Chávez, « tuits » et rumeurs – Carte postale du Venezuela

Le Venezuela est à l'honneur dans cette nouvelle série de cartes postales ! Sofia Margarita, dans ce premier opus, fait le point sur la situation politique du pays.

Chávez, « tuits » et rumeurs – Carte postale du Venezuela

Article garanti sans opinion politique.

Avant, la politique, c’était pas mon truc : je m’en désintéressais globalement, je votais souvent par devoir et par ordre d’élimination. Mais ça, c’était avant. Je me suis retrouvée propulsée dans un pays où TOUT LE MONDE s’intéresse à la politique. Pas moyen de passer à côté. Ici, pas de « La politique, ça m’intéresse pas », « Je vois pas l’intérêt ». Et pas de ventre mou : tout le monde est pour ou contre. Ce qui fait qu’aujourd’hui, le Venezuela se retrouve profondément divisé en deux camps : les chavistes, et les anti-chavistes. C’est d’ailleurs souvent une des premières choses qu’on cherche à évaluer quand on rencontre quelqu’un : est-il chaviste ou de l’opposition ? Une fois qu’on s’est prudemment assuré que son interlocuteur est dans « le bon » camp, on peut se relaxer et continuer la conversation tranquillement.

Pour parler de politique, on suit les médias officiels, mais aussi énormément les réseaux sociaux, notamment Twitter, qui est extrêmement populaire, et qui constitue une source d’information à part entière ; sur les plateaux télé, il y a toujours un ou deux journalistes qui reportent au fur et à mesure les « tuits » de médias ou personnalités. Et pour certains, Twitter constitue une source d’information plus fiable que les médias officiels : en effet, la majorité des partisans de l’opposition ne fait plus confiance aux médias nationaux qui selon eux manipulent l’information et pratiquent la censure, et passent par ce réseau pour obtenir ou diffuser « la vérité ». Par exemple, un groupe de journalistes de la chaîne Venevision ont créé un compte Twitter pour pouvoir exprimer ce que la chaîne ne les laisse pas dire.

Particulièrement depuis décembre dernier, la politique et Chávez ont été en tête des sujets de conversation de tous les Vénézuéliens, quel que soit leur bord, qui ont vécu ces trois derniers mois dans le doute, l’inquiétude voire l’indignation. La division entre chavistes et opposition s’est accentuée, et le pays a bruissé de 1001 rumeurs. On en parlait au travail, dans la rue, dans les magasins, dans les files d’attente, avec ses collègues, sa famille, son voisin de bus…

Hugo Chávez : chronique d’une mort annoncée ?

Depuis décembre, tout le monde attendait des nouvelles du Président. Et la manière de gérer cette absence par le gouvernement a accentué les doutes, particulièrement chez les partisans de l’opposition. Petit récapitulatif.

  • Tout commence lors de son départ à Cuba : inquiétude des chavistes, préoccupation sincère pour leur président ; de son côté, l’opposition doute qu’il soit en mesure d’assurer son mandat, pense quasiment que Chavez se savait déjà en rechute au moment des élections et qu’il a malgré tout continué.
  • Le 31 décembre, le vice-président annonce « des complications suite à une infection respiratoire » ; l’inquiétude monte, le Président est plus malade que ce qu’on pensait ; l’opposition et des sources étrangères pensent, voire annoncent directement, que Chávez vit ses derniers jours.
  • Puis il ne vient pas prêter serment le 10 janvier, avec l’accord du Tribunal Suprême de Justice : énorme indignation pour les opposants, qui crient au non-respect de la constitution ; les rumeurs affirmant que le Président est déjà mort se font plus nombreuses.
  • Durant toute cette période, le gouvernement distille l’information concernant le Président avec beaucoup de parcimonie. Le vice-président Maduro rassure, explique que Chávez suit un traitement, mais qu’il se remet petit à petit, et affirme qu’il s’entretient régulièrement avec lui pour prendre des décisions.
  • Puis soudain, le 15 février, des photos de Chávez sont publiées : alité mais apparemment en forme, souriant, entouré de ses filles ainées. Les chavistes se sentent rassurés, mais du côté de l’opposition, les réseaux sociaux se déchaînent immédiatement et crient au montage ; des parodies et des tuto Photoshop fleurissent de partout.

