Ces chansons d’amour… finalement très inquiétantes

As-tu déjà écouté attentivement les paroles de certaines chansons d'amour ? Parfois, elles sont un peu étranges... Et parfois elles font sérieusement flipper.

Ces chansons d’amour… finalement très inquiétantes

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Oyez oyez, demoiZelles et damoiZeaux ! Comme chaque année, la Saint Valentin approche et avec elle son lot d’angelots, de coeurs, de cadeaux, de baisers, bref : d’amour. À cette occasion, tu choisiras probablement une petite playlist musicale censée faire frétiller ton coeur et celui de l’être aimé au moins jusqu’à la fin des jours — ou tout simplement pour passer le temps, peu importe.

Mais certaines chansons qui suintent l’amour ont des paroles qui, si on les écoute à deux fois, ont plutôt de quoi inquiéter… En voici un petit tour non exhaustif, histoire que tu ne les écoutes plus jamais du même tympan.

Les best-sellers au rayon pot-de-colle

En amour, certaines personnes ont parfois du mal à lâcher la grappe de raisin Cupidon. Sous prétexte qu’elles aiment, les voici envahies d’une volonté de toujours tout faire avec leur moitié.

C’est, par exemple, le cas dans J’irai où tu iras, écrit en 1996 par Jean-Jacques Goldman pour Céline Dion, qui dit donc : « J’irai où tu iras, qu’importe la place et qu’importe l’endroit ».

Sur le principe, ça paraît cool : Céline et Jean-Jacques sont prêts à suivre leur aimé•e jusqu’au bout du globe, peu importe le prix du billet d’avion et le nombre de vaccins qu’il faudra subir pour ça, et tout le monde ne peut pas se targuer d’un tel sacrifice, comme l’expliquent si justement les Rois de la Suède. Cela dit, cela signifie aussi que peu importe où tu ailles, aux toilettes ou au Mexique, l’un des deux sera toujours là.

Toujours. Partout.

À la longue, cette fidélité risque de devenir légèrement envahissante pour ton espace vital.

http://youtu.be/wJ8ss6EnvuU

Aerosmith non plus ne lâche rien, surtout pas en 1998 sur la bande-originale du film Armageddon. Leur titre I don’t want to miss a thing apparaît d’ailleurs régulièrement dans les classements des chansons d’amour les plus creepy de tous les temps. Il suffit d’écouter :

« Je pourrais rester éveillé juste pour t’entendre respirer/Te regarder sourire pendant que tu dors/Pendant que tu es loin et que tu rêves […] Je ne veux pas fermer mes yeux, je ne veux pas m’endormir / Car tu me manques chéri•e et je ne veux rien manquer […] »

C’est bien beau, une personne prête à sacrifier son sommeil pendant que tu dors, mais ça a aussi de quoi perturber dangereusement le tien. Imagine : on te fixe. On te fixe. On te fixe. Essaye de fermer les yeux et de plonger sereinement dans ce rêve bleu, tiens.

Dans un genre tout aussi asphyxiant, The Police a fait très fort en 1983 avec Every breath you take, chanson écrite par Sting alors que son mariage battait de l’aile, et qui lui aurait donc servi de catharsis. Le chanteur explique guetter attentivement tout mouvement corporel de la part de son amour avec une précision qui confine à la dangereuse obsession :

« Chaque respiration que tu prends / Et chaque mouvement que tu fais / Chaque lien que tu brises / Chaque étape que tu franchis / Je te regarderai »

Les paroles rappellent dangereusement Big Brother dans 1984, sauf que cette fois-ci, la surveillance est concentrée sur la personne aimée, qui n’a donc plus le droit de respirer en paix, ce qui est quand même drôlement embêtant. Que quelqu’un suive tes moindres faits et gestes au quotidien t’offre tous les inconvénients de la télé-réalité, sans les avantages en piscine et palmiers qui vont avec.

Trop besoin de capter l’attention

Et quand les amoureux•ses éperdu•e•s ne suivent pas l’objet de leur amour à la trace, il arrive tout de même qu’ils se montrent très insistant•e•s, partant de la supposition selon laquelle plus ils•elles font du bruit, plus on les remarque.

Ainsi, en 1996, Khaled faisait la cour à une certaine Aïcha en l’implorant de bien vouloir lui accorder un peu d’attention, sur des mots une fois de plus signés Jean-Jacques Goldman :

« Oooh ! Aïcha, Aïcha, écoute-moi / Aïcha, Aïcha, t’en vas pas / Aïcha, Aïcha, regarde-moi / Aïcha, Aïcha, réponds-moi »

D’un côté, c’est bien triste pour le chanteur qui doit garder tout cet amour pour lui. De l’autre, si l’on transpose cette situation dans la réalité, il s’agit de ce fameux instant où quelqu’un t’aborde dans la rue et te poursuit de ses avances jusqu’à ce que tu lui répondes, alors que tu as cours de tricot et un bus qui s’enfuit sous tes yeux.  Peut-être qu’Aïcha n’a pas du tout envie d’engager la conversation, et c’est son droit de ne pas subir des assauts verbaux.

