Vivre dans une chambre de bonne à Paris

Venue d'un pays lointain, de province ou du Poitou-Charentes, tu t'installes à Paris à la rentrée. Joie ! Mais avant de te réjouir tu devras passer par l'épreuve chambre de bonne...

Vivre dans une chambre de bonne à Paris

Avant-propos : il va de soi qu’il existe des chambres de bonne un peu partout en France, mais le phénomène étant particulièrement prégnant à Paris, on a décidé de vous parler de la chambre de bonne parisienne.

Si tu t’installes à Paris, et que tu es étudiante, ou pas riche, il est fort probable que dans ta recherche d’appartement, tu tombes sur un bien propre à la ville de Paris : les chambres de bonnes.

Un peu d’histoire

Les chambres de bonnes, typiques des immeubles haussmanniens mais pas seulement, naissent en 1830 en même temps qu’une nouvelle hiérarchie sociale citadine : les riches en bas, les domestiques, en haut. Cette hiérarchie, particulièrement bien imagée dans le film Les Femmes du 6ème Étage, changera lorsque les banlieues instaureront une organisation de l’espace centre/périphérie.

On critique dès le départ l’insalubrité des chambres de bonne : un seul toilette sur le palier, en moyenne 9 mètres carré, elles sont comparées aux cellules des prisons.

Mais de nos jours le prix du mètre carré parisien en a fait des biens très intéressants pour les investisseurs qui les rénovent, ou pas, et les propulsent sur le marché de la location parisienne.

À noter que la loi interdit de louer en résidence principale une surface habitable inférieure à 9 mètres carré et d’un volume inférieur à 20 mètres cube.

Vivre dans une chambre de bonne

Vivre dans une chambre de bonne réserve des plaisirs qu’on ne retrouve que très difficilement dans un loft de 150 mètres carré.

  • Les mauvais côtés 

Il y a ceux liés à l’étroitesse des lieux. À ce niveau je n’ai pas à me plaindre et je vous livre ma petite astuce : il existe parfois parmi les chambres de bonne une chambre plus grande, qui appartenait à la plus haut placée hiérarchiquement des domestiques. On bénéficie toujours des tarifs bas propres à ces appartements sous toit mais avec un plus d’espace.

Il reste que je peux prendre ma douche, aller aux toilettes et me faire cuire mon riz en même temps, ce qui, voyons le bon côté des choses, fait gagner un temps considérable.

L’exiguïté propre à ce type d’appartement a cependant une autre conséquence à laquelle on ne pense pas assez : dites adieu à votre intimité. Et bonjour à celle de tout vos voisins. Ayant une voisine capable de taper à la batte de baseball 5 vraies minutes montre en main contre le mur lorsque je fais tomber un paquet de pâtes, je peux vous dire que c’est un critère vraiment, vraiment déterminant.

Voisine, on ne se croise pas souvent (bon, vu comme tu tapes sur le mur on va bientôt finir par vivre ensemble) : sache que dans ma tête, c’est comme ça que je te vois. 

Et puis il y a surtout les contraintes liées à la vétusté des lieux. Je pense pouvoir dire qu’une bonne partie de mon appartement date, encore, de 1830. Il y a cette douche, antre de carrelage et de rouille, où mes amis n’osent pas vraiment se laver. Il a cette évacuation d’eau dont un liquide noir qui ronge le plastique s’échappe. Il y a cette cheminée mal condamnée où vit un sympathique couple de pigeons et dont s’échappent régulièrement de la pluie ou de la neige directement dans mon salon.

Si vous envisagez de louer une chambre de bonne, prenez donc tout particulièrement en compte ces paramètres qui vont devenir vos pires cauchemars sitôt l’émoi de l’installation parisienne terminé :

  • L’électricité. Rarement aux normes et parfois totalement whathefuckesque. Testez tout : les interrupteurs mais aussi les prises et vérifiez le tableau électrique avec un-e ami-e ou un parent-e compétent-e. Vérifiez les câbles qui traînent. J’ai ainsi pu découvrir deux mois après mon arrivée un câble électrique dénudé traînant dans la cuisine, simplement replié dans un coin. Un vrai danger domestique.
  • L’eau. Vérifiez l’eau froide, chaude, mais aussi les conduites, sous le lavabo, la douche et les toilettes, pour repérer d’éventuelles petites fuites. Au moment de faire l’état des lieux vous pourrez encore agir, après ce sera au bon vouloir de votre propriétaire…
  • Le chauffage. Quelles solutions ont été mises en place par le propriétaire ? Les hivers sont froids et les étés très chauds  en chambre de bonne et l’électricité peut représenter rapidement un budget considérable.
  • Les fenêtres. Est-ce qu’elles isolent bien ? Du bruit ? Des changements de températures ? Est ce que les jointures sont saines ?
  • Les courants d’air vont faire grimper votre facture d’électricité, vérifiez les portes, les cheminées et autres lieux susceptibles de donner sur l’extérieur ou même sur le couloir.
  • Concernant vos voisins, tentez de passer faire votre visite le plus tard possible le soir et pourquoi pas, allez à leur rencontre. Un jeudi à 14h c’est sûr que vous n’entendrez personne, mais le vendredi en début de soirée… Si je devais reprendre une chambre je taperais carrément sur les murs pour voir la réaction des voisins et éviter les fous. Oui, voisine hystérique qui a déjà menacé de frapper ma mère, c’est à toi que je pense…
  • Si ça vous parle, vérifiez… les branchements télés. Les câbles télés des chambres de bonnes sont souvent d’une esthétique pour le moins abstraite. Les prises téléphones pour la box internet méritent un petit regard elles aussi.

