Je corresponds avec un condamné à mort — Témoignage

Adawen correspond avec Clinton, un jeune prisonnier américain condamné à mort. Pourquoi cette démarche ? Comment cela se déroule-t-il concrètement ? Elle vous explique.

Je corresponds avec un condamné à mort — Témoignage

J’ai longtemps pensé à entamer une correspondance avec un prisonnier américain, mais cette idée est restée dans un coin de ma tête, comme enfouie. J’imagine que j’attendais le bon moment pour franchir le pas, comme un déclic.

Le déclic et la réflexion

J’ai eu ce déclic il y a un peu plus de quatre ans, en lisant un article dans la presse féminine. L’auteure racontait son histoire d’amitié avec un condamné à mort américain. Tout était détaillé, de la première lettre aux nombreuses années d’amitié, puis la visite en prison, et hélas la triste issue de l’injection létale. Ce témoignage m’a littéralement bouleversée et j’ai décidé de me lancer.

Je ne voulais pas me lancer sans être sûre de moi, j’ai encore pris le temps de réfléchir, je me suis posé beaucoup de questions, me suis demandée ce que je pourrais apporter à quelqu’un dans cette situation, je me suis demandé comment aborder certains points dans mes lettres… Bref, je me suis posée car je voulais être sûre de ne pas faire ça pour des raisons inadéquates, selon moi.

Une fois ce travail sur moi-même effectué, j’ai commencé à réfléchir aux questions pratiques : à qui écrire, sur quels critères « choisir » un correspondant, quels points aborder dans une première lettre ? J’ai cherché des témoignages sur le Net, des deux côtés, car je voulais savoir ce qu’un-e correspondant-e pouvait apporter et représenter pour ces personnes.

J’ai fait le tour de différents sites spécialisés, où les condamnés recherchant des correspondants mettent en ligne leur profil. C’est comme ça que je suis tombée sur celui de Clinton. J’ai été attirée par sa présentation, par ses mots. Je ne me suis pas posé de question vis-à-vis de son crime car j’ai vu qu’il était dans le couloir de la mort, et même si le système judiciaire américain comporte de (trop) nombreuses failles, on ne finit pas là-bas pour avoir grillé un feu rouge.

Je lui ai envoyé ma première lettre quelque jours plus tard. Je me souviens que j’étais très stressée en allant à la Poste : j’avais peur de ne pas avoir de réponse, de ne pas l’intéresser, bref… On aurait dit une étudiante lors d’un oral important ! J’ai reçu sa réponse trois semaines après. J’ai découvert quelqu’un de drôle, d’ouvert, et désireux de me découvrir.

Un condamné à mort, un Américain, un prisonnier… mais surtout un ami

Dans Rectify, un homme est libéré après 19 ans dans le couloir de la mort.

Quatre ans se sont écoulés depuis cette lettre, et notre amitié s’est considérablement consolidée et épanouie. Clinton représente énormément pour moi, c’est un ami proche, sincère, avec une personnalité magnifique. On s’écrit très régulièrement, on se raconte nos vies, je lui parle de tout et de rien, comme à une personne qui serait en face de moi.

L’appréhension de ne pas savoir quoi raconter à quelqu’un qui vit dans 9m² s’est vite dissipée, il m’a de suite mis à l’aise en me demandant de simplement lui raconter mes journées, pour l’aider à s’évader. Du coup je peux lui parler aussi bien de mes études, des bêtises que fait mon chat, de mes états d’âme, du temps, du dernier bouquin que j’ai lu, vraiment de tout. Lui me parle de sa famille, de ses journées, d’une chanson qu’il a entendu à la radio, de ses envies de voyager, de sa vie d’avant.

Et s’il était innocent ?

Concernant son crime, il n’a pas abordé le sujet clairement, mais m’a juste précisé que si je voulais en savoir plus sur lui, je pouvais consulter son site Web. Ce que j’ai fait.

J’ai découvert un gosse de 18 piges, qui fréquentait les mauvaises personnes et s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Après avoir lu tous les documents liés à son cas, je n’ai aucun doute quant à son innocence. Les nombreuses irrégularités de son procès le prouvent, et je sais qu’il n’a tué personne.

Il faut savoir qu’aux USA, les accords entre l’État (représenté par le procureur) et certains suspects sont monnaie courante (comme dans les séries ou les films en fait). Dans le cas de mon ami, les trois autres accusés ont témoigné contre lui en échange de réduction de peine. Je ne vais pas rentrer dans les détails, celles qui sont intéressées peuvent consulter son site Web, mais je ne perds pas espoir de le serrer un jour dans mes bras…

J’essaye, à mon petit niveau, de l’aider du mieux que je peux. Je gère sa page Facebook francophone, et son site français. Je suis en contact permanent avec les autres responsables dans d’autres pays, nous mettons tout en œuvre pour que son cas ne tombe pas dans l’oubli, et j’envisage de plus en plus de faire le déplacement jusqu’au Texas.

Correspondance épistolaire, prison et règles de sécurité

Il y a des règles à respecter vis-à-vis du système pénitencier. Mon ami est incarcéré à Polunsky, qui est une unité haute sécurité au Texas.

Peut-être que le règlement change selon les prisons, mais au Texas, il faut impérativement écrire le numéro du condamné à côté de son nom, les prisonniers sont identifiés uniquement grâce à ce numéro. L’adresse de l’expéditeur doit être écrite sur le recto de l’enveloppe, en haut à gauche. Seuls les lettres, cartes postales et photos sont autorisées, sans agrafe ni trombone.

Il était possible jusqu’au début du mois de faire livrer des livres ou des fournitures via Amazon, mais il faut passer par un site différent à présent. Il existe aussi un site permettant d’envoyer des fonds ou des mails qui sont ensuite imprimés et distribués hebdomadairement.

Et toi, ça te tente ?

Pour celles qui hésitent à se lancer, foncez ! Ce sera le début d’une superbe aventure, qui vous apportera autant que ce que vous pouvez apporter à un condamné.

Il faut savoir que beaucoup de ces personnes n’ont plus aucun contact avec l’extérieur, ils n’ont plus d’amis, et leur famille leur a souvent tourné le dos. C’est pourquoi les lettres sont si importantes et que s’engager dans une correspondance ne doit pas être pris à la légère. Ça doit être une action réfléchie, il faut être prêt à donner de son temps, à s’engager à répondre aux lettres et à s’ouvrir face à un inconnu. Ça ne paraît peut-être pas facile dit comme ça, mais honnêtement… le jeu en vaut la chandelle.

Pour trouver un correspondant, rendez-vous sur Write a Prisoner et/ou sur notre topic dédié.
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Voici le dernier commentaire en date :

  • Adawen.
    Adawen., Le 3 octobre 2015 à 8h32

    Honnêtement, je ne sais pas. Bcp de choses peuvent expliquer du retard, manque de timbres, prisonnier au trou, prison en lockdown, ou bien la faute des services postaux également. J'ai déjà attendu plus de 3 mois avant une lettre.
    Honnêtement un mois ce n'est pas bcp, surtout en Californie qui est connu pour être un état ou le courrier est très très lent.

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