Ces clichés littéraires qui me gonflent

Les clichés, on en trouve partout, y compris dans l'univers de la littérature. Mais LadyDandy, grande lectrice, commence à ne plus pouvoir en supporter certains...

Ces clichés littéraires qui me gonflent

J’aime lire de tout, d’absolument tout ; je ne pense pas vraiment être l’élitiste de l’année question littérature. Je défendrai la fanfiction jusqu’à mon dernier souffle, je lis et j’aime Proust, Tchekhov, Huysmans… mais j’assume aussi d’adorer la fantasy, les sh?jo à paillettes, les comics crétins avec des blagues de pets, certaines oeuvres de chick-lit aux injonctions bien capitalistes, etc.

Néanmoins, j’ai tellement bouffé certains clichés que, pour donner dans la poésie… Disons que j’ai les dents du fond qui baignent. Que je lise ne serait-ce que le début d’un quart de sous-entendu du cliché et mes attentes concernant le bouquin se verront croître de façon exponentielle : s’il contient une grosse ficelle que je ne supporte plus, alors je serai beaucoup plus exigeante envers le livre que s’il n’était que fraîcheur et originalité.

Bien entendu, aujourd’hui, en littérature, tout a été mille fois construit, déconstruit, reconstruit… Dur de faire dans l’invention pure ! Mais rien qu’en combinant deux clichés de façon inattendue, ou même en envisageant les clichés avec un angle différent, on peut insuffler un peu de sang neuf dans le marasme de redites qui peuple nos Fnac.

Mais j’ai l’impression que trop peu d’auteurs se sortent les doigts. Éditeurs frileux ? Lectorat paresseux ? Peu importe la raison, quand je vois ces clichés-là, la lectrice bien gentille façon plaid et cacao que je suis se transforme en Miss Hulk ascendant King-Kong. Alors que tu sois Proust en devenir ou auto-proclamé-e, voilà ce qu’il te faudra éviter à l’avenir si tu veux me mettre dans ta poche (ce qui, au sens propre, on l’admettra, n’a pas grand intérêt).

L’amouuuuur résout tous les problèmes

Je crois que je n’ai pas vraiment besoin de développer… si ? Bon, allons-y.

L’amour peut être un excellent sujet d’histoire, ou une excellente intrigue secondaire. Chacun en a sa propre définition et on peut même créer un canevas d’opinions très riches sur la chose, pour peu qu’on sorte deux minutes de l’autofiction nombriliste et pleurnicharde du héros blanc et assez riche, qui ne peut s’empêcher d’être un connard fini avec les femmes qu’il aime, mais c’est pas sa faute… (bonjour cinéma français).

Mais souvent, hélas, l’amour demeure une notion vague, mystique. Un genre de super idéal que tous les gentils veulent et méritent (pour peu qu’ils soient beaux) et que les méchants méprisent. En fait, l’amour, en particulier pour les femmes, est un peu le MacGuffin de la « femme moderne » de fiction.

Elles le cherchent, elles le veulent absolument et il est censé tout arranger dans leur vie alors que, bon, tomber amoureuse et voir que c’est réciproque, ça ne paie pas les factures et surtout, si je peine à envisager ma vie sans l’amour (au sens large) de ma famille et des amies, l’amour romantique, on peut très bien s’en passer !

  • Le livre à éviter

Ceux qui ont une couverture rose sont souvent assez nocifs, mais ne généralisons pas. Disons ceux dont la quatrième de couverture annonce : XX (la femme d’une trentaine d’année séduisante) a tout pour elle : une carrière de rêve dans une grande boîte de com, des amies adorables et un chat tellement mignon… Mais son coeur de femme se dessèche, il lui manque l’amour ! Quand un mystérieux collègue aussi insupportable que séduisant débarque au bureau, son quotidien se retrouve chamboulé. Mystérieux collègue saura-t-il briser virilement l’armure de XX et la faire chavirer ?

  • Le livre qui pourrait tomber dans le cliché mais s’en sort quand même

Le manga Kimi wa pet a tout pour sombrer dans l’écueil de la femme carriériste sauvée par l’amour, mais il est pourtant absolument excellent, subtil, complexe. La preuve qu’on fait d’excellentes bouillabaisses dans les plus rouillées des marmites.

Le monomythe, ou la paresse incarnée

Présenté par Joseph Campbell dans son livre Le héros aux mille visages sorti en 1949, le concept du monomythe a inspiré beaucoup de scénaristes et réalisateurs (George Lucas le premier), mais également beaucoup beaucoup BEAUCOUP d’auteurs de fantasy. Beaucoup trop.

À force de voir revenir en boucle les jeunes héros pas très éveillés mais au coeur pur, qui hésitent mais dont on sait très bien qu’ils finiront par partir à l’aventure, avec le mentor, la formation, l’épreuve initiatique et compagnie… On se lasse. On s’ennuie. Du moins je me lasse et je m’ennuie.

  • Le livre à éviter 

Eragon, nom de Zeus ! Et L’épée de Vérité qui a d’innombrables autres défauts.

  • Le livre qui pourrait tomber dans le cliché mais s’en sort quand même

Harry Potter est bourré de clichés jusqu’à la luette et suit parfaitement le schéma du monomythe, mais la plume légère et ironique de Rowling et son univers British lui confèrent un charme non négligeable.

On peut aussi citer Le sorcier de Terremer d’Ursula le Guin, qui suit toutes les étapes du monomythe mais va tellement loin dans les questionnements existentiels et les descriptions psychologiques qu’à ce stade, on ne peut pas parler de paresse.

