Interview de Cesyle, contrôleuse à la SNCF

Cesyle est contrôleuse à la SNCF — ou plutôt « ASCT », Agent de Service Commercial Train. Un acronyme qui fait peur mais un job passionnant qui va bien plus loin que « Bonjour, contrôle des billets s'il vous plaît ».

Interview de Cesyle, contrôleuse à la SNCF

Ta mission (si tu l’acceptes) consiste en quoi exactement ?

Chaque jour, je suis assignée à plusieurs trajets de TER. On appelle ça des « commandes » dans le jargon. Pour chaque commande je dois préparer ma fiche-train à l’avance : connaître les horaires de départ, les différents arrêts, les correspondances à assurer, etc.

Une fois à la gare je m’occupe de la procédure de départ. Il y a toute une série de vérifications de sécurité à effectuer : faire un tour du train, s’assurer qu’il n’a rien de cassé, que les bons voyants de transmission s’allument au bon moment.

Si tout est ok et qu’il me reste du temps, je m’occupe de l’accueil des voyageurs sur le quai puis, une fois qu’il est l’heure, je ferme les portes et donne le signal de départ au conducteur.

Un exemple de souci technique

Je suis donc « contrôleuse » mais le contrôle des billets n’est donc qu’une facette du métier. En fait c’est même la dernière et la « moins importante » bien que ce soit celle que le voyageur voit en premier.

Il faut d’abord effectuer tout le travail de préparation et de vérification de la sécurité. S’il y a le moindre souci technique ou retard, on est amené-e-s à régler les problèmes à bord du train (contacter la gare d’arrivée, se coordoner avec les autres TER, passer les annonces, etc.) ; le contrôle des titres de transports est alors loin d’être prioritaire et il passe souvent à la trappe !

Mon rôle se limite vraiment aux trajets en trains. Entre deux trajets je n’ai pas de fonction particulière à assurer en gare. Il m’arrive d’y renseigner certains voyageurs qui me repèrent à l’uniforme mais rien ne m’y oblige en théorie (c’est le rôle des agents d’accueil). Je suis libre d’aller et venir dans la gare, d’attendre en salle de repos ou d’aller me balader en ville si j’ai suffisamment de temps entre deux voyages.

Ce qui est cool dans ton boulot…

Je vois du pays ! On finit par connaître les lignes qui offrent un joli paysage (Lyon-Avignon c’est parfait, on entend les cigales, Lyon-Saint-Étienne c’est un peu moins glamour). Une fois que le train est parti et qu’on a contrôlé les billets des voyageurs, le reste du voyage est généralement très tranquille (sauf s’il y a beaucoup d’arrêts). Entre deux arrêts, je me pose en cabine pour bouquiner voire dans un wagon si le train n’est pas rempli.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, je ne me retrouve que rarement dans des situations conflictuelles avec les voyageurs. C’est « le » bon plan de ce job d’été (avec le salaire). Comme je suis saisonnière et non contrôleuse titulaire, je n’ai pas été assermentée par un juge. Donc légalement je n’ai pas le droit de dresser de procès-verbal.

En pratique cela veut dire que je ne peux faire que de la prévention lors du premier passage dans le train pour les voyageurs qui se présentent spontanément aux contrôleurs parce qu’ils n’ont pas acheté ou composté de billet.

Quand les voyageurs pensent que nous sommes là pour les abattre

Ce qui est relou dans ton boulot

Comme souvent l’avantage est aussi l’inconvénient du job. J’apprécie d’être toujours en vadrouille mais ça ne convient pas à tout le monde.

Il faut être prêt à ne pas dormir chez soi deux-trois jours par semaine. Quand l’une de mes commandes se termine dans une gare trop éloignée de mon domicile, je dors sur place dans un foyer pour agents SNCF ou à l’hôtel. Il faut s’habituer aux horaires très changeants, avec des « trous » importants sur une journée.

Par exemple j’ai déjà eu une commande de 6h à 10h puis une autre le soir de 19h à 23h. Et rien entre les deux. J’étais à Avignon donc ça m’a permis de profiter du festival dans l’après-midi, mais on ne se trouve pas toujours dans une ville qui se prête au divertissement !

Il faut aussi être prête à travailler seul-e. On n’a pas toujours de collègues avec nous dans le train. Tu es donc la seule responsable et la seule personne à gérer la colère des voyageurs en cas de pépin.

La relative solitude peut aussi être un peu déprimante pour ceux habitués à travailler en équipe. L’ambiance en gare est très chaleureuse (l’esprit « famille SNCF », il y a toujours quelqu’un pour discuter avec toi), mais le truc c’est qu’on n’y reste jamais très longtemps !

Quand un feu rouge s’allume subitement et que le train ne peut pas partir alors que j’ai déjà annoncé le départ

Ce que tu n’imaginais pas :

Au moment de mon recrutement, on m’a demandé comment je voyais le métier de contrôleuse. Pour moi ça se limitait à faire des annonces et contrôler les billet. J’ai donc été surprise par toute la partie sécurité du boulot. Toute la formation qu’on reçoit en arrivant à la SNCF permet de comprendre le métier dans sa globalité. On passe de l’autre côté de la barrière en quelque sorte.

Il faut aussi s’habituer aux voyageurs qui arrêtent tout ce qu’ils sont en train de faire et sortent tous leur portefeuille chaque fois que tu rentres dans un wagon. C’est assez particulier au début !

Quand il faut occuper les voyageurs 10 minutes pendant un arrêt en pleine voie

Côté horaires et salaire, ça se passe comment ?