Il ne faut pas oublier que nos chambres de bonne n’étaient pas, à la base, faites pour ces aménagements modernes. Et donc savoir à quoi l’on s’engage avant de signer…

  • Les bons côtés 

Pourtant si chaque jour je grimpe mes 6 étages sans ascenseur avec le sourire, c’est bien parce que je l’aime, mon petit nid douillet ! On peut ainsi savourer, du haut de son perchoir, une vue superbe sur Paris. Parfois sur mon petit balcon, juste assez grand pour que j’y tienne debout, si je suis seule, je me bois un verre en contemplant la ville, l’air d’une lionne passant ses troupes en revue face au coucher du soleil sur les toits parisiens. Ensuite mes chevilles enflent tellement que le balcon menace de s’écrouler alors je dois rentrer…

La chambre de bonne est aussi une station d’observation idéale pour qui aime à épier son voisin, ce qui est mal, très mal, mais un peu rigolo quand même. En face de chez moi il y a donc cet autre immeuble Haussmanien, où je peux contempler ces appartements à plusieurs millions d’euros et où s’agitent des domestiques jour et nuit, oui, même pour débarrasser la table du soir.

Bon après on est pas obligé d’en arriver là… 

C’est aussi l’occasion de faire des rencontres. Oui, je pense à toi, voisin néo-zélandais d’en face avec qui je parlais il y a quelque jour en mimes et en affiches, ce petit échange muet fut charmant.

Enfin la chambre de bonne ce n’est pas qu’une chambre de bonne, c’est tout un couloir et la vie sociale qui va avec, l’entraide le dimanche soir quand on n’a plus de farine, et ce sens de la débrouille que nous partageons tous.

N’oublions pas cependant l’argument principal : le prix de la location. Installée dans une des artères les plus importantes de Paris, à moins de 10 minutes à pied des Champs Elysées, je paie un loyer dérisoire comparativement à mes proches qui ont fait le choix d’un appartement moderne ou doté d’un ascenseur et pourtant installée plus en périphérie. Et puis après tout, ne dois-je pas à ces 6 étages raides comme la mort cette élégante carrure de chèvre montagneuse qui me caractérise ?

Êtes-vous prêt-e à vivre dans une chambre de bonne ?

La vie en chambre de bonne n’est pas adaptée à tous les types de caractère. Vous pouvez vous enfermer dans la salle de bains de vos parents pendant trois jours pour voir un peu ce que ça fait de vivre dans une seule pièce mais ce n’est pas vraiment l’idéal, votre chambre de bonne sera en effet sans doute beaucoup moins propre.

Pour vivre en chambre de bonne, il faut principalement être doué-e en Tetris, afin de savoir organiser ses affaires tout en prenant un minimum de place, le désordre ne pardonnant pas dans de si petits espaces.

Il faut aussi être célibataire et/ou exhibitionniste de façon à ce que l’étalage de votre vie sexuelle au plus grand nombre ne vous pose pas de problème.

Un solide sens de la négociation, voire un bac +3 en droit, est requis pour gérer les aléas matériels qui surviendront nécessairement. En étant totalement dépourvue, je bataille depuis trois ans pour le remplacement d’une douche insalubre qui a fait s’effondrer le plafond de mes voisins d’en-dessous…

Enfin, il faut être sportive afin de trouver la motivation pour descendre ses paquets de linges sales 6 étages plus bas à la laverie régulièrement. Au risque de vous retrouver depuis trop longtemps à piocher vos chaussettes dans le tas de linge sale… Haum…

Si tu n’as pas le choix pour des raisons financières ou parce que l’appart est un bon plan logement du frère de ton cousin, tu peux toujours t’adapter grâce à de petites astuces de survie en espace réduit :

  • Les mini-fours avec plaques de cuisson directement positionnés sur le dessus du-dit four existent. Ce sont vos amis.
  • Faites le choix d’une chambre de bonne petite, certes, mais haute de plafond, afin de faire jouer les rangements en hauteur.
  • Jouez sur la luminosité, à la fois celle de l’extérieur en privilégiant les chambres de bonnes lumineuses, et celle de l’intérieur de votre appartement en restant sur des tonalités claires.
  • Investissez dans des bougies pour diminuer les odeurs de cuisine qui envahiront inévitablement votre appart’.

Petites astuces déco : jouez sur les miroirs pour agrandir l’espace et le masking tape transforme vos vieilles cartes de tourisme en joli poster qui font voyager  ! 