Les chutes superficielles avec des points de suspension nuls

La chute semble aujourd’hui être inhérente à l’écriture d’une nouvelle, ce qui est absurde puisqu’il suffit de se plonger dans un recueil de Tchekhov, Zweig, Nabokov entre autres, pour se rendre compte que ce qui caractérise une nouvelle ne se réduit pas à sa chute ! Ou du moins à ce que beaucoup d’auteurs modernes semblent entendre par « chute » : un rebondissement de dernière minute maladroitement amené pour surprendre un lecteur peu perspicace.

Avec les feuilletons et les pulps, les chutes sont devenus des automatismes de fin de chapitre, comme les twist dans les mauvais Shyamalan, et on ne compte plus les incroyables bouleversements du style « et il se réveilla soudain dans sa capsule de cryogénisation face à une Statue de la Liberté au visage simiesque et réalisa que rien ne serait plus jamais comme avant… »

Une chute, si elle est bien amenée, peut être extraordinaire sauf que, comme dit plus haut, la nouveauté en littérature, c’est rare donc autant ne pas fonder sa nouvelle sur une chute maladroite et/ou prévisible, pour plutôt soigner ses autres aspects. Rien de plus exaspérant qu’un récit prometteur achevé par une mauvaise chute !

  • Le livre à éviter

N’importe quel tome de Chair de Poule ! Et on trouve toujours au moins une nouvelle avec une mauvaise chute dans les anthologie de science-fiction.

  • Le livre qui pourrait tomber dans le cliché mais s’en sort quand même

La Chute de la maison Usher, de Poe, ça c’est de la bonne chute ! En plus, à l’époque, les révélations-de-ouf-mais-nulles n’étaient pas aussi répandues qu’aujourd’hui, et mine de rien, je trouve que ça se sent.

Mary-Sue, la personne autour de laquelle le reste de l’univers gravite

La Mary-Sue vient de l’univers de la fanfiction, il y a beaucoup de définitions la concernant. Ce qu’on lui reproche principalement (dans le cadre d’une fanfiction), c’est le non-respect de l’oeuvre originale, puisque dès que Mary Sue est dans la place, les règles changent et l’univers se met à graviter autour d’elle. Dans une fiction originale, on reproche plutôt à la Mary-Sue son côté super idéalisé.

Honnêtement, j’aurai du mal à vraiment critiquer la Mary-Sue, parce que le fait qu’on crache autant sur ce cliché est en partie dû à son sexe. Pour citer Wikipédia himself :

« On trouve a priori plus facilement des Mary-Sue de sexe féminin que masculin, mais ceci est dû au fait qu’il est plus difficile d’admettre, selon les « normes » de notre monde, qu’un personnage féminin puisse être doté d’autant de qualités, par rapport à un personnage masculin. »

Ce double standard m’avait vachement sauté aux yeux en ce qui concerne Doctor Who, avec l’ampleur que prenait la suprêmement badass River Song qu’on accusait d’être une Mary-Sue… Mais à ce compte-là, le Docteur est quoi ? Lui aussi tout le monde l’aime, il est vachement idéalisé, il a un succès fou, il est incroyablement intelligent et puissant, mais visiblement ça ne fait pas tiquer autant de monde.

Bref : revenons à l’univers littéraire. Personnellement, un personnage surpuissant, intelligent, que tout le monde aime, ne me dérange pas tant que ça, même si cette perfection limite fortement son évolution et, du coup, l’intérêt du personnage. Néanmoins, là où Mary-Sue me tape sur les nerfs, c’est quand tout lui tombe tout cuit dans le bec, quand tout semble tellement facile que ça en devient irritant et que le récit en vient à perdre tout suspense et toute crédibilité.

  • Le livre à éviter

Twilight, forcément, et Tara Duncan (du moins au début : je ne sais pas si ça a évolué mais c’était une illustration parfaite de la Mary-Sue dans les premiers tomes).

  • Le livre qui pourrait tomber dans le cliché mais s’en sort quand même

On trouve des personnages très Mary-Sue ou Gary-Stu (son équivalent masculin) dans La Ballade de Pern d’Anne McCaffrey, mais l’auteure évite quand même l’écueil de la facilité et présente un récit très bien construit et équilibré.

En conclusion, je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager cet ultimate combo de tous les clichés qui me tapent sur les nerfs mais qui, combinés et mixés, donnent quelque chose d’assez grandiose. Tellement stupide que ça tient du génie :

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Sandie19
    Sandie19, Le 3 septembre 2015 à 18h07

    Alors, c'est vrai que certains clichés sont parfois agaçants... Par exemple, ce qui m'avait un peu énervée dans les deux trilogies de Bottero (Ewilan), c'est la manière dont sont décrits certains personnages, comme Edwin et Ellana.

    Spoiler
    Et aussi, dans le genre cliché du bien contre le mal, si je suis une fan incontestée de Harry Potter depuis le CE2, je n'ai jamais vraiment apprécié le côté un peu manichéen du gentil Gryffondor contre le vilain Serpentard, pour ne citer que ça.
    Spoiler
    Pourquoi dans beaucoup de sagas littéraires (auteurs de fantasy, je m'adresse à vous) c'est toujours soit tout blanc, soit tout noir, sans jamais vraiment de nuances?
    C'est d'ailleurs un peu ce qui fait le succès des sagas comme Game of Thrones, pour citer la plus connue.

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