Dans le genre auditivement remarquable, voici aussi le duo nantais de Tragédie, dont les voix ont hanté les cours de collège en 2003, et hantent encore probablement les oreilles des personnes auxquelles ses membres s’adressaient dans Hey Oh. Juge plutôt :

« Est-ce que tu m’entends hey oh / Est-ce que tu me sens hey oh […] S’il te plaît réponds-moi hey oh / Un geste suffira hey oh »

Les gus ont visiblement un intense besoin d’attirer l’attention des filles, si j’en crois le clip, qui leur plaisent. Ces paroles m’évoquent déjà ce voisin de classe pénible qui t’envoyait des chiquenaudes pour avoir les réponses du contrôle. Mais ce n’est pas tout, car Tragédie ajoute :

« Ça fait longtemps, qu’en bas de ta fenêtre /J’appelle vainement mais personne ne répond / Fais juste un signe pour montrer que t’es là […] Déjà deux heures qu’en bas de chez toi / Je crie ton nom mais personne ne m’entend / Juste un signe suffira / Baisse la tête oh, Regarde qui est là »

Ces gars sont donc capables de passer deux heures devant une fenêtre à crier. Je salue la performance, même si ses effets secondaires doivent être difficiles à supporter pour le voisinage. Mais si l’on exclut le fait qu’il s’agit d’une chanson, nous sommes devant un cas de harcèlement assez inquiétant : qui voudrait d’un mec qui campe indéfiniment sous une fenêtre alors qu’on ne lui répond pas, et qui exige une réponse ? Que se passe-t-il si la fille décide de descendre de chez elle ? J’ai peur.

Quand ça va beaucoup trop loin

Tu pensais que tout allait s’arrêter à la fenêtre ? Et non. Grand Corps Malade faisait en 2006 une jolie métaphore qui expliquait que les histoires d’amour, c’est comme les voyages en train, et que parfois, certains galèrent sérieusement à monter dans le wagon.

Ces assoiffés d’amour sont ultra motivés, ce qui donne parfois lieu à des comportements extrêmes, tel que celui de Michel Delpech dans Pour un flirt en 1971 :

« Pour un flirt, avec toi, je ferai n’importe quoi / Je serai prêt à tout, pour un simple rendez-vous »

Le chanteur le répète un certain nombre de fois dans les paroles : tout ceci n’est que pour un flirt. Si l’on se fie à la définition du Larousse, il est donc prêt à absolument tout (manger du gratin de choux-fleurs, marcher sur les mains, bref, ajoute ce qui t’arrange à la liste) pour un terme démodé qui signifie « avoir des relations amoureuses plus ou moins platoniques et passagères avec quelqu’un ».

Vraiment ? Tout ça pour du platonique et passager ? Chacun fait ce qu’il veut de son emploi du temps, mais ça me paraît drôlement chronophage pour quand même pas grand-chose. Courage.

Autre aventurière de l’amour qui rame à fond, Adrienne Pauly chantait en 2006 dans J’veux un mec son exigence absolue de l’amour, quitte à négliger franchement l’objet de son affection :

« J’veux un mec / Viens le mec / Ton avis j’en ai rien à foutre / Tes amis j’en ai rien à foutre »

Je peux envisager qu’Adrienne Pauly soit désespérée, mais tout ceci me semble tout de même bien insistant et un peu agressif. Ne serait-il pas moins oppressant de commencer par dire « je voudrais » ? La chanteuse décrit un mépris total et affiché pour la personne aimée et son entourage, ce qui ne donne pas très envie !

Personne ne réclame d’être traîné dans la gadoue sous prétexte d’amour. Au contraire, comme l’expliquaient avec force verbiage les Spice Girls dans Wannabe, « si tu veux être mon amoureux•se, tu vas devoir t’entendre avec mes ami•e•s »

Les hommes n’ont donc pas le monopole de l’amour étouffant. La preuve en la personne de Shania Twain, avec son titre I’m gonna getcha good, sorti en 2002. Dans ce texte, la chanteuse explique l’air de rien qu’elle va bien finir par « pécho » l’homme qu’elle veut, avec autant de détermination que Liam Neeson lorsqu’il décide secourir sa fille dans Taken :

« Alors, n’essaye pas de courir chéri, l’amour peut être fun / Il n’y a pas besoin d’être seul quand tu trouves cette personne / Je vais t’attraper, je vais t’attraper pendant que je t’attrape dans un soupir / Je vais t’attraper si ça prend toute la nuit »

Soyons clair•e•s : le harcèlement, quel que soit ton genre, ça n’a jamais provoqué l’amour. Ce genre de logique a donc toutes les raisons du monde de faire un plat à la piscine, en plus d’être franchement dangereuse lorsqu’elle s’échappe le top 50.

