Celui qui… a tout reconstruit

Cette madmoiZelle a eu une relation ambigüe avec un garçon pendant plus d'un an... Mais si elle était amoureuse, ce n'était pas réciproque, et tout s'est arrêté brusquement.

Celui qui… a tout reconstruit

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Trigger Warning : cet article évoque un viol et peut donc perturber certain•e•s d’entre vous.

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu de nombreux amis masculins. Je m’entends bien avec les garçons, c’est comme ça. Parfois je suis tombée amoureuse de l’un d’entre eux, parfois non. Et puis parfois je n’ai pas trop su.

Une évidence

Quand j’ai rencontré A., j’étais relativement bien dans ma peau. Je venais juste d’arriver à la fac, dans un milieu nouveau, prête à affronter une nouvelle vie. La solidarité étant importante dans la filière ou j’étais, on est rapidement entrés en contact, bien qu’il fut à ce moment-là en Erasmus à l’étranger. Un clic d’acceptation sur Skype, et voilà : la machine était lancée.

En quelques heures à peine, je lui ai tout raconté.

Je crois me souvenir qu’il m’a appelée tout de suite, et que nous avons passé quasiment toute la nuit à nous parler. Je venais de trouver un véritable miroir. Nous étions fascinés de nous ressembler autant, de fonctionner à ce point de la même façon malgré notre complexité. Il a tout de suite deviné qu’il s’était passé quelque chose de grave dans ma vie, quelque chose qui m’empêchait de m’épanouir autant que je l’aurais pu. En quelques heures à peine, alors que je n’en avais jamais, jamais parlé à qui que ce soit, j’ai tout raconté. Le verre, l’engourdissement, lui sur moi, mes forces qui m’abandonnaient, le lendemain, la honte, le dégoût, le silence.

Je ne lui ai pas non plus épargné les années qui ont suivi, les larmes, la boule au ventre, l’impossibilité totale de jouir de mon corps. Et il a dit le mot. Il a dit ce que je n’ai jamais formulé, que je ne pouvais même pas imaginer. Non, un viol ça n’est pas qu’une histoire d’inconnu qui te saute dessus dans une ruelle sombre. Un viol ça peut être aussi une histoire d’amour dont on profite, d’une jeunesse trop naïve que l’on abuse et d’un cachet qu’on met dans un verre alors que l’on se croit en parfaite sécurité.

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J’ai mis cinq ans à comprendre tout cela toute seule, et lui avait tout compris en cinq minutes. Vous pensez bien que j’ai su à ce moment-là que je tomberais bientôt très amoureuse de lui, et que j’allais avoir très mal. Parce que mon miroir n’était pas non plus sans rayures.

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Un équilibre ambigu

Nous nous sommes vus, beaucoup. Pendant plus d’un an nous avons tout partagé : moments de doute, déprimes, films, vacances. Nous dormions dans le même lit, mais pour autant nous ne nous sommes jamais touchés, jamais embrassés, même si je crois que nous en mourions d’envie. Encore aujourd’hui j’ai du mal à mettre un mot sur ce qui nous liait : amour platonique, amitié fusionnelle ? Nous étions dans une bulle dans laquelle personne d’autre n’avait le droit de rentrer.

Nous nous voyions toujours seul à seule, la nuit ou pendant les vacances, et nous nous avions très peu de contacts la journée. Notre entourage se posait des questions sur notre relation, mais cela nous importait peu. A. était, il me semble, amoureux de quelqu’un qui lui semblait inaccessible, mais ça n’a jamais été un tabou entre nous : je l’ai toujours encouragé à aller vers elle, tout en sachant que cela signifiait disparaître de sa vie si cela fonctionnait. Je voulais tellement qu’il soit heureux, il le méritait — c’était mon miroir après tout.

love rosie bed

Pour être honnête, tout le monde me prenait pour une folle. Combien de fois j’ai entendu mes amis me dire : « Mais enfin, tu es amoureuse de lui, pourquoi tu le pousses dans les bras d’une autre alors que vous êtes faits pour être ensemble ? ». Ils ne pouvaient pas comprendre.

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Je savais que tout ça ne pouvait pas durer, bien sûr. Mais je n’imaginais pas que cela finirait comme ça. Au fil du temps, je m’y suis faite, j’ai fini par accepter le fait que, oui d’accord j’ai compris que bon, j’étais amoureuse de lui. Mais je n’ai rien dit, je ne voulais pas ébranler l’équilibre qu’il y avait entre nous et dans lequel je m’épanouissais tant. Et puis c’est arrivé. Pas comme je l’imaginais. Il m’a dit :

« Je crois que j’ai rencontré quelqu’un qui me plaît. »

Le monde s’est écroulé autour de moi, et mon cerveau hurlait « Je te l’avais dit ! » mais j’ai encaissé sagement. Et puis plus rien. Il a simplement disparu de ma vie.

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Quand tout s’arrête

Je le croisais encore tous les jours, mais j’avais compris qu’il ne fallait plus que j’existe. Pendant presque un an, je m’arrêtais de respirer quand j’entendais ne serait-ce que son prénom, ou que j’apercevais sa silhouette. Je lui ai écrit une lettre, qui ressemblait presque à un hommage funéraire tellement elle était sinistre et évoquait le point de conclusion de notre relation.

