J’ai testé pour vous… coucher avec une escort girl

Un lecteur - qui a souhaité rester anonyme - a passé une soirée avec une escort girl. Il nous raconte tout en creusant les tenants et aboutissants de cette expérience. Le premier papier de notre nouvelle rubrique L'Observatoire de l'Homme.

J’ai testé pour vous… coucher avec une escort girl

— Article initialement publié le 1er mars 2012

J’ai décidé d’oublier un moment mes principes et de solliciter les services d’une escort girl quand j’avais 25 ans, alors que j’habitais à Londres. Élevé par une mère ouverte d’esprit, féministe, considérant « putain » comme la pire insulte à faire à une femme, j’avais bien conscience des risques encourus, non pas par moi, protégé par la semi-légalité de la pratique au Royaume-Uni, mais pour celle que je m’apprêtais à choisir sur un site d’agence spécialisée, et qui pourrait s’y trouver sous la contrainte.

Sélection & Rencontre avec l’escort

Comme pour le choix d’une nouvelle TV sur Amazon, la sélection est basée sur un mélange de photos, de commentaires postés par ses précédents clients et de spécifications plus « techniques » (mensurations, âge, langues parlées, boissons favorites, et l’incontournable « ouverture d’esprit » quant aux actes sexuels pratiqués). La femme que je m’apprêtais à rencontrer était loin de l’image qu’on se fait de la prostitution de quartier : packaging luxueux et appartement avec vue, ma « compagne », mannequin le jour, s’offre à l’heure, la soirée, voire la nuit pour les portefeuilles bien garnis (2000€ en moyenne), chez elle ou à domicile.

Une fois mon choix effectué, tel un Siddhartha curieux de mieux se connaître, je pris rendez-vous pour le soir-même, partagé entre un malaise éthique et une excitation presque animale à l’idée d’explorer un aspect très polémique de notre société, mais aussi de ma propre sexualité.

La rencontre fut simple et agréable. La femme qui m’ouvrit sa porte était gracieuse, charmante, loin d’être vulgaire, souriante, et je fus tout de suite à l’aise. Même si nous savions tous les deux ce que je faisais là, l’expérience, aussi courte soit-elle, était plus profonde que la simple relation sexuelle qui allait suivre. Après avoir fait un peu plus ample connaissance autour d’une coupe de champagne, elle m’a indiqué le passage obligé par la salle de bain avant de m’inviter à la rejoindre dans sa chambre.

L’expérience sexuelle en elle-même fut particulièrement plaisante. Respectueuse, douce et érotique à la fois, ma « compagne » était proche d’une rencontre d’un soir, l’espoir amoureux en moins et l’ouverture d’esprit en plus. Comme pour une première fois avec une nouvelle partenaire, l’acte mêlait expérience assurée et tâtonnements hésitants pour tenter de mieux comprendre l’autre.

Pour l’escort girl, le client est roi

Ce qui différencia réellement notre soirée de toutes mes expériences passées fut la nette prédominance de mes désirs sur les siens. Même si je désirais son plaisir, il n’était pas la priorité ; je sais à quel point cet aspect de ces « relations » peut en déranger certain(e)s, mais c’est un attrait non négligeable pour la sexualité masculine. Le sexe pour l’autre procure une satisfaction immense, bien souvent supérieure au simple plaisir physique (quoi de plus intense que de jouir ensemble ?), mais je reste persuadé que beaucoup de couples souffrent du fait que l’un des deux (ou, pire, les deux) membres reste incapable de donner autant qu’il reçoit. Or, ce soir-là, cette femme s’offrit sans limite et sans malaise pour satisfaire mes désirs, accompagnant chaque demande d’un sourire (probablement commercial, mais néanmoins convaincant) avec un naturel pour le moins libérateur.

L’autre point qui m’a marqué était son évidente expérience du plaisir masculin, et sa sublime maîtrise de certains actes sexuels. Comme un artisan qui a perfectionné sa technique au fil du temps, l’escort dont j’ai partagé le lit a clairement laissé loin derrière pas mal de mes expériences sexuelles passées, et on ne peut pourtant pas dire que mes conquêtes précédentes aient été des puritaines fermées d’esprit… J’y ai vu le reflet de notre manque global de curiosité vis-à-vis de la jouissance de l’autre : tant de femmes grandissent sans le plaisir de la masturbation, dans l’idée que l’acte sexuel est sale.

