Ces comportements de gamine qui ne m’ont jamais quittée

Sarah est une adulte : elle n'est plus très loin des 25 ans, paie ses impôts et fait même ses courses toute seule. Mais parfois, la petite fille en elle se met à sauter à pieds joints pour la motiver à faire des trucs très enfantins.

Ces comportements de gamine qui ne m’ont jamais quittée

Publié initialement le 5 juillet 2013

Alors que la date fatidique de ma 24ème année sur terre approche à grands pas (vous êtes d’ailleurs tou-te-s invité-e-s à ma surprise-party), je ne peux m’empêcher de constater que mes premiers pas dans l’âge mûr n’ont pas toujours ressemblé à la démarche confiante de l’adulte responsable que je me représentais quand j’avais dix piges de moins sur les épaules et au coin des yeux (je fais ma vieille peau si je veux). Ils sont même encore assez patauds.

Certes, je suis plus indépendante, j’ai fait des études, je voyage, je me nourris toute seule comme une grande, je gagne (parfois) des sous et je gère ma propre paperasse avant d’aller noyer le désespoir qui s’ensuit dans l’alcool.

Mais d’un autre côté, soyons honnête : j’appelle encore ma maman quand je sais pas quoi faire, je me perds au coin de ma rue si je tourne sur moi-même, la grenadine est parfois meilleure qu’un verre de Bordeaux pour aller avec mes coquillettes au jambon, et je n’arrive pas à me débarrasser de cette sale habitude de re-vérifier vingt fois et avec une sourde angoisse que le nom écrit sur cette enveloppe un peu trop officielle est bien le mien et non pas celui de maman (« Mamaaan on veut me faire payer des impôôôts, je fais quoiii ? »).

Pourtant, si je veux être vraiment honnête, il me faut parler de ces autres comportements, ces réflexes de gamine qui, passée la vingtaine, me donnent un air un poil attardé, mais qui me collent à la peau comme une coquillette froide sur mon jambon.

Jouer dans le bus et les transports en commun

Aaah, le bus. Qu’il ou elle lève la main, celui ou celle qui n’a jamais joué à ne pas se tenir – histoire de se rétamer comme une andouille dès que le chauffeur prend un virage un peu trop brusque. C’est devenu plus rare, mais il m’arrive encore, discrètement, comme ça, à la fourbe, de me lancer un petit défi parce que je m’ennuie, et de lâcher la barre.

Genre, vazy, j’ai trop le contrôle de mon corps, et tout, et dans ma tête je suis Jack Sparrow en équilibre sur le grand mât, je suis Legolas qui fait du surf sur les escaliers avec un bouclier Uruk-hai, je suis… je suis une ninja. Voilà.

C’est d’une discrétion ninja-esque jusqu’au moment où je me rétame comme une andouille de vingt-trois ans devant tout le monde, notez.

Et pourtant, pas moyen de m’en empêcher – et qu’il ou elle me jette la première pierre, celui ou celle qui n’est jamais devenu-e Gladiator bien droit sur son char à la première musique épique dans ses écouteurs ou n’a jamais imaginé devenir un-e espion-ne anonyme dans la foule du métro ! Je… Aïe ! QUI A LANCÉ ÇA ?

Mais je m’en fiche. À vingt-et-un ans, je contrôlais le tramway de Sheffield par la pensée, à vingt-deux ans, j’étais un héros de guerre dans les bus galiciens (il faut avoir pris le bus à Saint-Jacques-de-Compostelle au moins une fois dans sa vie pour comprendre), et à vingt-trois ans, j’étais une agente du MI6 dans les métros de Londres. Je veux pas dire, mais mon CV, il gère la fougère.

  • Alternative : les stations-labyrinthes maudites du métro londonien.

Devenir James Bond au supermarché ou Indiana Jones à la bibliothèque

C’est peut-être ma fibre paranoïaque qui frétille, mais le coup de l’espion, ça revient souvent. Aujourd’hui, parce que je suis une grande, je vais faire les courses. Mais aujourd’hui aussi, parce que sinon c’est pas drôle, quand je vais faire les courses, une fois sur deux je les fais en mode espionne-qui-t’aimait-demain-ne-meurt-jamais-die-another-day. Je slalome de manière furtive entre les compotes et les chips armée d’une banane, quoi.