Les horaires sont extrêment variables. On fait des journées de 8h généralement, sachant ça peut être du 8h-16h sans pause (à part les pauses dans le train une fois qu’on a fini les contrôles) ou des horaires très espacées du genre 6h-10h puis 19h-23h.

Les changements de rythme sont assez fatigants au début. J’étais complètement déphasée. On n’est jamais en repos le week-end mais on a tout de même deux jours de repos consécutifs. Moi c’est le mardi et le mercredi : pas toujours pratique pour voir ses amis qui travaillent à des horaires plus classiques.

Côté salaire, c’est un job d’été vraiment bien rémunéré. On a une base normale qui correspond au SMIC pour 35h, mais tout se joue sur les primes SNCF. Il y en a énormément : on a une prime pour chaque commande, une prime si on modifie ta commande à la dernière minute pour t’envoyer en urgence sur un autre train, une prime chaque fois que tu ne dors pas chez toi, quand tu commences très tôt ou que tu termines très tard, quand tu travailles le dimanche etc.

Pour ce mois-ci j’ai touché 1500€ net alors que je n’ai pas encore reçu toutes mes primes du mois (certaines ne sont touchées que le mois suivant). Selon les commandes, on peut gagner jusqu’à 5000€ pour deux mois de travail l’été une fois qu’on a touché toutes les primes.

Quand je peux finalement redonner le départ

Par contre il faut savoir qu’en tant que saisonnier, on n’a pas de réduction sur les billets de train (c’est un avantage qui n’est disponible que pour les contrats de plus de trois mois). Après il m’est déjà arrivée de monter de manière informelle dans le train pour rentrer chez mes parents : je demande à un contrôleur en lui montrant ma carte d’habilitation et mon contrat que j’ai toujours sur moi et dans 99% des cas il me laisse monter. Mais ça ne marchera que le temps de mon contrat !

Engagez-vous

C’est un peu plus compliqué que de postuler que pour un job d’été où on se contente de déposer son CV. Il n’y a aucunement besoin d’avoir un piston ou membre de la famille travaillant à la SNCF, mais il faut s’y prendre à l’avance et avoir un peu de temps pour assister à la formation obligatoire.

Il faut aussi savoir que la SNCF embauche beaucoup d’étudiants mais qu’elle investit pas mal d’argent en vous (pendant votre formation), du coup vous avez peu de chances d’être recruté si c’est votre dernière année d’étude et que vous allez rentrer sur le marché du travail dans quelques mois. En général la SNCF préfèrera recruter des contrôleurs saisonniers qui reviendront travailler au moins deux étés (vous êtes parfois appelés à la rescousse pendant les vacances scolaires).

Pour travailler pendant l’été, il faut généralement postuler dès janvier. Vous êtes d’abord convoqué-e pour un entretien  de motivation durant lequel on vous propose quelques mises en situation pour voir vos réactions et si vous êtes à l’aise. Il faut ensuite passer une visite médicale qui prend une journée entière pour voir si vous êtes apte physiquement : tests sanguins, d’urine, ophtalmologiques, de l’audition, cardiaque. Ensuite il y a une série de tests psychotechniques et psychologiques.

La formation obligatoire commence ensuite et dure un mois (dont une partie pendant les vacances de Pâques). Il y a toute une partie théorique qui dure deux semaines où l’on suit des cours de 8h à 16h. On y apprend toute la partie « sécurité » du métier : quelles sont les vérifications à effectuer, quelle procédure appliquer en cas de problèmes techniques.

Quand je dois appliquer un règlement dont personne ne se souvient

Pendant une autre semaine on est formé à la « sûreté » qui est davantage tournée vers le côté humain et relationnel avec les voyageurs : comment réagir en cas d’incendie, face à un passager violent, ivre, malade, que faire si quelqu’un fait un arrêt cardiaque, etc.

La dernière semaine est une formation pratique à bord des trains où l’on apprend à faire les vérifications en situation. Elle se termine par un examen général sur les notions théoriques et pratiques. Mais à moins de faire de grosses âneries sur le terrain c’est difficile de se louper : normalement les entretiens ont permis de filtrer et de former des personnes tout à fait capables de faire ce métier. La SNCF n’a sûrement pas envie de former des gens durant un mois pour rien !

Dernière chose, tu connais les résultats de ton examen le jour même. Tu peux donc être amenée à commencer à travailler dès le lendemain !

Un dernier conseil ?

Être ponctuel-le ! Dès le début de la formation et durant toute la durée de ton contrat. On l’a déjà dit, tu es souvent seul-e contrôleur à bord. Autrement dit si tu n’es pas là, le train ne part pas !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Locke
    Locke, Le 19 août 2015 à 15h39

    En fait, quand je lis les commentaires, j'ai l'impression que les gens oublient que la SNCF ne se limite pas qu'aux cheminots. Ensuite, beaucoup parlent clairement d'un truc qui leur est inconnu. Les cheminots sont de moins en moins bien payés, les conditions de travail de plus en plus difficiles. A cela, j'ajouterais le fait que bon nombre d'avancées sociales en matière de retraite, pour ne citer que ça, sont dues en grande partie à la SNCF : étant un régime spécial, les réformes sont souvent passées par là avant d'être généralisées aux régimes.. généraux.
    Et puis merde. Est-c eque ça serait possible deux minutes qu'on arrête de cracher sur les cheminots (qui non, ne vivent pas mieux que les autres français, je parle en connaissance de cause, chez moi on est dans le rouge tous les mois parce qu'on ne s'en sort pas, et pourtant, on est cheminots depuis des générations) et au lieu de vouloir leur retirer ce qu'ils ont, se battre pour avoir plus ? C'est trop facile, et franchement, c'est fatiguant et blasant et juste emmerdant à force.

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