Dans l’enfer de Facebook

Quand le web a commencé à parler de Facebook, j’ai refusé de m’embarquer dans l’aventure, de peur d’y passer ma vie. Et puis comme tout le monde, j’ai fini par m’inscrire… Avant de me désinscrire quelques semaines plus tard. Les raisons ? Les v’la. Avertissement : Tu as atterri ici en pensant lire une enquête […]

Dans l’enfer de Facebook

Quand le web a commencé à parler de Facebook, j’ai refusé de m’embarquer dans l’aventure, de peur d’y passer ma vie. Et puis comme tout le monde, j’ai fini par m’inscrire… Avant de me désinscrire quelques semaines plus tard. Les raisons ? Les v’la.

Avertissement : Tu as atterri ici en pensant lire une enquête flippante digne du Droit de Savoir sur la menace que Facebook fait peser sur la vie privée des français ? Dommage pour toi : ce sera pas le cas. J’aime les titres racoleurs, c’est tout

Préambule : tu n’as jamais mis le mulot sur Facebook ? Alors voici une petite explication de son fonctionnement.

« Réseau social » fondé à Harvard en 2004, d’abord d’accès restreint puis récemment ouvert à tous, Facebook compterait aujourd’hui 50 millions de membres. Inspiré du « trombinoscope » universitaire, Facebook permet d’afficher et de partager des infos (actu perso, goûts musicaux, critiques ciné, humeur du moment etc.) et des contenus (photos, vidéo, musique, liens etc.) avec d’autres utilisateurs inscrits sur le réseau via une page personnelle.

Selon tes préférences, tu peux choisir d’ajouter certains utilisateurs comme « amis » et de dévoiler les différentes parties de ton profil au web entier, à tes « amis » uniquement, voire à certains de tes amis seulement.

Ce qui fait la grande force de Facebook, ce sont les nombreuses nouvelles fonctions (ou « applications ») que le site te propose d’ajouter à ta page. Exemple : des tests de personnalité dont tu peux afficher le résultat ; la possibilité d’afficher et de dédicacer de la musique (iLike) ; d’envoyer des vidéos, d’intégrer des groupes et causes plus ou moins sérieux (de « Libérons Ingrid Bétancourt » à la « Fédération Française de l’Apéritif ») ou encore d’abreuver tes « amis » de gestes d’affection divers (« embrasser », « enlacer », « fesser à coup de pelle »…)

Facebook ayant son jargon, une petite mise au point lexicale s’impose :

Wall : « mur » de messages associé à ta page et sur lequel tes « amis » peuvent venir poster leurs remarques (« Hééé, t’as une sale tronche sur ta photoooo ! », « Viens me claquer la bise, coquine » etc.)
Superwall : même chose, mais avec la possibilité de poster des vidéos etc.
Applications : série de fonctionnalités inutiles mises au point pour favoriser la procrastination.
Mini-feed : encart sur lequel apparaissent par défaut tes derniers faits et gestes Facebookiens (ex : tu viens de modifier la photo de ton profil ? Ton mini-feed l’indique).

Facebook, réseau de l’amour et de l’amitié

En t’aidant à mieux connaître et chouchouter tes camarades, Facebook peut faire grandir tes amitiés… Mais aussi les menacer en révélant des infidélités et préférences d’ordinaires cachées. Exemple : hier, prétextant une migraine ragnagnesque, tu es allée te biturer au Beaujolais avec tes copains de bistrot boulot au lieu d’assister à la soutenance de thèse de Dourchka, ton amie de 10 ans. Dans la vie réelle, aucun lien entre Dourchka et tes compagnons de débauche, donc aucun risque que ta trahison soit révélée.

Avec Facebook, en revanche, il suffit d’un message malencontreux sur ton « wall » pour que Douchka découvre que tu n’es qu’une salope dissimulatrice (oui, tu en es une. Bitch).

Et ces hiérarchies odieuses que de nombreuses applications instaurent dans ta liste d’amis ? C’est pas de la bombe à merde, ça ?

Exemples : le comparatif (« Marcel Ophane est plus sexy que Dorothée Trisse », « Dorothée Trisse est plus talentueuse que Simba Kélite » etc) ou le superlatif, qui consiste à attribuer aux individus de ton réseau divers qualificatifs flatteurs (Le plus beau cul de Facebook, Le plus susceptible de tenir une promesse…).

Dans le genre jeu cruel, on n’avait pas vu plus brutal depuis les cours de handball du collège, quand personne ne te prenait dans son équipe parce que t’étais plus tête d’ampoule que super buteuse.

On imagine facilement les conséquences que ces dérapages peuvent avoir sur une vie de couple…

C’est qui Carmina Burne-nana ?
– HU?
– La truie qui poste des photos de cul sur ton superwall, c’est qui?
– Je l’ignore, darling : je l’ai rencontrée sur myspace.
– Tu la vires de tes friends ou t’as pu qu’à t’inscrire sur Meetic. Darling.


