Celui qui… n’était pas prêt

Une histoire d'amour, c'est d'abord de la réciprocité et du consentement. Mais aussi, parfois, une question de timing... et dans ces cas-là, il vaut mieux bien se connaître soi-même.

Celui qui… n’était pas prêt

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En juin, j’ai eu un crush pour un garçon. Ce genre de crush à la con où t’es pas VRAIMENT amoureuse, mais en même temps tu souris un peu bêtement quand tu tombes sur une selfie de qualité, t’y penses avant de t’endormir et au réveil, tu joues avec l’idée sans trop te l’avouer, bref : un bon vieux béguin des familles. J’ai toujours trouvé ça plutôt agréable, et puis ça ne m’était pas arrivé depuis trois ans, ça me faisait plaisir de retrouver les papillons dans le bide et les joues qui rougissent.

En même temps, il est féministe, il a des fossettes, des tatouages et des chats cons, j’étais censée résister comment, moi ?

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Mon crush : vue d’artiste. Du coup on va l’appeler Sam pour conserver son anonymat.

De l’art de partir perdante

Au début, je voulais pas tenter le coup. La situation avait 9 chances sur 10 de capoter tellement le timing était pourri : quand j’ai rencontré Sam, en début d’année, il était en couple — du genre monogame, solide et longue durée. Loin de moi toute idée de chafouinage donc. Mais PILE au moment où j’ai bouclé mes valises pour quitter la ville où on habitait tous les deux, son couple est tombé à l’eau. Je vous jure : j’ai reçu un SMS « c’est fini avec ma copine » au moment où la voiture de mes parents m’emmenait loin de mon ancien appartement enfin vidé, prêt pour l’état des lieux de sortie. Bravo le veau.

Donc déjà : la distance. Facteur de foirage numéro 1.

Je me suis barrée à 700 kilomètres de là et j’ai eu la bonne idée de développer ce crush pour Sam. Qui était, certes, célibataire… mais aussi et surtout à peine sorti d’une relation de plusieurs années, fusionnelle, importante. Pas vraiment l’état d’esprit idéal pour se mettre en couple (même si je suis dans la team relation libre).

Le timing. Facteur de foirage numéro 2.

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Enfin et surtout, j’avais un crush pour Sam… mais il ne semblait pas être réciproque. Il ne me repoussait pas, mais ne venait pas me chercher non plus. C’est très vite devenu clair : si je voulais qu’on arrive à quelque chose, il fallait que je prenne les devants, que je me sorte les doigts, que j’exprime ce que je ressentais, et plein d’autres trucs que je ne suis pas du tout habituée à faire.

J’ai failli renoncer. Failli.

Où est Hitch quand on a besoin de lui ?

Comme je brise menu les gonades de mon entourage dès que j’ai un crush, vu que j’en parle environ 27h/24, une amie a fini par me dire :

« Écoute, t’as quoi à perdre ? Tu le connais depuis genre trois mois. Drague-le, vas-y, au pire du pire il te dira non, mais vous resterez probablement potes, et quand bien même il voudrait pas rester ton pote, bah tu t’en fous, c’est pas comme si c’était ton meilleur ami depuis que t’as enlevé les petites roues du vélo. »

Ok. Ok ok ok ! Ouais ! Ouais, on est en 2015, je vais pas attendre au bar en faisant des regards par en-dessous, je vais aller DRAGUER un mec que j’aime bien, eh ouais ma gueule, je prends en main mon destin, j’ai bien écouté Shia Labeouf, je suis chaude !

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Words of wisdom.

Attendez. Je… comment on drague un mec, au fait ? Aucune idée. Mon amie m’a dit d’y aller franco, mais encore faut-il avoir la moindre notion de quoi faire. J’ai donc développé une technique extrêmement habile (non) que j’appellerai : « balance des compliments comme si t’étais William Carnimolla et propose-lui une soirée pyjama mais en vrai tu veux pas du tout finir en pyjama clin d’œil clin d’œil ».

Je déconne pas, j’ai très exactement eu cet échange :

— Salut Sam tu te souviens quand tu m’as dit que t’es pas habitué à la drague ?
— Ouais et ?
— Là je te drague en fait je sais pas si tu sais ?
— Oui je m’en doutais !
— Ok cool on fait quoi ?
— Je sais pas trop, c’est plutôt agréable mais je suis pas sûr de savoir où j’en suis dans ma vie là.
— Chouette, je repasse dans ta ville la semaine prochaine, on se fait une soirée pyjama genre j’te jure j’amène un pyjama pour de vrai c’est pas un piège ?
— Ça roule.