Le jeu est simple. Il y a un objectif : mettons, acheter des carottes et du chocolat. Il y a un ennemi : les employés à la casquette rouge (probablement des agents du KGB, ces porcs communistes). Votre mission si vous l’acceptez sera d’atteindre l’objectif sans vous faire repérer par les individus à la casquette rouge. Et alors je ne sais pas si vous avez déjà essayé de faire vos courses en évitant tous les employés ou tous les mecs aux cheveux bruns (oui, c’est arbitraire), mais c’est loin d’être de la tarte, hein.

Observe and Report, un des pires films de la carrière de Seth Rogen.

Un autre type d’ambiance qui me parle aussi beaucoup, c’est celle de certaines bibliothèques, et plus particulièrement les vastes salles de lecture silencieuses envahies d’étagères pleines de livres, derrière lesquelles n’importe qui (ou quoi) peut être en train de se cacher.

Je mets ce type de réflexe sur le dos de mes années d’étudiante en littérature comparée, passées à écumer les rayons des bibliothèques à la recherche des ouvrages les plus fantasques dans les allées les plus isolées, travaux obscurs sur le fantastique et la mythologie obligent (« Ça les abîme », disait la documentaliste contemplant le groupe d’étudiants en train de monter très consciencieusement un château-fort avec des ouvrages de linguistique).

Dès que j’entre dans une Bibliothèque avec un grand B, c’est comme si je rentrais dans un temple à la recherche du Grimoire Perdu de Nicolas Flamel, ou du Codex Maya Maudit. Oui, parce qu’un truc maya, c’est forcément maudit.

Du coup, si on me surprend à vérifier avec méfiance que la voie est libre, accroupie derrière des dictionnaires, me faisant ainsi faire un bond de trente mètres parce que je surveillais devant moi mais pas derrière et « on n’a pas idée d’arriver comme ça derrière les gens nom de flûte », j’ai peut-être l’air un peu cruche, mais au moins mon expédition pour mettre la main sur Le Sacré : l’élément non-rationnel dans l’idée du divin et sa relation avec le rationnel a pris des proportions carrément plus épiques.

  • Alternative : les magasins-temples de vêtements.

Faire des grimaces dans le dos des gens contrariants

On a beau grandir et, par un effet de cause-conséquence un peu ingrat, vieillir, on se retrouve toujours, un beau jour (souvent un lundi), à se faire dicter sa conduite par des gens auxquels on ne peut rien rétorquer.

Patron-ne, directeur-trice de mémoire, grand-mère corse… Autant d’individus avec lesquels, même à cinquante piges passées, toute objection est considérée comme un acte de rébellion non sans conséquences (le chômage, la sale note, ou le balai sur la tête, par exemple).

Et ça, oouuuh, ça non, on n’aime pas ben ça, alors n’essayez pas de me faire croire que vous ne l’avez jamais fait. Quoi donc ? Rôh. Mais vous le savez. Ce que vous faites dès que l’individu perturbateur vous tourne le dos. Cette vilaine grimace digne de votre petit neveu de cinq ans à qui on vient de dire que les bonbons, ça suffit.

Oups, on m’a repérée.

Enfin, pour la défense de votre petit neveu et la nôtre, il faut bien évacuer d’une manière ou d’une autre. Et quand votre mère, vingt ans plus tard, vous contrarie encore sans vergogne, je suis sûre que votre jolie petite bouche se tord en un magnifique « gnégnégné » qui vaut bien le mien.

Personnellement, je lâche même un « zut », un « flûte », ou même pire, un « crotte » (de bique !!) en signe de rébellion. Quand il n’y a plus personne pour l’entendre, bien sûr. (Non, le professeur qui passait à ce moment dans le couloir et qui m’a regardée avec un soupçon de peur mêlé d’inquiétude ne compte pas.)

  • Alternative : « prrrrrrrrt ».

Bouder

Conséquence logique du type de contrariété évoqué ci-dessus, « bouder » n’est pas un truc de fille. D’abord, y a pas de « trucs de filles », alors ferme ta boîte à camembert. Bouder, c’est ce qu’il ne faut pas me dire que je fais quand je le fais, parce que c’est même pas vrai, d’abord (vous avez suivi ?).

