Danser sur les ruines (Milana Terloeva)

C’est pour briser le silence sur une guerre oubliée que Milana a tenu à publier Danser sur les ruines , un livre bouleversant, entre journal intime et journal de guerre. A travers des anecdotes vécues, elle y raconte l’histoire récente de ce pays meurtri : le départ précipité de son village sous les bombardements, la […]

Danser sur les ruines (Milana Terloeva)

C’est pour briser le silence sur une guerre oubliée que Milana a tenu à publier Danser sur les ruines , un livre bouleversant, entre journal intime et journal de guerre. A travers des anecdotes vécues, elle y raconte l’histoire récente de ce pays meurtri : le départ précipité de son village sous les bombardements, la faculté de Grozny encerclée par l’armée, les tortures, les allers-retours en Ingouchie pendant les attaques et son arrivée à Paris…

Milana nous parle d’une jeunesse passée sous les bombes. Mais même aux heures les plus sombres, Milana, comme ses amis, est toujours partante pour aller à la fac ou au café, habillée, maquillée, bref attentive à ces petits riens qui aident à tenir debout. Elle va à l’université de Grozny, comme elle irait au combat, pour prouver que malgré les arrestations arbitraires et les rafles, elle continue encore et toujours à croire aux valeurs suprêmes de l’éducation et de la culture. «  Les soldats russes organisaient des opérations de « nettoyage » : ils encerclaient l’université, […] et arrêtaient à tour de bras. A tout moment, ils pouvaient décider de nous emmener dans un « camp de filtration », lieu officieux de l’armée où la torture était pratique courante et dont on ne ressortait qu’après avoir payé une rançon  ».

Danser sur les ruines c’est donc surtout l’éveil d’une conscience politique. Celle de Milana d’abord. La mienne ensuite.

Une semaine après la sortie du livre, Jacques Chirac décorait Vladimir Poutine de la Grand-Croix de la Légion d’honneur. La France qui s’est tant targuée de son refus à participer à la guerre en Irak vient de décerner sa plus grande distinction à un barbare. Cette complaisance s’explique par notre souci d’approvisionnement en gaz et aussi par les promesses que représente le marché russe.

Encore plus étrange, aucune image de la cérémonie n’a été diffusée à la télévision française. Poutine aurait-il donné quelques tuyaux à Chirac sur sa manière de gouverner? C’est à ce demander!!! Pourtant l’information a été largement diffusée en Russie… et en Tchétchénie où l’on ne reçoit que les médias prorusses.

Voilà ce que Milana percevait depuis son pays : la France soutient Vladimir Poutine et ignore cette sale guerre qui dure encore.

Milana a passé trois années en France grâce à l’association « Etudes Sans Frontières ». Aujourd’hui, le diplôme de l’école de journalisme de Sciences Po en poche, elle s’apprête à rentrer dans son pays . Dans un premier temps, elle voulait créer un journal indépendant pour la jeunesse. Mais, consciente que cela ne débouchera pas étant donné la censure et les menaces de mort, elle a décidé de créer un centre européen culturel.

Un témoignage absolument poignant, écrit avec simplicité, modestie et pudeur, doublé d’un document éclairant sur la nature du conflit entre Russes et Tchétchènes.

*Hachette Littératures, 2006

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