Mon côté féministe accuse les hommes, trop occupés à dominer, voire annihiler le plaisir féminin à travers les siècles. Mon côté athée blâme les religions monothéistes, basées sur la honte du plaisir charnel. Peu importe le « coupable », cette soirée m’a fait réaliser que très peu de femmes excellent avec le sexe masculin, mais aussi que j’en sais probablement assez peu sur le plaisir féminin, étant moi aussi très loin de la dextérité érotique de mon escort-girl. J’en tire le sentiment que nous, hommes et femmes confondus, nous nous satisfaisons souvent de bien peu, aussi épanouis et performants que nous pensions être…

L’envers du décor

Après l’acte, je tentai d’en savoir plus à son sujet. Originaire de Russie, elle avait étudié l’économie à l’université, et après une enfilade de petits jobs ennuyeux et mal payés, elle s’était lancée (à son compte, selon elle) dans la prostitution. Son projet est d’économiser autant que possible, pour lancer sa propre affaire et offrir une maison à sa mère.

Elle trouve la plupart des clients agréables, recherchant une rencontre érotique davantage qu’une esclave sexuelle. Elle-même trouve une certaine satisfaction dans le fait de pouvoir offrir à un autre un moment de détente et de plaisir.

Cependant, elle mentionna également un client qu’elle n’aime pas, qui passe toujours après son jogging pour sa fellation hebdomadaire, et lui a carrément fait remarquer qu’il devait être un client rentable puisqu’il ne demandait qu’une « petite pipe ». Ce genre d’homme va à l’encontre des efforts de ma « compagne » pour faire de ses expériences davantage qu’une session de jambes écartées… Mais à mes yeux, elle est avant tout une femme belle, douce, intelligente. Je me sens privilégié de l’avoir rencontrée.

Cependant, en réalité, il m’est impossible d’être sûr de son histoire. Au-delà du débat sur la validité légale de la prostitution, c’est celui de la traite des femmes et de l’esclavagisme sexuel qui me pose personnellement problème. J’ai tenté de choisir une agence qui dit représenter des escorts travaillant à leur compte, de trouver une femme qui ne semblait pas être sous la menace d’un réseau. Ma « compagne » semblait en excellente santé, sans trace de coups ou de drogues, mais dans un univers aussi flou et sombre, il est difficile de trouver des certitudes, et le risque de renforcer un système délinquant, violent et dégradant est plus réel que jamais…

Et après…

Est-ce que je regrette de m’être autorisé à « utiliser » un autre être humain pour mon simple plaisir ? Oui et non. J’ai trouvé l’expérience fascinante et plaisante, et je reste persuadé que la prostitution peut être pratiquée dans le respect mutuel. On en parle comme du « plus vieux métier du monde », lui collant beaucoup d’étiquettes et de clichés, mais je préférerais voir notre société aborder ce sujet de façon plus honnête, accorder à ces hommes et à ces femmes la sécurité d’un cadre légal, plutôt que de laisser la porte grande ouverte pour les réseaux criminels.

D’un autre côté, je n’arrive pas à être totalement à l’aise avec l’idée que se payer une prostituée est un acte normal. L’expérience, bien que très plaisante, n’a pas été renouvelée pour l’instant (mais je ne nie pas que ça pourrait arriver). Au final, je pense préférer le système en vigueur en Allemagne ou aux Pays-Bas, laissant à chacun le soin de faire la part des choses.

Et puis, je pense à cet ami, un bel homme, la trentaine, en couple, qui a décidé il y a quelques mois de devenir escort boy. Bien que l’argent ait été sa première motivation, je sais qu’il aime aussi donner du plaisir. Je ne saurais dire à quel point son expérience diffère de celle d’une escort girl, cependant, selon lui, la clientèle de cette prostitution haut de gamme recherche quelque chose de spécial, pas simplement un « objet » sexuel. Plus étonnant encore, une portion non négligeable de ceux qui fréquentent les escort boys sont… des escort girls, qui préfèrent parfois passer du temps avec un homme qui maîtrise son sujet !

Au final, je trouve qu’il est facile d’aborder la prostitution en choisissant le camp des pieux, mais qu’il serait plus pertinent de regarder au-delà des clichés et des scandales qui font vivre la presse à sensation. Avant toute chose, je voudrais qu’on place le respect de la personne prostituée au centre du débat, qu’on défende ou qu’on vilipende le milieu des escorts. Je suis convaincu que c’est une évolution possible, et selon mon expérience, ce serait amplement mérité.

— Illustration Timtimsia

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Supram
    Supram, Le 30 mai 2012 à 13h34

    "J’y ai vu le reflet de notre manque global de curiosité vis-à-vis de la jouissance de l’autre : tant de femmes grandissent sans le plaisir de la masturbation, dans l’idée que l’acte sexuel est sale."
    Je ne sais pas où cet homme à acquis cette certitude, mais cette assertion manque cruellement de subtilité... à l'image de ce papier.

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