Comment faire croire… que tu te la racontes

Dans la vie, vaut mieux rester soi-même. C'est bon pour le poil et pour le moral. Mais il arrive qu'on ait envie d'avoir l'air de se la péter. Voici le guide.

Comment faire croire… que tu te la racontes

Dans la vie, on peut choisir d’être soi-même et c’est mieux que tout. Vraiment. Parce que tu es déjà quelqu’un de fantastique et que moins on fait semblant d’être quelqu’un d’autre, plus notre présence est agréable. Rapport que tu es quelqu’un de fantastique.

Mais bon, des fois, il arrive qu’on ait envie de faire chier le monde. Imaginons : t’es invitée à l’anniversaire de ta meilleure amie et t’aimes pas ses potes. Ou alors t’es obligée d’aller à l’inauguration d’une expo parce que ta mère en est une des vedettes mais tu détestes les autres artistes qui sont du genre à prendre le reste du monde de haut (tu sais, du genre à faire des moqueries sur toi en te pensant trop stupide pour comprendre que ce sont des moqueries SAUF QUE C’EST FAUX T’AS TOUT COMPRIS d’façon c’est toi la meilleure et eux c’est des sacrés troudbals troudbaux, je te prie de me croire).

Y a des fois où c’est comme ça : les gens que tu es forcée de côtoyer t’ennuient tant ils se la jouent, et t’as envie de les égaler dans leur pétage plus haut que leur cul. Voici mon petit guide pour t’apprendre à maîtriser l’art de se la raconter.

schmidt new girlGnagnagna je sais faire des slips en sacs poubelle et pas toi gnagnagna.

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Utiliser des mots à plein de syllabes

C’est quand même la base : peu importe la façon dont tu t’exprimes, plus tu utilises des termes savants, plus t’as l’air de te la raconter. Ça veut pas dire que seuls les gens intelligents utilisent des mots à plein de syllabes hein, entendons-nous. Moi on m’a toujours appris que l’intelligence, c’était avant tout savoir se faire comprendre par son interlocuteur quel qu’il soit, parce que c’est une forme de respect.

Bon, un jour, j’ai pété dans le métro alors qu’il était blindé. Mais j’ai pas fait exprès, normalement je me retiens, c’est juste que j’ai éternué. Du coup je sais plus tellement où je me place en matière de respect (et, du coup, d’intelligence), mais on va dire que ça va.

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Bref, utiliser des mots avec plein de syllabes dedans, c’est vachement pratique si tu veux faire semblant d’être honhonhon. Pour certains, tu peux même les placer n’importe comment, sans tenir compte du contexte. Moi par exemple, ça fait des années que j’utilise derechef comme si ça signifiait tout de suite alors que ça veut dire de nouveau, et les gens ne me l’ont jamais fait remarquer (bon, je le fais au quotidien et pas pour me la péter, hein, c’est juste que je trouve que derechef a plus l’air de vouloir dire tout de suite que de nouveau).

Et alors du coup y a deux options : soit ton interlocuteur relou qui se la raconte connaît le terme, et ça va drôlement l’agacer que tu l’utilises mal, soit il ne connaît pas le terme, va penser que tu l’utilises correctement… et va mal l’employer à son tour (et du coup c’est rigolo).

viennettaJe confonds également souvent Viennetta et Vendetta. Bah c’est pas pareil.

Dire qu’on a lu des livres dont on n’a jamais entendu parler

Pour une raison que j’ignore, il semblerait qu’il FAILLE lire certains livres ou voir certains films. C’est comme si, sinon, t’avais pas le droit de dire que t’aimes le cinéma ou littérature. Alors puisque les codes sociétaux en attendent autant de toi, autant se jouer d’eux et jouer avec eux, en faisant croire que tu sais de quoi parlent les snobs. Comment ? C’est très simple.

Imagine que quelqu’un parmi les convives parle d’un film dont le titre et le nom du réalisateur/de la réalisatrice ne te dit rien. T’as aucun repère pour savoir de quoi ça parle, et de quelle façon. Mais il te suffit de suivre les deux étapes suivantes pour bien t’en sortir !

Étape #1 : Secoue lentement la tête, écarquille brièvement les yeux et soupire un grand coup.

Étape #2 : Choisis parmi les phrases suivantes :

  • « Oh lala… Une grande claque… »
  • « Je crois que je ne m’en suis toujours pas remise »
  • « Oh mon Dieu ce film… » (en amenant ta main vers ta bouche)
  • « Ma première voiture, c’était une Peugeot »

À part si tu es dans la politique face à des gens qui aiment pointer du doigt les lacunes en matière de culture de ceux et celles qui nous gouvernent (« honhonhon Fleur Pellerin n’a pas su citer un livre de Patrick Modiano, prix Nobel de littérature en 2014 c’est une honte », mais qu’on la laisse tranquille bon sang), il y a peu de chances qu’on te demande des détails pour tester tes connaissances sur l’oeuvre en question afin de s’assurer que la connais. Exception faite également de si tu es une fille et que tu portes un t-shirt Le Seigneur des Anneaux ou Star Wars.

