Claude Chabrol

Hier matin, alors que Paris se préparait à passer un dimanche tranquille et à profiter des derniers rayons de soleil de l’année, Claude Chabrol est mort à l’âge de 80 ans. C’est le mythe du gourmet qui est toujours le premier invoqué lorsqu’on parle de Claude Chabrol, et la légende selon laquelle il choisirait ses […]

Hier matin, alors que Paris se préparait à passer un dimanche tranquille et à profiter des derniers rayons de soleil de l’année, Claude Chabrol est mort à l’âge de 80 ans. C’est le mythe du gourmet qui est toujours le premier invoqué lorsqu’on parle de Claude Chabrol, et la légende selon laquelle il choisirait ses lieux de tournages en fonction des restos environnants a ravi les journalistes toute la journée.

Pourtant, comme a tenté de nous le rappeler Isabelle Huppert invitée sur le plateau du 20h de France 2 hier, parler de l’amour de Chabrol pour la bonne chaire et s’arrêter là ce n’est pas rendre hommage à cet « homme bon ». Que signifiait l’amour de Chabrol pour la gastronomie, les restaurants, les repas ? C’était avant tout un amour des gens, des rencontres, de la vie, et surtout le signe d’une grande générosité et bonté qui devient très vite évidente lorsque l’on commence à s’intéresser au réalisateur.

Claude Chabrol à Berlin en 2009

Claude Chabrol naît en 1930, à Paris, de parents pharmaciens. Pendant l’Occupation on l’envoie dans la Creuse où il est projectionniste dans un ciné-club. Rentré à Paris et après des études quelque peu chaotiques (d’abord de droit puis de pharmacie, enfin de lettres), il devient critique aux Cahiers du Cinéma où il côtoie les jeunes François Truffaut, Jacques Rivette, Eric Rohmer et Jean-Luc Godard et fait ainsi partie de ceux que l’on a appelé « les jeunes turcs », défenseurs de la politique des auteurs et figures centrales de la Nouvelle Vague du cinéma français des années 60.

C’est Chabrol lui-même qui lance le mouvement avec son premier film, Le Beau Serge, réalisé en 1957 et auto-produit grâce à un héritage, héritage qui lui permettra également de produire le premier film de Jacques Rivette. Puisque c’est son argent qui est en jeu, il apprend à tourner de façon efficace et économique en hiérarchisant ses priorités et sans se perdre dans des détails. Le film sort en 1959, en même temps que son deuxième film, Les Cousins, avec les mêmes acteurs principaux : Jean-Claude Brialy et Gérard Blain et remporte l’Ours d’or au Festival de Berlin la même année.

Ces premiers films, avec les suivants A double tour (1959) et Les bonnes femmes (1959), définissent déjà un style et permettent de mettre en lumière les thèmes de prédilection du réalisateur : dénoncer la bêtise, la méchanceté, la médiocrité, et pas seulement des classes bourgeoises comme on le dit souvent puisque Les bonnes femmes s’intéresse au contraire aux classes populaires.

Il rencontre peu de succès avec ses films tournés dans les années 60 et éloignés des premiers succès. C’est avec Les Biches (1967) qu’il renoue avec le public en réalisant, à raison de deux films par an, une série de portraits acides de la France des années 70. Il tourne également de nombreux films policiers, souvent inspirés de romans, mais toujours ses films s’inspirent de la stupidité humaine et décortiquent les relations entre les êtres. C’est pourquoi il aimait tourner les scènes de repas, qui étaient selon lui des moments privilégiés pour faire éclater les conflits, parce qu’on « ne peut pas mentir avec une fourchette dans la bouche » (extrait d’une interview au journal de 13h de France 2).

Claude Chabrol et sa caméra d'or en 2009

Son inspiration s’essouffle vers la fin des années 70, jusqu’à sa rencontre avec Isabelle Huppert en 78 avec laquelle il tournera Violette Nozière, le portrait d’une empoisonneuse inspiré d’un fait divers des années 30 et bien d’autres films  (Madame Bovary (1991), Rien ne va plus (1997), L’ivresse du pouvoir (2006) …) qui feront le succès de l’actrice comme du réalisateur. Depuis les années 80, il a continué à sortir régulièrement, presque tous les ans, ses films en faisant jamais varier mais jamais les préoccupations de fond : la bêtise et l’hypocrisie. Il a fait tourner les plus grands acteurs français, et en a pris toujours un grand soin. Il ne croyait pas à la terreur que certains réalisateurs aiment faire régner sur leur plateau, mais préférait leur faire confiance et les respecter.

Claude Chabrol laisse derrière lui une œuvre immense, une des plus importantes du cinéma français. Et pourtant, il a peu été récompensé depuis cet Ours d’or en 1959. Ce n’est que très récemment qu’il a reçu plusieurs récompenses pour l’ensemble de son œuvre : le prix René-Clair de l’Académie Française en 2005, la Caméra d’or au Festival de Berlin en 2009 et le Grand Prix de la SACD en 2010. Comme s’il fallait récompenser tout ou rien, dans cette œuvre qui semble former un ensemble compact et critique, un seul regard panoramique sur la France de ces 50 dernières années.

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 4 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Flavia
    Flavia, Le 16 septembre 2010 à 11h58

    Mushii-Concept;1743391
    Au risque de me faire frapper par des fans en delire, moi je n'ai pas du tout accroché a ses films. J'ai vu Madame Bovary et un second dont ne sais plus le titre en histoire du cinema l'année derniere et tres franchement je me suis ennuyée. J'ai trouvé que le fond était un peu facile, les images datés et le rythme bien lent.
    Par contre je big up l'article car il est bien fait, synthetique et le recadrant bien un cineaste dont on connait beaucoup le nom mais finalement peu l'oeuvre dans son entier !
    Merci beaucoup Flavia ! =)
    Tout le monde est d'accord pour dire que Chabrol c'est 50% de nanars, lui le premier était d'accord. Quand on tourne autant c'est inévitable! Tu es sûrement mal tombée. ;)

Lire l'intégralité des 4 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)