Ces trucs que j’ai fait pour devenir cool et populaire

Sophie-Pierre Pernaut s'est beaucoup menti à elle-même pour avoir l'air cool, quand elle était un peu plus jeune.

Ces trucs que j’ai fait pour devenir cool et populaire

Je ne vais pas le répéter à chaque fois parce que je sais que ça te fait pleurer (non), mais j’ai été très peu populaire à l’école primaire. Et au collège. Et au lycée. J’avais entre 2 et 0 potes, ce qui me donnait l’impression constante d’être en décalage et d’avoir « uncool » tatoué en bleu des mers du Sud sur mon front luisant. Alors forcément, j’essayais de mettre toutes les chances de mon côté pour me faire apprécier, j’ai tout fait pour imiter les autres aux risques de passer pour une copie conforme ratée parce qu’on a utilisé du carton au lieu de prendre une feuille de calque. Je voulais passer du statut de « loser » à celui de populaire, et voici quelques exemples de ce que j’ai pu faire pour atteindre le graal de l’enfant ou de l’adolescente que j’étais.

Regarder des films d’horreur

Je suis une grosse flippette. Du genre à perdre toute rationalité la nuit, du genre à ne pas supporter la vue du sang (les périodes de règles sont une torture pour moi : je passe mon temps à hurler « NOOOON JE VEUX PAS VOIR ÇAAAA » en me tirant les cheveux et en tirant mes joues vers le bas). Alors les films d’horreur, c’est pas trop mon truc. Quand c’est saignant, je tourne de l’oeil. Quand c’est paranormal, je dors plus pendant des semaines. Bon, certes, quand j’avais 9 ans, j’ai demandé à ma grand-mère de venir voir Souviens-toi l’été dernier 2 au cinéma avec moi (parce que ma seule pote n’avait pas le droit de voir des films assaisonnés au ketchup, BREF). Mais Souviens-toi l’été dernier ça va. C’est largement tolérable.

Oui mais voilà. Regarder des films d’horreur, ça fait plaisir à tellement de gens que j’aime bien qu’il y a des moments où, de par le passé, j’ai voulu faire comme eux. En plus je me disais « Si ces personnes que j’aime bien aiment bien ça, ça veut dire que je vais aimer aussi. Puisque je les aime bien ». Un raisonnement complètement ridicule : ce n’est pas parce que ta meilleure pote va aimer se prendre des bifles dans l’oeil que tu kiffouillerais toi aussi (et vice et versa). Alors j’ai testé. Avec ma meilleure copine, au collège, on allait chercher des DVD au vidéo-club et on s’installait dans mon salon pour regarder un peu d’hémoglobine.

J’ai jamais aussi mal dormi que pendant cette période-là et j’ai regardé le plafond pendant des heures, toutes les nuits, le temps de me remettre et de ne plus penser qu’une créature purulente se cachait sous mon lit. Alors comme j’avais peur de dire à ma pote que j’avais peur, j’ai développé une technique pour pas trop flipper : je faisais semblant de regarder l’écran, mais en fait, je regardais au-dessus. J’ai toujours été d’une ingéniosité totale.

M’essayer à la méchanceté

Au collège, j’ai été un peu concon : je faisais davantage confiance aux films et aux séries qu’à la vraie vie. Si bien que, quand j’ai commencé à vouloir devenir populaire, je me suis tournée vers tous les programmes pour adolescents qui se passaient dans un collège ou un lycée. Et j’ai observé comment agissaient les personnages qui avaient le plus d’amis autour d’eux. La réponse ? Ils étaient honteusement méchants. Tellement qu’à côté, Nelly Oleson, c’est de la miction de chaton.

Non mais c’est vrai, réfléchissons 5 minutes : Regina George dans Lolita malgré moi ? Garce. Kate dans Lizzie McGuire ? Garce. Isabelle dans Premiers Baisers ? Garce aussi.

Alors dans mon esprit un peu réducteur, j’ai alors pensé qu’il fallait être méchante pour avoir plein de copains. Ce qui est un peu fou puisqu’il était évident que les gens les plus populaires de mon collège étaient certes un peu moqueurs, mais pas foncièrement mauvais. Du coup, j’ai joué à la méchante. Une fois. J’ai fait quelque chose d’horrible : je me suis installée à une table avec seulement deux places pour qu’une fille ne mange pas avec ma meilleure copine et moi alors qu’on lui avait promis qu’elle pourrait. J’en ai encore des palpitations d’horreur chaque fois que j’y pense.

Falsifier mes goûts musicaux

Alors que mes préférences musicales allaient des L5 à Clapton en passant par Abba et les WhatFor, j’ai fait semblant d’aimer Tryo. Je me suis trahie.

