Daddy Frénésie (Tristane Banon)

C’est en lisant Le Figaro que Flore, 27 ans, retrouve la trace de son père, ou plutôt de son géniteur puisque celui-ci l’a abandonnée à la naissance. Ce père qui lui a tant manqué pendant l’enfance et auquel elle a finalement renoncé, est désormais accessible. Malgré sa crainte d’être déçue, elle choisira d’aller à sa […]

Daddy Frénésie (Tristane Banon)

C’est en lisant Le Figaro que Flore, 27 ans, retrouve la trace de son père, ou plutôt de son géniteur puisque celui-ci l’a abandonnée à la naissance. Ce père qui lui a tant manqué pendant l’enfance et auquel elle a finalement renoncé, est désormais accessible. Malgré sa crainte d’être déçue, elle choisira d’aller à sa rencontre…
Dès lors, de stratagèmes pour approcher son père, en manipulations pour le blesser, la jeune femme va aller chercher les réponses aux questions qu’elles se posent depuis toujours.

Une plume pleine de sensibilité

Daddy Frénésie est un roman d’une grande sensibilité, qu’on sent nourri de sentiments vrais.
L’évocation de l’espèce de suspicion qui entoure une enfant "bâtard" est particulièrement touchante : l’enfant qui se se sent accusé du départ de son père par les adultes, parce que s’il est parti c’est qu’il n’était pas bien là où l’enfant était, ou l’enfant qui contrairement aux enfants de de morts ou de divorcés, parce qu’il est "bâtard" sera perçu d’emblée comme un gosse à problèmes.
Les sentiments de Flore, pas encore complètement adulte, sont tout aussi bien décrits, qu’il s’agisse de sa déception, quand elle se rend compte que celui qu’elle avait fantasmé en aventurier n’est finalement qu’un petit vieux triste et ennuyeux, ou de sa jalousie quand elle comprend que Diane, sa demi-soeur, a grandi avec l’affection et la protection de ce père qui lui a tout refusé.

Quand un écrivain a réussi à nous toucher, il est difficile ensuite de chicaner sur des questions de style. Mais j’ai trouvé que l’écriture forcée desservait la justesse du fond : des effets de style too much*, des traits d’humour parfois mal à propos et des décors et des personnages trop vus (la rue des Saint-Pères, la rue la plus citée de la littérature parisienne !).

Pour terminer, ne serait-ce que pour la frénésie dans laquelle Tristane Banon nous entraîne, je t’incite à ouvrir ce livre.

*Avis à toi qui a plus de vocabulaire que moi : je cherche à remplacer cette vilaine expression par l’équivalent en français. Merci de me contacter par MP ou sur le forum.

Un extrait que j’ai aimé

Depuis toute petite, j’ai joué ma vie à la pensée magique. La pensée magique, c’est cette superstition idiote de ceux qui ne croient pas suffisamment en Dieu pour lui confier leur vie, et qui font du destin l’arbitre de leur destin. Parce que j’ai réussi à marcher d’un bout à l’autre de ma rue sans écraser les traits des pavés, j’ai eu mon bac. Parce que vingt voitures blanches ont traversé le feu tricolore, en bas de chez moi, en moins de dix minutes, j’ai réussi mon premier entretien d’embauche. Parce que je n’ai pas tenu trente longueurs dans la piscine municipale de Boulogne-Billancourt, quand ça allait déjà mal avec le dernier homme de ma vie, il m’a quittée. Je n’ai plus jamais fait de sport depuis. Trop risqué pour les gens comme moi.

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Il n'y a pas encore de commentaire