Et si la crise développait la conscience sociale des jeunes ?

Cette semaine, Justine se penche sur une étude réalisée aux US : quels sont les effets de la crise sur la conscience sociale de la jeunesse ?

Et si la crise développait la conscience sociale des jeunes ?

Vous n’avez pas pu louper l’information, depuis quelques années, la crise économique sévit – le chômage grimpe, le coût de la vie aussi, et le climat social se tend… et l’on mentionne souvent les impacts de la crise sur le moral de la population (stress des travailleurs, dépression des ménages, …).

Comment les jeunes vivent-ils la crise ? Comment grandit-on en temps de récession ? La crise change-t-elle les adolescents ? A-t-elle un impact sur leurs perceptions de ce qui les entoure ?

Une recherche menée par des chercheurs de l’UCLA et la San Diego University et publiée cette semaine par le journal Social Psychological and Personality Science apporte quelques éléments de réponse : la période de récession pourrait bien développer la conscience sociale des jeunes.

Occupy London photo cc Alan Denney

L’étude, conduite par Heejung Park, Patricia Greenfield et Jean M. Twenge (et al.), souhaite analyser la manière dont les changements sociaux affectent le développement humain – et en l’occurrence ici, la manière dont les attitudes des lycéens étatsuniens se sont transformées depuis la crise économique de 2008.

La méthode : les données d’une enquête à long terme

Pour y parvenir, les psychologues ont analysé les données d’une enquête, intitulée « Monitoring the Future », réalisée entre 1976 et 2010 auprès d’un échantillon représentatif de jeunes étatsuniens.

Chaque année, l’enquête interroge environ 50 000 jeunes sur leurs croyances, attitudes et comportements à propos de questions extrêmement variées (politique, santé, genre, écologie, …) – si vous souhaitez en savoir plus, rendez-vous sur le site dédié.

Pour leur recherche, Park, Greenfield et Twenge se sont centrés sur les données récoltées au cours de trois périodes : la récession (2008-2010), la période de pré-récession (2004-2006) et les années 1976-1978.

Les chercheurs-ses se sont également concentrés sur les questions relatives à la préoccupation des autres, à l’environnement, à l’importance de l’argent et au matérialisme.

Les constats : se soucier d’autrui, de l’environnement… et de l’argent

Selon les analyses des psychologues, lorsque l’on compare les réponses des élèves diplômés pendant la période de « pré-récession » à celles des élèves diplômés pendant la récession, il semblerait que les ces derniers soient plus intéressés par les questions sociales, les économies d’énergie et la préservation de l’environnement.

La préoccupation des élèves pour le sort de leurs pairs diminue significativement entre 1976-78 et 2004-06, et remonte pendant la récession de 2008-10. Par exemple :

  • 63% des lycéens diplômés lors de la récession interrogés indiquent qu’ils ont fait un effort pour baisser la température chez eux pour économiser de l’énergie (alors qu’ils étaient 55% pendant la période de « pré-récession » – et 78% en 1976-78),
  • 26% des élèves interrogés seraient prêts à utiliser un vélo ou les transports en commun pour se déplacer (contre 28% lors de la pré-récession et 49% en 1976-78),
  • 30% affirment penser souvent aux problèmes sociaux (26% des élèves interrogés indiquaient ceci lors de la période de pré-récession),
  • 47% souhaiteraient exercer un métier qui aiderait les autres (44% des interviewés donnaient une réponse similaire en 2004-06 et 50% en 1976-78),
  • 61% seraient prêts à manger différemment pour aider à diminuer la famine (contre 58% lors de la période de pré-récession et 70% en 1976-78),
  • 58% voudraient un job qui leur permettrait de gagner un bon salaire (54% lors de la pré-récession et 49% en 1976-78),…

« La VRAIE démocratie MAINTENANT – Nous avons besoin d’une révolution éthique »
Photo cc Dominic’s pics

Au cours de la période de récession, les élèves semblent également accorder moins d’importance au fait de posséder ou non des produits chers et des objets de luxe… et indiquent toutefois que gagner beaucoup d’argent est important – ce qui, selon les auteurs, pourrait être justement imputable à la crise : les jeunes seraient relativement conscient-e-s du coût de la vie et de l’explosion des dépenses liées au quotidien (courses alimentaires, factures d’électricité, de gaz, d’essence…).

En somme, les préoccupations des jeunes à l’égard des questions sociales et environnementales ont diminué jusqu’en 2004-06 et ré-augmentent depuis la récente récession (sans encore atteindre le niveau auxquelles elles étaient en 1976-78).

Pour Patricia Greenfield, professeure de psychologie à l’UCLA, cette remontée est

« le bon côté de la grande récession. Ces découvertes sont cohérentes avec ma théorie selon laquelle des ressources économiques plus faibles mènent à plus de préoccupations pour les autres et pour la communauté. C’est un changement dont la société a vraiment besoin » (cf. communiqué de presse de l’UCLA).

Selon Jean Twenge, professeur de psychologie à la San Diego State University, la crise économique pousserait certain-e-s jeunes à réaliser ce qui est important, essentiel dans leurs vies… Face aux difficultés socio-économiques, les valeurs et comportements des adolescents deviendraient plus collectivistes et moins individualistes.

Le matérialisme, quant à lui, serait partiellement transformé : s’ils semblent moins souhaiter « posséder » des choses, les jeunes accorderaient plus d’importance que jamais au fait d’avoir un job qui permette de bien gagner sa vie… et donc de lutter contre la crise.

Et toi, qu’en penses-tu ? As-tu l’impression la crise a boosté ta conscience sociale ?

Pour aller plus loin :

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Salvia
    Salvia, Le 15 juillet 2013 à 18h53

    hawley;4245060
    Je n'y vois pas tellement une envie de richesse, mais plutôt une envie de sécurité, et une conscience de la hausse des prix. Un très bon salaire en temps de crise, c'est comme un bon salaire en temps normal...
    Oui c'est certainement ça, mais cela prouve que l'on se raccroche tout de même à cette société de consommation (par habitude, par peur du changement?) alors que d'autres modèles de société, non basés sur l'argent, existent.

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