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J’ai amené mon short Snoopy et mon t-shirt Bugs Bunny. Vous savez pourquoi ? Parce que le consentement c’est important et que je vais pas me foutre à poil chez un mec s’il s’avère qu’il en a pas super envie. Il se trouve qu’il en a eu envie, qu’il est fort en bisous dans le cou et qu’on a pas beaucoup dormi. Et qu’il passait de son côté à Paris peu après, ce qui nous a permis d’avoir un chouette week-end bonus à la capitale.

On était pas trop mal partis. Mais bien sûr qu’il y a un « mais ».

Déséquilibre mon amour

C’est devenu très clair très vite : j’étais vachement plus à fond sur Sam que lui ne l’était sur moi. Je prenais toujours l’initiative de lui écrire, de m’ouvrir à lui, d’alimenter notre relation. De son côté, non seulement il ne faisait « que » suivre, mais en plus il suivait… en traînant un peu des pieds.

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Conseil d’amie : ne soyez jamais la Lavande Brown de votre relation. C’est chiant.

Première petite victoire : j’ai identifié ça super vite, et surtout, je lui en ai parlé. Moi, avec tout mon passif de couples pourris desquels je n’arrivais pas à me sortir faute de savoir communiquer ! J’ai mis sur la table, volontairement, un sujet délicat, qui nécessitait que je sorte un peu mes tripes ! J’ai grandi, dites.

Évidemment, ça a donné un truc du genre « alors voilà en fait bon euh je t’aime bien genre beaucoup genre plus que prévu et je pense plus que toi tu m’aimes donc euh c’est pas super facile à gérer parce que bon, ben, voilà, je t’aime bien quoi, mais je vois que toi moins même si un peu malgré tout, et alors, haha, où j’en étais, je sais pas ce qu’on fait par rapport à ça mais je pense qu’on devrait en parler parce que voilà, bon, je sais pas ce que t’en penses toi, j’aimerais bien qu’on essaie genre vraiment un peu par exemple qu’on se prévoie des week-ends par-ci par-là ou des trucs comme ça mais je sais pas si toi t’as envie après voilà si t’as pas envie c’est pas grave ». On apprend pas à marcher en un jour.

« Je sais pas où j’en suis, je sais juste que j’aime bien passer du temps avec toi »

Verdict de Sam : « je me doutais qu’on allait en parler » (mais pour que ce soit lui qui aborde le sujet, laisse tomber je peux toujours me brosser) (pardon je m’égare), « mais je peux rien te promettre, je sais pas où j’en suis je sais juste que j’aime bien passer du temps avec toi ». Allons bon. Que demander de plus à la vie, finalement ?

Ok Sam. On tente le coup.

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« Je t’aime, moi… » bah pas moi, en fait

On en était là. Cet article est si long pour si peu de choses concrètes à raconter, dites donc ! On en était à avoir passé une nuit et un week-end ensemble, fort agréables au demeurant. On s’écrivait un peu tous les jours, c’était les vacances, quand l’un revient l’autre se tire : difficile de se voir.

Et puis c’était début septembre, deux mois quasiment tout pile après la dernière fois où on s’était vus, et rien. Aucun plan. Aucune invitation. Aucune proposition. J’en ai eu marre d’attendre : j’avais pris les devants au début de l’été, je pouvais le refaire !

— Hey Sam j’en ai marre de pas te voir, ça te dit que je vienne passer le week-end du 12 chez toi ?
— Alors bon tu peux mais je suis libre environ 3h24 sur tout le week-end désolé.
— Bah du coup non je vais pas venir.

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J’avais le seum. Le seum intergalactique. J’étais triste de voir qu’il n’avait pas envie de me voir, triste de savoir que j’aurais dû m’en douter, triste qu’il ne prenne pas l’initiative de me dire « en fait je vais jamais t’aimer comme tu m’aimes », triste de me rendre compte que j’étais pas assez forte pour arrêter d’être amoureuse juste en le décidant. Triste que ça doive se finir comme ça et que ce soit à moi de m’y coller.

J’ai passé une semaine à me morfondre. Et puis je m’y suis collée.

Goodbye my lover goodbye my friend

Oui j’écoute du James Blunt, j’ai le droit non ? C’est approuvé par la Convention de Genève du seum.

Je suiiiiis si creux bébé je suiiiiiis si creux

À la base, je voulais attendre de voir Sam (on a prévu un truc incompressible en octobre), histoire de voler encore quelques heures de bonheur à l’inéluctable. Mais c’était trop loin. J’ai hésité à l’appeler, mais je suis nulle au téléphone, je bafouille, je perds mes mots, je pleure trop facilement, et puis on ne s’est quasiment jamais appelés, ça aurait été bizarre. Alors j’ai fait ce que je sais faire de mieux : je lui ai écrit.

