Che, l’Argentin

Pondu par miss-ter le 14 octobre 2008  

Che, lArgentin 20081014 chelargentinAu cinéma, la mode est aux biopics. Souvent, ils fabriquent des mythes et dopent les ventes d’albums ou de romans ; permettent en tout cas de réveiller l’intérêt du public pour un artiste ou une figure importante. On l’a vu avec Ali, Aviator et plus récemment Ray, Walk the line, Truman Capote, La môme, Control, I’m not there, Sagan… Ce ne sont pas les exemples qui manquent.

Ce qui est intéressant dans la démarche de Soderbergh, c’est de s’intéresser à une figure déjà mythique. Difficile sans doute de booster les ventes de t-shirt à l’effigie du Che… De la même manière qu’il y a quelques années Gus Van Sant s’est penché sur le cas Cobain avec son film Last Days, dont le but n’était clairement pas d’embaumer la star dans le récit chronologique et complet de son existence, le diptyque Che s’attaque à une figure déjà si connue et idéalisée que la portée de ce biopic ne peut se trouver qu’ailleurs.

Che est un film en deux parties, toutes les deux si longues qu’elles ont été séparées l’une de l’autre. La première, The Argentine, met en scène la naissance de la guérilla, dirigée par Ernesto Guevara et Fidel Castro, qui plus tard, en 1959, fera tomber le dictateur Batista. La deuxième, Guerrilla, se concentre sur la période qui suit où le Che, devenu hyper connu, s’efface en Bolivie pour conduire une nouvelle révolution.

DEUX TEMPS

L’Argentin, la première partie, est composée de deux temps qui se mêlent l’un à l’autre. On a d’un côté le temps de l’action : c’est celui de la naissance de la guérilla qui, dans la Sierra Maestra cubaine, entame la lutte contre le dictateur. Le but exposé par le Che et Fidel Castro n’est pas de préparer un coup d’Etat mais de prendre Santa Clara et par là de faire fuir Batista.

Le deuxième temps du film nous fait faire un bond en avant. On est au début des années 1960, Che Guevara est aux Etats-Unis et c’est pendant discours et interviews en anglais et en noir et blanc qu’on le voit.

Les deux temps se superposent, se suivent, se mélangent. Il y en a même un troisième, qui est celui de l’ouverture du film, et qu’on retrouve à d’autres moments au cours des deux heures trente du film : celle de la rencontre entre Ernesto et Fidel lors d’un repas. Isolés sur le petit balcon de l’appartement où ils se trouvent, les deux hommes qui avaient un peu plus tôt partagé leurs idées discutent de nouveau. Plus calmement, ils évoquent leurs projets… C’est l’action que le film va montrer, ou montre déjà au moment où on revient à cette rencontre cruciale.

Che, lArgentin 20081014 chenationsunies
© Warner Bros. France

TROIS MOUVEMENTS

Par cette superposition, cet enchaînement entre différents moments de l’action du Che, le film se tire de nouveau du schéma traditionnel du biopic. Non seulement parce qu’il se concentre sur un aspect de sa vie comme Carnets de voyage avant lui – ici la lutte, les combats, l’idéologie – mais aussi parce qu’il sort de la traditionnelle structure linéaire. Mélangeant les temps, L’Argentin gagne en neutralité : il ne colle pas à son personnage mais met les différents temps en perspective. Là où un biopic chronologique colle à sa star et s’enferme avec elle dans un présent sans contrepartie, la première partie du film de Soderbergh se déplace.

Ce qui compte avant tout c’est donc le mélange de temps qui nous sont livrés l’un à la suite de l’autre, mais qui sont en réalité séparés de plusieurs années. Outre le passage d’une langue à une autre, de la couleur au noir et blanc, d’un monde à un autre, on passe surtout d’une forme à une autre. C’est-à-dire qu’on a d’un côté l’action stricte, les combats ; et de l’autre le recul idéologique apporté par le Che en public des années plus tard : dans une interview, lors de soirées quasi mondaines, lors d’un débat aux Nations Unies. C’est le passage d’un espace à un autre qui fait circuler dans ce biopic une nouvelle dimension.

De là, on peut chercher à dégager la tendance générale de cette première partie. Contrairement aux biopics traditionnels, on semble donc d’abord avec L’Argentin revenir à une dimension plus anecdotique de la biographie : le détail des combats, l’histoire. Mais avec la mise en parallèle avec un discours idéologique rétrospectif, le film se transporte : il renvoie en miroir le deuxième temps sur le premier. Son discours se projette sur le parcours des révolutionnaires. Le Che qu’on voit en noir et blanc est un Che laconique, sûr de lui. Le portrait est dressé, entre le combattant et le penseur, de l’un à l’autre, dans ce grand écart.