  • Privilégiez le minimalisme pour votre déco, votre ameublement mais aussi vos bibelots qui envahissent l’espace et prennent la poussière. Pensez « catalogue Ikéa » mais aussi « maison japonaise ».
  • C’est une hypocrite astuce de gamin mais dans une chambre de bonne il vaut mieux du bordel rangé dans des boîtes que s’étalant au sol. Allez-y, on fera mine qu’on ne sait pas le dawa qu’il y a dedans.
  • Un dessous de lit est un espace de rangement, de même que le dessus de votre frigo. En fait chaque interstice de votre appart, avec un peu d’astuce, peut se transformer en espace de rangement.

Les idées ne manquent donc pas pour optimiser votre espace ! La chambre de bonne est un univers étrange où les normes d’hygiène ou d’électricité ne sont pas vraiment importantes. Focalisez-vous donc sur cette impression de petit nid douillet perché sur les toits parisiens et profitez de la vue sur l’immensité de la ville !

Pour aller plus loin :

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Marinskaia
    Marinskaia, Le 29 juillet 2014 à 19h45

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    @Bibifocus

    Je trouve ça super triste à lire, et vraiment dommage. Il y a toujours des solutions si on ne veut pas vivre dans 9m2 avec toilettes colonisées : la coloc, les cités u (surtout si tes parents sont vraiment "très pauvres"), les logements contre babysitting (bon ok, souvent des chambres de bonne), le logement solidaire...
    Toi, tu n'as jamais connu ni la coloc,ni les cités u, ni les logements contre service :shifty:
    Ahaha :d
    Si j'ai connu la coloc, ça s'est d'ailleurs très mal passé, je préfère encore faire pipi dans ma douche (oui). Mais je connais (on connaît toutes) beaucoup de gens pour qui ça s'est passé / se passe bien.
    J'ai aussi connu les logements contre service, et euh. En termes de logement, c'est pratique, quoi. Mais c'était effectivement une chambre de bonne et le job ne me plaisait pas. (Pendant quelques mois, j'ai eu un super plan : une chambre dans un duplex avec terrasse dans le 15e en coloc pour 400€ si on arrosait les plantes.)
    J'ai pas testé de cité u, parce que je suis une grosse asociale et je veux pas vivre avec d'autres étudiants, mais pour ma sœur (qui est pareil), ça se passe plutôt bien.


    Au fait, je voulais préciser qu'il y avait pas de "jugement" dans le fait de trouver ça triste. C'est juste que je viens aussi de la France d'en bas, et je sais que ça peut tirer en arrière, parfois. D'ailleurs, mes parents ne m'ont jamais rien payé du tout. Absolument rien. Même pas les 15€ d'inscription à la fac (merci la bourse).
    Il faut pas se laisser faire, il y a toujours des solutions. C'est toute une vie contre quelques années à faire pipi dans sa douche, quoi.
    (D'autant que si la France gère pas très bien sa reproduction des inégalités sociales (aucun gouvernement n'a assez lu Bourdieu apparemment), il y a quand même BEAUCOUP de moyens d'avoir de l'aide (ce qui rend le début de ma phrase une constatation qui m'étonne toujours après 10 ans d'études). Et par exemple de payer 100€ de loyer avec les APL. Par exemple.)
    Par contre il me semble que les logements CROUS (en tout cas les studios) sur Paris sont réservés aux L3/Masters.
    Mais ce n'est peut-être pas le cas pour les académies proches (Versailles/Créteil), et les chambres étudiantes (plus petites/partage des communs).

    Franchement si vous êtes boursière, autant se dire qu'il n'y a que 2 ans à tenir dans la galère, et après les studios CROUS sont très bien (en tout cas là où j'étais, une vingtaine de m² dans le 15e, tout équipé, Internet inclus, ~200€ une fois les APL prélevées, c'est imbattable) et bien plus salubres que certaines chambres de bonnes flippantes de Paris.
    Et en attendant, peut-être miser sur de la colloc, ou s'éloigner en banlieue (le 91 si vous aimez la campagne par exemple :lol:).
    Je pense que c'est plus compliqué que ça (voire un peu mafieux^^) pour le CROUS à Paris. Quand j'étais à Marseille, je n'ai jamais eu de problème, chaque année j'ai eu une studette (chambre avec petite cabine de douche+toilettes juste pour moi) en cité u à Luminy (big up à ceux qui connaissent). Mais en arrivant à Paris je remplissais les trois grandes conditions "arrivant de Province + niveau Master + boursière" et pourtant j'ai été sur liste d'attente ad vitam eternam. Pourtant, de source sûre il y a des parisiens (!!!!) qui arrivent à avoir une chambre du Crous.

    Du coup je me suis rabattue sur un studio en banlieue (Vincennes, c'est pas non plus le bout du monde) parce que j'appréhendais pas mal la coloc, surtout avec quelqu'un que je ne connaissais pas forcément et puis ne connaissant pas bien les quartiers de Paris, je craignais de mal tomber en me laissant tenter par un studio vraiment pas cher pour la ville.

    Enfin tout ça pour dire que le Crous, il vaut mieux pas ctout miser dessus, sur Paris du moins. Mais la chambre de bonne ou le studio dans un quartier craignos ne sont pas les seules alternatives.

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