Je lui ai écrit un long mail avec mes angoisses, mes doutes et ma peine dedans, ma tristesse de me rendre compte que ça ne marchait pas, mon besoin d’avoir une réponse claire pour arrêter d’espérer en vain. Je vais pas vous mentir, Sam a louvoyé un peu (j’ai bizarrement jamais de crush sur des garçons courageux), mais il a fini par me répondre, par dire que si j’allais aussi mal, il fallait qu’on arrête, parce qu’il ne pouvait pas forcer les choses. Ne voulait pas, surtout.

Il ne pouvait pas forcer les choses. Ne voulait pas, surtout.

C’était fini. J’ai fait une bien belle crise de larmes de cinq heures. J’ai fait le deuil de tous les trucs que j’avais imaginés, de tous les moments que je m’étais représentés, de toutes les idées que j’avais eues et qui auraient pu être tellement cool. J’ai viré Sam de tous mes réseaux pour ne pas me prendre une paire de fossettes sur le coin de la gueule sans y être préparée.

C’était fini alors que ça n’avait jamais vraiment commencé.

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Mieux vaut une plaie nette qu’une infection longue durée

C’était il y a dix jours. Je vais pas encore extrêmement bien. J’ai toujours du mal à m’endormir, je renifle discrétos quand personne ne me regarde, j’ai aucune idée de comment ça va se passer quand je vais revoir Sam en octobre, mais globalement, ça va de mieux en mieux. Ça cicatrise. Je suis bien entourée. Bien occupée, aussi.

Et vous savez quoi ? Je suis fière de moi.

Après des années passées à étouffer ce que je ressentais, après des mois à pleurer dans mon oreiller parce que je me faisais mener en bateau par des mecs incapables de savoir ce qu’ils voulaient, j’ai réussi à grandir. Il ne m’aura fallu qu’une petite semaine de déprime pour me remuer et aller directement exiger la seule chose capable d’améliorer ma situation : une certitude.

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C’était pas facile d’échanger une situation connue contre le risque (qui s’est d’ailleurs confirmé) de me prendre un vent monumental. Ça fait pas plaisir de s’entendre dire « on arrête » alors qu’on espère plutôt « on va trouver une solution pour que ça marche ». Mais ça fait du bien de me rendre compte que je peux désormais être en charge de ma vie, plutôt que de trottiner désespérément derrière un mec en attendant qu’il prenne une décision.

À lire aussi : Comment j’ai compris que je valais quelque chose

J’entasse les mouchoirs froissés et les longs soupirs, je passe mes journées emmitouflée dans un hoodie et j’oublie un peu trop souvent de manger, mais je suis fière. Parce que j’ai choisi ça, j’ai choisi ce risque, parce que je suis assez costaud pour survivre à ça, pour arriver, déjà, à en rire. Je suis plus faible que ce que j’imaginais, d’où la crise de larmes de cinq heures, mais c’est pas grave de pleurer. Ce qui aurait été grave c’est de ne rien dire, de ne rien faire, comme si ce que je ressentais n’avait aucune espèce d’importance.

Prenez en main le gouvernail de votre vie

Si vous vous reconnaissez là-dedans, j’espère que vous trouverez la force de prendre le gouvernail. Parce qu’en vrai, cette personne qui vous fait languir (que ce soit dans un contexte romantique ou non), qui met votre vie en stand-by, elle ne contrôle pas votre vie : elle contrôle la sienne, et c’est déjà beaucoup. Il n’y a que vous qui puissiez tenir la barre, le bon cap, celui qui vous mènera vers une existence épanouie.

On dit qu’il vaut mieux être seul•e que mal accompagnée, mais vous êtes toujours en bonne compagnie : la vôtre. Le reste, c’est du bonus. Vous êtes votre propre personne, seul•e maître•sse à bord, capitaine jusqu’au bout du voyage, alors ne vous laissez pas porter par les courants au hasard. Souquez les artémuses, et si une tornade Sam passe sur votre chemin, ne vous inquiétez pas : elle fera des nœuds dans les cordages et deux-trois trous dans les voiles, mais quelques réparations plus tard, vous serez toujours à flot !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Neillagg
    Neillagg, Le 8 septembre 2016 à 15h08

    Merci pour cet article ! Il m'est arrive la même chose très récemment, et j'ai eu le cran de poser la question fatidique, et je suis fière de moi pour ca ! Bien entendu, ca ne fait jamais plaisir de s'entendre dire "J'adore passer du temps avec toi, mais je sors d'une longue relation, je n’ai pas envie de ca tout de suite", mais quand même, j'ai réussit à passer outre la douleur et l'ignorance qu'il me montrait pour le mettre devant ses responsabilités, si ca ce n’est pas prendre sa vie en main ! :attaque:

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