J’ai tenu la chandelle

Et pas qu’un peu : j’ai tenu la chandelle autant de fois qu’il y a de poils sur l’orteil de Nikos Aliagas (je dis ça mais en vrai je sais pas, je l’ai jamais vu sans chaussettes). Alors quand mes copines voulaient me voir mais ne s’imaginaient pas pour autant passer la soirée sans leur copain, je restais. Je prenais sur moi, parce que partir, c’était pas sympa, et que ne pas être sympa c’était ne pas être cool (comme j’avais pu l’apprendre plus tôt dans l’article (et plus tôt dans ma vie surtout)).

Alors j’étais là, à côté, assise à l’autre extrémité du banc à jouer avec des cailloux du bout du pied pendant que ma pote se faisait lécher l’amygdale. Je pouvais pas m’empêcher de « voir » la scène de l’extérieur, et je me doutais bien que j’avais l’air un peu concon. Mais je me disais qu’un jour, plus tard, quand je serai un peu plus vieille, je trouverai ça drôle. Avec le recul, je réalise que c’est très vrai.

Exposer ma nouvelle vie sociale sur Facebook

Sachant que j’ai mis tellement de temps à trouver le moyen de me faire quelques ami-e-s plus ou moins proches, mon arrivée à la fac a été un grand choc. Les gens venaient me parler, j’osais aller parler aux gens, on m’invitait aux soirées (ON M’INVITAIT AUX SOIRÉES, je sais pas si vous vous rendez compte) et je comprenais ce que signifiait l’expression mystérieuse « avoir une vie sociale ». Et puis, y avait Facebook. Facebook où je rendais publique la moindre vanne pourrie qui me passait par la tête, Facebook où je passais de longues heures à faire des tests (je suis la ligne 14, en terme de métro parisien, si vous voulez tout savoir), Facebook où j’étalais ma vie consciemment. Consciemment, et sciemment.

Alors quand j’allais dans une soirée, je faisais comme tout le monde : je ramenais mon appareil photo numérique et je shootais en permanence. Les bouteilles pleines, les bouteilles vides, les gens frais, les gens pas loin de rendre leur Fritelle dans l’évier, TOUT. Et j’uplodais tous ces clichés sur ma page Facebook. Quand je dis tous, c’est vraiment tous : en faisant le tri la semaine dernière, j’ai ainsi pu constater que je mettais même les photos « Attends on la refait j’ai le front qui luit ». 3 ans plus tard, je réalise combien c’est ridicule, mais comprends-moi : j’y voyais comme une revanche. Comme une façon de dire « Eh, toi qui avais une vie sociale de dingue au lycée alors que je passais mes samedis soirs à regarder Les Enfants de la télé, regarde : je sors. JE SORS ! »

Avec le recul, donc, je réalise combien mon stratagème était évident. Les ficelles de cette stratégie de communication, que je croyais fine, étaient en réalité plus grosses qu’un baobab gorgé de sève. C’est malin.

Et toi, quels sont les trucs qui te saoulaient et que tu as fait pour avoir l’air cool ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Duckie
    Duckie, Le 10 août 2015 à 22h12

    J'ai lu vos témoignages, et je me rends compte que j'ai été chanceuse finalement, ma vie du collège a été un long fleuve tranquille. On m'a jamais détesté même si j'étais considéré comme "l'intelligente de la classe", et on m'a plutôt apprécié quand j'y repense. Personne n'a été méchant avec moi. Mais avec un certain recul, je me dis qu'en faite, c'était mon amie assez populaire qui m'a "servi de bouclier" indirectement. Elle était "cool", méga jolie, drôle, elle s'habillait bien (pour l'époque XD), et tout le monde l'aimait bien. Mais au fond, j'étais jalouse de cette engouement pour elle, je comprenais pas pourquoi les gens allaient plus facilement vers elle que moi, alors que je suis super gentille (trop diront certains ^^ ).
    D'ailleurs cette question se pose encore, à la fin du lycée et en cette nouvelle rentrée à la FAC... Croisez les doigts les filles pour qu'à la Fac d'histoire, je rencontre pleiiiiins de gens super avec qui on me dira "Heyy je t'invite à ma soirée, tu viens ?" :puppyeyes: (Phrase entendue qu'une seule fois ma vie, et c'était cette année, j'ai honte XD)

    En faite, on pourrait faire une sorte de livre anthropologique sur le collège. Oui oui, je sens que vous me regardez avec des gros yeux, mais pensez y, le collège c'est la jungle, la loi du plus fort demeure. Tu es faible tu te fais bouffer par les populaires. En effet, même si vous ne voulez pas vous remémorez ces douleurs souvenirs, admettez qu'ils existaient plusieurs groupes que je définirais en 3 groupes selon la chaîne alimentaire :
    - Les populaires (y'a de tout, en passant par le gars super craquant qui nous a toute fait craquer, et par la pouffe de service)
    - La masse (càd, des gens "normaux", ils ont tendance à suivre les populaires, même s'ils sont neutres)
    - Les marginaux (La aussi y'a de tout, il peut aussi bien avoir des intellos, que malheureusement la fille en surpoids, ou le gothique)

    Soit vous êtes protégés par un populaire assez sympa, ou quelqu'un de la masse, soit les années du collège sont les plus longues de votre vie..

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