des clés de la voiture (des fois que quelqu’un essaye de voler leur caisse de croque-mort) ?

Je tiens enfin à vous faire remarquer que Simone louche grave sur la blonde. C’est l’amour à la plage (ah-ouh cha-cha-cha) et mes yeux dans tes yeux (ah-ouh ah-ouh).

4. Gisele Bündchen

Parlons-en de cette blonde. Toute campagne mode qui se respecte a sa caution célébrité. Givenchy a choisi Gisele Bündchen, ou plutôt devrais-je dire les JAMBES de Gisele Bündchen. Des gambettes bronzées et musclées, du genre à te mettre le bourdon jusqu’à la fin des vacances. Bah oui, autant exploiter la présence du top-model ; Riccardo n’allait quand même pas faire un chèque à Gisele pour coller sa plastique dans un scaphandre. La mannequin aurait pu débarquer, telle Sabrina, en remontant son maillot bustier au son de « Boys boys boys », mais Riccardo ne rigole pas. Il a préféré opter pour une collection marine, avec une mini-jupe et un blazer façon écailles de poisson. Il est vrai que la tenue de Gisele rappelle terriblement 1) la coque d’un oursin desséché 2) les coraux en plastique des aquariums publics 3) l’épiderme de Davy Jones.

Histoire de dévergonder le tout, un petit ombré hair sur les longueurs capillaires donne à Gisele un côté surfeuse australienne. Ou sirène new-age. Mais ne vous y fiez pas ! Gisele plisse les yeux alors qu’il n’y a pas de soleil. Gisele a manifestement le blues. Gisele tire la gueule. Comme dirait Julien D : « Les bords de mer, me désespèrent, sans ta tronche« .

5. Le méchant chien

Place au quatrième personnage de cette photo. Un canidé noir corbeau qui montre les dents aux pieds de Gisele. C’est elle qui maîtrise la bête, enfin un bon point ! Ce qui ne justifie pas pour autant la présence du chien. Peut-être l’écho d’un gimmick des tableaux de la Renaissance. Et puis le chien noir à la plage, Eugène Boudin y avait pensé 147 ans avant Riccardo (la preuve en image ici). La plupart du temps, l’animal est associé au symbole de fidélité. Dois-je en conclure que les deux Ken en costard sont dévolus corps et âme à Gisele ?

Essayons de trouver une explication plus pragmatique. Peut-être que Gisele en a ras-le-bocal de se faire draguer par tous les gugusses qui la prennent en stop quand elle va se baigner (à deux contre une, elle est mal barrée). Le toutou serait donc une garde rapprochée à moindre frais. Ou alors il joue le rôle d’accessoire de mode sauvage pour remplacer le sac en croco.

Conclusion

Riccardo nous sert sa ré-interprétation de Point Break à l’encre de seiche. Mais à tenter de rendre glamour les yeux mouillés et les pieds dans l’eau, l’homme réussit surtout à nous faire déserter le rivage.

Quoi qu’il en soit, si toi aussi tu veux sentir le swag dans ta vague, voici une sélection très noire. Et pour parfaire ton effet, n’oublie pas d’aller humer les embruns et les effluves de poulpe chez le poissonnier du port.

Veste avec col en simili-cuir Jennyfer, 35,99€ – Collier Bershka, 12,99€ – Tunique en jersey clouté Topshop, 44€ – Sifflet Intersport, 1,60€ – Sandales en peau Minelli, 99€ – Mini-jupe aspect cuir La Redoute Creation, 17,49€

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Leshayaa
    Leshayaa, Le 12 avril 2012 à 22h39

    Effectivement cette pub ne respire pas la joie, la première chose que je me suis dit en la voyant c'est "Étrange tenue pour aller surfer..."
    puis "WTF le chien?"

    Le commentaire m'a bien fait rire en tout cas, et la sélection est cool!

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