Les psychopathes assumés

Il y a enfin, dans le monde fictif de la chanson française, ceux qui aiment au point de faire du mal à la personne qu’ils kiffent, et donc qui aiment mal. C’est ainsi que de légèrement flippant, on atteint le stade du carrément terrifiant. Alors oui, bien sûr, un meurtre, ça passe bien dans un roman, mais on n’est pas chez Roméo et Juliette, et dans la réalité, aimer, c’est ce qu’il y a de plus beau… surtout quand tout le monde s’en sort vivant. 

Ce qui n’empêche pas certains textes de revendiquer la violence au nom de l’amour. Ainsi est le Requiem pour un fou, single de 1976 dans lequel se déploie toute la folie vocale de Johnny Halliday. La chanson s’ouvre sur un Johnny qui menace de flinguer tous ceux qui rentreraient dans son périmètre, et tout cela parce qu’il est fou amoureux.

Je te laisse deviner comment ça se termine (mal). Indice : le premier cadavre n’est pas celui du personnage principal, puisqu’il faut qu’il termine le concert.

Peut-être ne soupçonnes-tu pas Anaïs, dont tout le monde a retenu qu’elle haïssait les couples qui se rappelaient lorsqu’elle était seule… mais ça, c’était en 2005. Il existe pourtant plus inquiétant : dans le même album, The Cheap Show, la chanteuse explique dans Je t’aime à en crever qu’elle est folle de quelqu’un, au point d’en avoir des comportements quelque peu agressifs :

« Oh oui je t’aime, je t’aime à en crever… tes pneus pour que tu restes là […] Mes rêves m’éloignent loin de ton corps, j’ai peur de perdre ton odeur / Et même si je te serre très fort, je ne peux m’empêcher d’avoir peur […] Je n’aime que toi, mais tu prends l’air méfiant… pourquoi tu dis que je te fais peur? »

Oh, je ne sais pas vraiment mais, peut-être parce que ce n’est pas très rassurant de savoir que quelqu’un est prêt à s’attaquer à ta voiture pour mettre sa langue dans ta bouche ? Et puis mince, ça coûte cher, les pneus.

Cela dit, concernant Anaïs, il s’agit d’un texte humoristique qui parodie les soupirant•e•s un peu extrêmes. Sois donc rassuré•e (mais planque ta caisse, au cas où). Après tout, ces mots chantés ne sont que des paroles fictives que leurs interprètes, pour la plupart, n’appliquent pas dans la réalité….

N’est-ce pas ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Artemistigri
    Artemistigri, Le 27 avril 2016 à 15h02

    Tragédie ajoute :

    « Ça fait longtemps, qu’en bas de ta fenêtre /J’appelle vainement mais personne ne répond / Fais juste un signe pour montrer que t’es là […] Déjà deux heures qu’en bas de chez toi / Je crie ton nom mais personne ne m’entend / Juste un signe suffira / Baisse la tête oh, Regarde qui est là »
    Ca me rappelle une chanson de Richard Anthony... (oui je suis vieille, comme Florence Foresti, c'est ça d'écouter les 45T de ses parents...:cretin:)
    On sent le mec monomaniaque...

    Chaque soir, plein d'espoir
    Il venait sous son balcon
    Déclamer et chanter
    La plus brûlante passion
    Mais jamais elle n'ouvrait
    Ses rideaux bien tirés
    Et sans trêve, comme en rêve
    Il lui répétait :

    Tu es plus belle et plus fraîche qu'un rayon de lune
    Plus sucrée, plus dorée que le matin qui revient
    Montre-toi juste un instant
    N'écoute pas tes parents
    Regarde sous ton balcon
    C'est l'amour qui t'attend

    Les années ont passé
    Sur cet amour insensé
    Et un soir, on put voir
    La fenêtre qui s'ouvrait
    Mais la belle trop cruelle
    N'entendit qu'un refrain
    Comme un rêve qui s'achève
    Et qui vient de loin

    (x2)
    Tu es plus belle et plus fraîche qu'un rayon de lune
    Plus sucrée, plus dorée que le matin qui revient
    Montre-toi juste un instant
    N'écoute pas tes parents
    Regarde sous ton balcon
    C'est l'amour qui t'attend

    Regarde sous ton balcon
    C'est l'amour qui t'attend

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