La Une de Tal Cual titrée « Aucun doute » parodie les photos officielles

  • Et les questions sont relancées: s’il est tellement en forme, qu’il vienne nous parler ! Et s’il est alité et en traitement depuis près de deux mois, pourquoi n’est-il pas plus maigre ? À ce moment-là, pour les opposants, il est certain que le gouvernement cache la vérité.
  • Le 23 février, Maduro dit avoir eu une réunion avec Chávez pendant 5h. Re-déchaînement sur Twitter : si le Président est suffisamment en forme pour s’entretenir 5h avec Maduro, pourquoi ne s’entretient-il pas directement avec nous ? On répond qu’il est intubé et donc qu’il ne peut pas parler…
  • Le 27 février, c’est l’ex-ambassadeur de Panama à l’OEA Guillermo Cochez qui affirme que Chávez est en état de « mort cérébrale depuis le 31 décembre, et qu’il a été débranché il y a 4 jours ». Le gouvernement dément, mais Chávez n’apparaît toujours pas…

En fait, ce qui a généré tout ce bruit, c’est sa mort médiatique avant sa mort réelle : Chávez était un président ultra médiatisé, qui aimait se mettre en scène et parler à son peuple directement, à travers tous types de médias, télé, radio, réseaux sociaux… et à partir de décembre 2012, il est passé à un silence total (à part 3 « tuits » le 18 février pour dire qu’il était revenu à Caracas). C’est avant tout ce silence qui a alimenté les suspicions et toutes sortes de rumeur.

Et tout ce temps, la tension était palpable, les chavistes se moquaient des théories du complot des opposants, et les accusaient de vouloir déstabiliser le peuple et de ne pas respecter le Président et sa famille ; du côté de l’opposition, on accusait Maduro de taire la mort de Chávez pour gagner en popularité avant de lancer les élections.

Et finalement, le 5 mars, après trois mois de tensions, d’inquiétude, de tristesse, la nouvelle tombe : le « commandante » Chávez est mort.

Et maintenant ?

En fin de compte, la mort de Chávez n’aura pas permis de clarifier la situation pour l’opposition : les doutes continuent de planer sur sa « vraie » mort, et les rumeurs circulent toujours.

 « Chavez est le seul patient en phase terminale d’un cancer qui se réunit pendant 5h pour discuter (son médecin traitant et sa famille l’y autorisent ???), qui se prend en photo en survêtement, qui lit en tenant son journal, qui envoie des tweets, qui signe des documents… Sans aucun doute je pense qu’il doit être embaumé… Tout ça vient d’un autre monde !! C’est incroyable… » / « Est-ce qu’ils mettront un Granma entre les mains du cadavre de Chavez ? » / « Vous vous souvenez qu’il y a pas si longtemps Maduro a montré des photos de Chavez dans son lit en train de lire Granma avec ses filles ? Quel mensonge !! »

Il est probable que les opposants ne trouveront jamais de réponse satisfaisante, de preuve irréfutable venant corroborer ces rumeurs.

Mais surtout, que va-t-il se passer maintenant ? Le grand Chávez, ce leader messianique, n’est plus. Il est indéniable que personne ne sera à la hauteur pour le remplacer. Des milliers de partisans suivent le mot d’ordre de la campagne « Yo soy Chávez » et souhaitent voter pour Maduro afin de faire perdurer la révolution bolivarienne, mais un certain nombre de chavistes avait voté pour une personne, pour leur « commandante ».

Le programme survivra-t-il à l’homme? (Début de) réponse le 14 avril pour les élections présidentielles !

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 2 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Hawley
    Hawley, Le 11 mars 2013 à 22h46

    C'est complet, c'est clair et ça ne prend pas parti : big up ! Je ne connaissais pas grand-chose de la situation, je me sens mieux informée ;)

Lire l'intégralité des 2 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)