J’ai moi-même assisté à une scène où un mec menait un interrogatoire à une jeune femme pour vérifier qu’elle connaissait bien cette dernière saga, parce qu’elle portait un top avec Dark Vador dessus. Ce soir-là, j’ai mangé mon poing de rage.

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Répondre « Ah tu connais pas ? » quand les gens connaissent pas un truc

Parfois, c’est tentant. Genre quand quelqu’un de moins de 35 ans me dit qu’il connaît pas Harry Potter, j’ai du mal à me retenir d’ouvrir grand la bouche et les yeux et de crier « QUOI TU CONNAIS PAS ? ».

Mais je me fais violence, parce que je déteste qu’on me le fasse. Surtout quand c’est pas pour une oeuvre si évidente que ça. Pas un truc du genre « Tu connais pas Oui-Oui ? », mais plus les « Attends mais tu connais pas [insère ici le titre d’un recueil de poèmes nihilistes du vingtième siècle] » ou bien « QUOIIIII ? Tu n’as jamais entendu parler de ce documentaire sur les fossiles d’Ouganda ? Il a pourtant gagné un prix Albert Londres… ». C’est bieeeeen plus méprisant.

Parce que non, je connais pas le dit recueil de poèmes, comme PLEIN DE PERSONNES, azy les gens des fois j’ai l’impression qu’ils pensent que si leur interlocuteur n’a pas le niveau d’être un grand gagnant sur 70 émissions de Questions pour un champion (et qu’il a donc gagné un dictionnaire et un GPS), c’est forcément quelqu’un de stupide. Stahp, quoi. Je trouve que c’est vraiment le summum de la prétention.

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Alors du coup, si tu as envie de faire semblant de te la raconter pour une raison X, Y ou toute autre lettre de ton choix, t’as qu’à faire pareil. Parler d’un truc très pointu et t’offusquer de façon faussement surprise que tes interlocuteurs ne connaissent pas ta référence. Ils se sentiront probablement méprisés (à juste titre) et méprisables.

(En vrai, faut pas faire ça hein. Rien que d’en parler, j’en ai des palpitations de stress).

Regarder le haut du crâne de quelqu’un

Ça c’est gratuit c’est cadeau. Il n’est en rien question d’avoir l’air de se la raconter ici, mais si tu souhaites agacer un interlocuteur qui se la pète sévère, je ne vois pas mieux que ce grand classique, cet ultime geste gratuit, qui ne coûte vraiment, vraiment que dalle.

Ce geste, il est tellement simple à réaliser que c’est pour moi le plus parfait des trolls. Tellement parfait et facile qu’il devient compliqué de ne pas le faire tout le temps, juste pour le plaisir, même à des gens qui ne le méritent pas.

J’y vois en plus personnellement une vengeance à l’encontre de certains mecs que j’ai croisé dans ma vie et qui m’ont regardée directement dans les seins.

Voilà : ceci est mon guide pour être une mauvaise personne. Mais si t’aimes la vie, tu peux aussi (surtout) rester toi-même et te venger des gens qui se la racontent autrement — par exemple en piquant le dernier petit four ou en t’essuyant les doigts sur leur chemise. Car ce que la vie m’a appris, c’est que nul besoin d’être détestable pour être détesté (et vice-versa).

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Marcelline P.
    Marcelline P., Le 19 juin 2015 à 14h28

    HIHIHI Qu'il est bon d'être mauvais.
    Regarder le haut du crâne... Je connais la variante beaucoup moins subtile du regard qui va du haut vers le bas pour remonter enfin au visage avec une moue déconcertée, ou de dégoût (et là tu te fais catégoriser "pétasse niveau 9000" en moins de 4 secondes, ce qui n'a pas de prix parfois).
    @Ju- "Derechef" veut dire "à nouveau", ce qui ne connote pas la même chose que le préfixe "re-" : dans ton exemple, si je dis "il vient derechef", j'entends "il arrive à nouveau dans un lieu qu'il avait définitivement quitté" (parce que la racine "chef" dénote un commencement, non la poursuite d'une action). C'est pour ça que "revenir" ne me paraît pas une bonne paraphrase, parce que quand on dit "il revient", ça indique un retour sur un procès qui n'a pas vraiment cessé (c'est peut-être lié aussi au sémantisme du verbe de progrédience "venir", qui possède un aspect imperfectif).

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