Celui qui m’a appris que l’infidélité pouvait être un électrochoc

Les Celui qui sont de retour, avec celui qui a appris le principe d'« infidélité utile » à une madmoiZelle !

Celui qui m’a appris que l’infidélité pouvait être un électrochoc

Si tu es lectrice de madmoiZelle depuis très, très longtemps, tu te souviens probablement des Celui qui, des articles dans lesquels des filles venaient raconter quelques-unes de leur histoire d’amour. Après quelques années d’absence, la rubrique est de retour ! Et n’hésite pas à envoyer les tiens, de Celui qui/Celle qui !

Il y a quelques années, j’ai rencontré l’homme de ma vie, comme le veut le gimmick des Celui qui (et comme je suis quelqu’un de classe, je propose qu’on surnomme cet homme Painiss). Il me regardait, je le regardais, et quand on a fini par se faire la bise, je l’avoue, mes genoux ont flanché.

Je ne pensais pas vivre ce genre de coup sentimental derrière la tête et l’idée me faisait une drôle d’impression dans le ventre. Des histoires, j’en ai vécu, plein (enfin, plusieurs, quoi). J’avais souvent eu l’impression de tomber amoureuse en un regard mais je confondais généralement amour et simple attirance sexuelle. C’est du moins ce que j’ai compris ce soir-là, quand mon regard a croisé celui d’un inconnu et que j’étais à deux doigts de me péter les canines sur les pavés en approchant ma joue de la sienne. Ça foutait de l’angoisse dans mes amygdales mais clairement, rien ne semblait pouvoir se mettre en travers du chemin de ce qu’on s’apprêtait à vivre.

Rien… sauf peut-être le fait que j’étais en couple. J’étais en couple de manière exclusive et monogame avec un homme qu’on appellera Poutrelle. Si j’avais vécu une relation libre, ça n’aurait pas posé le moindre souci, mais le fait est que quand je suis en couple avec quelqu’un je ne veux, je ne peux l’avoir que pour moi. Et l’inverse marche aussi.

Je suis fidèle, je l’ai toujours été. J’avais tenu le coup pendant toute la durée de ma relation. J’avais refusé des avances dans la rue, j’avais fui des regards dans les bars, j’avais précisé à de nouveaux amis d’y aller mollo parce qu’ils n’auraient pas plus que ça, j’avais sciemment arrêté de répondre à des mecs qui me plaisaient un peu trop.

Attention, ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit : je suis pas Miss Monde. C’est juste que je suis une fille avec un air gentil et un simili franc-parler qui donne souvent l’illusion que mon entrecuisse est aux antipodes du mur de Berlin période pré-1989. Il paraît que ça a son charme. Je trouve surtout que ça me donne un air beauf mais ok, on n’a qu’à dire que « ça a son charme ».

Mon côté Honey Boo Boo, j’imagine.

Autre léger obstacle avant qu’on puisse mélanger nos langues : Painiss s’apparentait à une sorte de Hank Moody, mais en vrai. Tout autour de moi, les personnes attirées par les hommes semblaient avoir la rate complètement en vrac en lui parlant le soir de notre rencontre. De mémoire d’être humain, j’avais jamais vu ça. Un putain d’attrape-mouches.

Ce soir-là, je me souviens, j’ai eu honte. Honte d’avoir remis en question mon couple dans ma tête alors que tout le monde ressentait la même attirance pour ce garçon. Honte d’avoir pu m’en vouloir en avance de tromper mon mec, alors que l’objet de mon attirance m’apparaissait d’un coup (et à tort) dans la catégorie au-dessus de la mienne. Ça m’a fait, pour comparer, le même effet que la fois où je me suis cassée la gueule à la patinoire pile au moment où je me croyais dans un clip parce que je me trouvais gracieuse et que du Jennifer Lopez passait à ce moment là dans les hauts parleurs. Du genre « bah oui ma gueule, tu t’es prise pour qui, couillonne ? ».