Facebook, terre d’avenir professionnel

Comme de nombreux réseaux sociaux, Facebook est paraît-il est un bon moyen d’élargir son horizon professionnel en tapinant en nouant des contacts avec de futurs recruteurs ou partenaires. Le problème, c’est que c’est aussi un bon moyen de se griller auprès de ses recruteurs actuels.

Explication : avant Facebook, ta vie était confortablement compartimentée. Boulot (ou fac), Couple, Sphère familiale, Amis proches, Connaissances amicales, tout était rangé dans de jolis Tupperware posés sur l’étagère en pin massif de la vie*. Oh bien sûr, tout ce beau monde était parfois amené à se croiser, mais chacun restait plus ou moins à sa place.

*Oui, j’aime les métaphores filées. Et alors, ça te ballonne ?

Depuis Facebook, c’est le bordel dans la cuisine. Dans ta liste d’ « amis », ton sympathique maître de stage côtoie ton frère qui côtoie ton meilleur ami virtuel (celui que tu as rencontré sur myspace et vu une seule fois en réalité) qui côtoie ton copain d’enfance, qui côtoient les boutonneux de ton DESS de Design Informatique et Multimédia. Et quand ces différentes vies se rencontrent dans le creuset facebookien… C’est le Big Bang Brise Burne.

C’est ainsi que ton boss, jospiniste militant (oui, il en reste), découvre via un tag malheureux les photos la dernière soirée de ton groupe Tous Royalistes et décide in petto d’ « oublier » ton inscription au colloque annuel de la boîte à Saint Barth. Ou pire.

Bien sûr, tu peux choisir de montrer ou non ton profil et chacun de ses éléments à tel ou tel « ami » de ton réseau. Mais comme personne n’a envie de s’emmerder à tout filtrer, on laisse couler… Et c’est le drame.

Aurais-tu le désir inconscient de perdre ton emploi, Dimitri ?
– Tu rigoles ?! Déjà que j’ai mis 2 ans à décrocher un CDD…
– A voir comment tu parles de ton employeur sur mon « wall », pourtant…
– Mais qu’est-ce qu’y me gicle, lui ?
– Tu sais que mon profil est visible de tous ?
– Ah non.
– ET que ton employeur est dans mon groupe « Les amis du minitel? »
– Ah bon ?
– Ce qui veut dire qu’il peut voir tes message.
– Ben…
– Or, personnellement si je lisais « Je me fais chier au taf, mon boss est un con antipathique mais heureusement, ya la picole ! XD », je douterais de ton engagement professionnel.

Vocation « No life »

Au-delà des risques de dérapages et brouilles, le vrai danger de Facebook vient de son côté addictif. Tu y entres sceptique, décidée à observer l’affaire de l’œil distant du sociologue… Et plus jamais tu n’en sors.

Probablement conçu par des terroristes pour enchaîner à leur écran les forces vives du web international, cet outil diabolique flatte les trois grands travers de l’internaute accompli : le nombrilisme, le voyeurisme et la procrastination. Entre les applications kawaï (balancer un bisou, une boule de neige… Une quiche ?), les Quizz pour tous (du très général Les princesses Disney au très pointu La cité de la Peur) et les tests de personnalités incongrus (Quel serial killer es-tu, Quel légume es-tu ?… Quelle maladie de peau es-tu – chercher l’intrus), on pourrait passer des heures à se regarder le nombril et mater celui des autres. Résultat : plus de vie. Ce qui n’est pas très grave, puisque (rappelons-le) tu n’as plus ami, ni amant, ni boulot. Merci qui ? Merci Facebook !

Dilou-dilou, dilou-dilou. Dilou-dilou, dilou-dilou (bruit de sonnette)
..
Gniiiii (bruit d’ouverture de porte)

– Farid ? Mais qu’est-ce que tu fais là, mon petit ? Je croyais que t’étais mort !
– Non, mémé… J’étais sur Facebook.
– Fesse quoi ?
– Book. Un… Une sorte de secte.
– Aïe, c’est pas vrai ?!! Mon petit-fils dans une secte ?!
– Oui. Mais c’est fini, je m’en suis sorti et je suis là.
– Mon pauvre petit ! Viens voir ta mémé, qu’elle te fasse un bon chocolat chaud.
– Avec du gâteau au miel ?
– Avec du gâteau au miel.
– Tiens, ça tombe bien que tu sois là, mon makroub. Tu vas pouvoir me réparer mon blog, j’arrive pas bien à lire les touches, avec ma vue qui baisse.
– Tu… T’utilises internet, mémé ?
– Et alors ? Qu’est-ce que tu crois ? Les vieux aussi y z’ont droit à l’internet !
– Oh, progrès ! Vas-tu donc tout broyer dans ton effroyable marche ?
– Hein ?
– Je disais : c’est bien, maintenant tu sais comment ça marche.

Internautes innocents, soyez prévenus : squatter sur Facebook, c’est comme adopter un Terre-Neuve. Ca paraît beau comme un cil de bisounours, mais c’est aussi une sacrée machine à emmerdes.

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