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Et puis j’ai commencé à recevoir des lettres anonymes avec des citations qui évoquaient la difficile frontière entre amour et amitié. Nous aimions tous les deux écrire, et je n’avais pas trop de doutes sur l’auteur de ces lettres. J’ai mis presque deux ans à comprendre que l’autre lui avait sans doute dit « C’est elle ou moi » étant donné l’ambiguïté de notre relation. Et il l’avait choisie, bien sûr.

Il m’a aidée à savoir qui j’étais

Je voulais intituler ce texte « Celui qui a tout reconstruit… et tout détruit », mais ça ne serait pas juste pour lui. Il ne m’a pas brisé le cœur, il a juste repris sa vie en main. Il m’a beaucoup apporté, il m’a aidée à savoir qui j’étais et ce que je voulais, et à sortir de ma coquille. Je lui en veux d’avoir disparu sans rien dire, mais en même temps il m’y avait préparée.

Aujourd’hui je suis loin d’être aussi en colère qu’au début, et je le regarde évoluer de loin, à travers les réseaux sociaux, tout en me disant qu’il serait peut-être devenu une toute autre personne avec moi. Il aurait peut-être été moins ambitieux, moins acharné… Je n’arrive pourtant pas à savoir si j’ai pu avoir sur lui une influence aussi forte que celle qu’il a eu sur moi, ou même si notre bulle aurait encore pu tenir longtemps sans exploser.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Alexandrathéna
    Alexandrathéna, Le 21 novembre 2015 à 14h42

    Coucou, cet article m'a beaucoup parlé, parce qu'il m'a un peu fait penser à ce que j'ai vécu ces dernières semaines. Je l'ai lu et j'ai lu aussi les commentaires ci-dessus que j'ai trouvés intéressants à lire :)
    Je pense aussi, comme une madz l'a dit plus haut, que l'auteur (comme elle était sûre de ses sentiments amoureux) aurait pu tenter quelque chose, mais je comprends aussi son choix, j'aurais peut-être fait le même avec le dernier garçon dont je suis tombée amoureuse.

    Pour ma part, l'intervalle de temps est très court, ça a commencé cette année en septembre.
    J'ai rencontré un "ami", je ne connaissais pas grand monde dans notre promo à la fac, on est devenus "amis" très vite et on se comportait comme tels. Il a une copine qui est partie à l'étranger en Erasmus. Au début j'ai eu peur de tomber amoureuse de lui, mais plus les jours passaient plus je me disais que non, c'était bel et bien de l'amitié que j'avais pour lui et cette amitié a pris beaucoup d'importance pour moi. On s'est raconté nos vies, pendant 3 semaines on se voyait presque tous les jours (surtout le soir on alternait chez lui/chez moi) , on s'est rendu compte de nos défauts respectifs, je me suis beaucoup attachée à lui. Je trouvais étrange de lier aussi rapidement une amitié avec quelqu'un, je suis longue pour me faire de nouveaux amis et accorder ma confiance. C'est lui qui me proposait souvent pour qu'on se voit, c'est lui qui s'attendait à ce qu'on se comporte aussi vite comme des amis (c'est lui qui faisait souvent des remarques sur ça) , alors je me suis prise au jeu, j'ai voulu y croire (au même moment une de mes plus anciennes amies proches s'est brusquement éloignée de moi, ça m'a beaucoup déprimée, j'ai remis tout en question et je me suis encore plus accrochée à lui en me disant "Heureusement qu'il est là" ),
    Je savais que notre amitié ne durerait pas (il a une copine), de mon côté il n'y avait pas d'ambiguïté et je crois que ça me rassurait de le savoir, parce que je pouvais mieux définir ce qu'on était et je pouvais me dire qu'on avait plus de chance d'être en contact longtemps, pour moi il était l'équivalent du meilleur ami, mais on ne devient pas meilleurs amis en moins d'un mois, parce que j'avais beau savoir pleins de choses sur lui je ne savais pas tout.
    Après environ 1 mois, de concessions et de choix que j'ai faits par amitié sans qu'il le sache forcément (que ce soit par amitié ou amour quand j'aime beaucoup je suis capable de beaucoup...), il a changé de comportement.
    Il m'envoyait des sms différents où il écrivait d'une manière un peu différente, il ne sortait presque plus de chez lui (j'ai appris après qu'il était en fait très casanier et solitaire), quand il recevait des invitations pour manger avec ses potes il n'y allait pas, il voulait moins me voir, par sms c'était à celui qui arrivait à mieux clasher humoristiquement l'autre ça devenait à la longue fatiguant, on frôlait les disputes et on se faisait parfois des remarques blessantes (trop faciles, on connaissait bien les défauts de l'autre), quand il commençait à faire ça je voulait lui rendre coup pour coup, mais après j'ai toujours regretté ce que j'ai dit et je me sentais mal. Il m'énervait, parce que ce qu'il disait ou faisait ne concordait pas avec ce que j'attendais de lui. Il ne faisait aucun effort pour que tout redevienne comme avant. Et puis il y a cette question d'ambiguïté qui a refait surface, j'ai trouvé qu'au final cette amitié l'était un peu, surtout depuis qu'il a changé de comportement. Il a fallu que j'accepte tous ces niveaux traits de caractère chez lui, que je m'adapte. Maintenant je suis plus sereine, je me repose beaucoup moins sur lui et je continue d'avancer.

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