Ca vous a plu ? Faites tourner !

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Les 10 dernières réactions à cet article

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  1. Le 12/01/2009 à 00h50

    Il y a deux ans, j'ai appris dans un magazine people que Benicio del Toro était en plein tournage, pour un film dans lequel il incarnerait Che Guevara.
    Dès lors, j'ai scruté les annonces de sorties cinémas, attendant chaque semaine (ou pas), que l'on parle de ce film.
    Non pas que la révolution cubaine m'interesse. Je ne vous pas non plus de culte à Che Guevara. J'ai regardé Carnet de Route, mais ça s'est arreté là, j'ai ni poster, ni tee-shirt du Che. Moi j'y allais pour Benicio del Toro. Appelez le Gonzo, dans Las Vegas Parano, ou Franky Quatre Doigts dans Snatch, ça m'est égal. Mais, contre toute attente, c'est l'un des acteurs que je trouve le plus sexy.
    Okay, j'imagine qu'il doit puer le cigare, mais oh, je passe outre, de plus, à l'écran, on ne sent rien.
    Si d'autres espèces rares le trouvent sexy, je m'adresse à elles. Courez voir ce film ! Il y a de nombreux plans où l'on voit son treillis le mouler de manière.. moulante.

    Sinon, le film (oui, je l'ai suivi tout de même). Pas mal. Un assez bon film mais qui ne marque pas tellement les esprits. Les personnages sont assez similaires. Mon amoureux en à même confondus quelques uns, ce qui a eu pour effet de créer quelques incompréhensions "OH MAIS IL EST PAS MORT - Mais, il a jamais été mort - Mais si, c'est celui qui s'est pris une balle dans l'œil - Je te dis que non, lui c'était le mec des bottes", bref, vous comprenez.. Pour comprendre les propos de Che Guevara lors des assemblées (les scènes "filmées comme un reportage noir et blanc" dont parle la critique), accrochez-vous, ou alors, je vous conseille de reviser le contexte des années 60 en Amérique et aux Caraïbes. La musique laisse également à désirer. Enfin, elle m'a plongé, dans l'incompréhension totale. Comment peut on de nos jours faire une musique aussi médiocre pour un film qui, je suppose, est à 'assez' gros budget ? Quant à la fille qu'on voit sur l'affiche, j'espère qu'elle a un rôle plus important dans la deuxième partie, car là je ne vois pas l'intérêt de sa présence (non, c'est pas un élément perturbateur, et elle se tape pas non plus Che Guevara. Aucun intérêt vous dis-je).

    Mais bon, si je critique, c'est que forcément, je porte un intérêt à ce film. Plus qu'un appétissant fessier, Benicio del Toro excelle en ce rôle. Cette alternance des temps crée, si je puis dire, une sorte de suspense. Ainsi, à chaque changement, on est déçu, on veut connaitre la suite, mais hop ! Ce qu'on voit nous happe, et ça recommence, et ce jusqu'à la fin du film. De plus, il y a de très belles prises de vue, notamment dans l'interview en noir et blanc.

    Che, l'Argentin se place entre le film d'action, le film à visée historique, et le film je ne sais pas comment on peut le décrire mais malgré le fait qu'il puisse paraitre un peu long et parfois un peu bidon, on a quand même envie de voir la suite.
  2. Le 12/01/2009 à 00h55

    J'ai beaucoup aimé, mais qu'est-ce que c'est neutre ! Incroyablement neutre ; sans doute par souci de coller au film, mais un peu d'audace n'aurait franchement pas fait de mal.
    C'est filmé de façon très linéaire, aussi. Sous forme d'interview, du coup il raconte. C'est pratique mais un peu bateau et monotone, je trouve ... Je suis curieuse de voir comment ils vont raconter sa mort dans ces conditions, comment ils vont sortir de l'interview pour le faire mourir, dans la suite.
    Les images sont belles, sinon, bien filmées, un côté film de guerre très attirant.
    Comme le dit Acide² (quel post ! tu dis très bien ce que je pense sans savoir le formuler), les personnages se ressemblent beaucoup. J'ai passé une bonne demi-heure à confondre le Che et Fidel Castro, quand même.

    Mais bon, puisqu'au final j'ai aimé.
  3. Le 12/01/2009 à 10h57

    J'ai pas accroché, franchement ce film ne m'a pas passionné, je pensais que ça serait plus prenant. Déçue.
  4. Le 12/01/2009 à 11h17

    Je vais le voir demain ! J'ai vraiment hâte !!

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