J’ai vingt-trois ans et je boude encore dans mon coin quand le monde m’importune. Ça peut être pour n’importe quoi, pas seulement le directeur de mémoire qui veut que je ré-écrive un chapitre ou papa qui veut que je l’appelle alors que je lis Spirou (et que j’aime pas le téléphone).

Ça peut être parce qu’aujourd’hui, tout ce que j’écris c’est de la m… alors je vais plus rien faire et bouder devant une série que je connais par coeur en mangeant des Pépitos. Ou bien parce que mon personnage préféré du roman que je lisais est mort (stupide bouquin). Attitude très mature, s’il en est.

  • Alternative : se saouler à la grenadine.

Avoir des peurs irrationnelles et appeler maman

Dans la vie, j’ai un mauvais feeling avec plein de choses : les masques, les poupées, les clowns, les robots et les déguisements d’animaux (genre un type déguisé en panda m’approche, je ne réponds plus de rien). Je vous passe les petites bêtes (oui, ça m’embête).

Problème : quand ça ne me tombe pas dessus par surprise, comme ce pauvre monsieur déguisé en squelette dans la maison hantée qui s’est pris mon petit poing dans la figure, je perds non seulement tous mes réflexes, mais aussi pas mal de mes moyens.

Au cas où vous vous demanderiez si c’est handicapant dans la vie de tous les jours – parce que bon, les robots et les écureuils géants, on n’en croise pas tous les jours en principe – sachez que rien n’arrête les marketeux, et que je suis persuadée qu’ils s’obstinent en secret à faire de ma vie un enfer (la paranoïa, vous vous souvenez ?).

J’ACCUSE donc ce canard géant qui distribuait des tracts, juste devant la porte de mon appart, d’être la cause de mon retard et des railleries de mon coloc quand je suis arrivée une demi-heure plus tard après avoir fait le tour du quartier en rasant les murs.

J’ACCUSE les terrifiantes « grosses têtes » du Carnaval de m’avoir fait pleurer gamine et de me faire couiner adulte.

J’ACCUSE enfin l’esprit malade ayant eu l’idée d’une opération marketing à base de types déguisés en clowns SUR DES ECHASSES, d’avoir voulu m’empêcher de circuler librement dans le centre-ville. Vingt ans plus tard, ma mère est sans doute un peu lassée, car elle ne répond plus à mes appels à l’aide.

  • Alternative : ne pas laisser traîner ses pieds en dehors du lit par peur de ce qu’il y a dessous.

Bref, tout porte à croire que mes comportements les plus puérils me collent à la peau, même si la fin définitive de mes avantages 12-25 ans approche lentement mais sûrement.

Peut-être que ça me plaît autant que le gruyère fondu sur mes coquillettes, de me compliquer autrement une vie déjà assez difficile à suivre comme ça. Ou peut-être qu’on se fout de nous, et qu’on n’arrête jamais de jouer et d’avoir peur du croque-mitaine en grandissant ? Moi, je sais que j’aimerais toujours être Spirou ou Martin Milan quand je serai grande – en mieux.

Et toi, à quoi tu joues ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Clo.
    Clo., Le 19 octobre 2015 à 16h37

    Alors moi j'ai 12 ans quand je vois/suis avec des animaux (j'ai 3 chats mais je suis gaga a chaque fois que je les vois), j'ai 12 ans dans les parcs d'attractions, je reregarde souvent les Walt Disney, bouder ca c'est sur ! Par contre les peurs irrationnelles avec l'age (j'ai 27) ca c'est transforme en vrai peur mais des choses vraies (maladie, mort) mais ca peut etre depuis Que j'ai plus ma mere. Apres c'est moyen rationnel si on m'ecoute tous les semaines j'ai soit un pb au coeur, ou j'ai peur des avc, ou blabla. Je lis des les bandes dessinees Picsou x) J'ai toujours mes 5 peluches fétiches dans mon lit ou dans machambre. Et j'en achete encore parfois ! Hmmm apres je vois plus la. Ahh si avec mon copain on fais souvent les gamins a crier imiter les chansons/gens des pub tv, pour l'embeter je me met a le fixer et pleins de trucs comme ca

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