Une sorte de réflexe s’est mis en marche dans ma tête : j’ai commencé à me soulager l’esprit en me disant que c’était tant mieux, après tout. Tant mieux si Painiss parlait davantage avec les autres filles, puisque j’étais en couple. Ça me protégeait d’un faux pas et tout le monde était content.

À ce moment-là, je croyais encore être heureuse avec Poutrelle, mais je me voilais la face depuis de longs, longs mois. J’avais pourtant eu tous les signaux possibles : disputes une heure sur deux, grosse, grosse tendance à l’oublier quand il était là, libido sous le niveau de la mer… Je pensais que c’était ça, la vie de couple après de longues années ensemble. Que c’était beaucoup d’ennui saupoudré parfois d’un peu de tendresse. J’avais tort, j’avais tellement tort.

Parce qu’après cette rencontre avec Painiss, mon comportement a changé. Je ne parlais plus de la même façon, je ne riais plus de la même façon, et je ne pouvais plus trop manger. Évidemment, il ne m’a pas donné de nouvelles. Évidemment, je ne lui en ai pas donné non plus.

Chaque fois que j’apprenais qu’il avait couché avec une fille plus jolie et plus drôle que moi, je m’enfonçais un peu plus dans les bras de mon mec, entre deux engueulades. Et puis pile au moment où je commençais à l’oublier, il a débarqué avec ses gros sabots dans ma vie. J’ai alors compris qu’en effet, c’était vachement facile de rester fidèle à un garçon que je n’aimais plus quand celui qui m’attirait façon champ magnétique qui casse tout sur son passage ne me regardait pas. En revanche, à la moindre jolie déclaration, je cédais comme une débile…

« Bah oui mon con ! », j’ai maintenant envie de dire à la moi du passé. Ça a commencé avec un sourire coupable, puis un sourire béat, puis des heures de plus en plus longues à lui parler sur Internet, puis au téléphone, avant la prise de rendez-vous pour une infidélité complètement préméditée. Je ne pensais même pas à la fierté que ce mec qui plaisait à tellement de personnes s’intéresse sérieusement à moi. J’insiste là-dessus parce que les tableaux de chasse, j’en ai rien à péter. J’avais juste envie de vivre un truc fort avec lui. Et c’est ce qu’on a fait, pendant grosso modo trois nuits.

Le pire dans tout ça, c’est que je ne me sentais pas vraiment mal : ma seule crainte, avant ce rendez-vous, c’était qu’il annule. À aucun moment je n’ai pensé à Poutrelle en me demandant quand j’avais eu l’idée de lui faire ça, à lui. Ce mec que j’avais aimé, ce mec que je respectais (et que je respecte toujours, soit dit en passant), ce mec avec qui j’envisageais d’emménager d’ici quelques années… J’ai agi comme la pire des connasses avec lui, préparant mes textos à l’avance pour prendre le moins de temps possible à lui écrire dans les soirées que je passais avec l’autre.

Je me trouve monstrueuse, vraiment, mais ça valait le coup : quand je l’ai retrouvé après ce rendez-vous là, j’ai immédiatement quitté Poutrelle. Pas pour vivre une longue et belle histoire avec l’autre (je savais qu’on ne se mettrait jamais ensemble, c’était très clair dès le début), mais parce que j’avais besoin de rompre. Je ne supportais pas de faire comme si de rien n’était en attendant le bon moment alors que j’avais vécu une histoire condensée en quelques heures. Peut-on pour autant parler d’infidélité, puisque je n’ai pas fait traîner la rupture ? Je crois bien, oui.

L’infidélité, elle est dans le fait d’avoir refusé de rompre avec lui à tellement de reprises. Ça n’arrivera plus parce que maintenant, je sais. Maintenant, je connais les signaux, je saurais les reconnaître et je saurais faire en sorte de les écouter avant d’aller à l’encontre de mes principes et du choix de vie que j’ai fait, a.k.a la fidélité et l’exclusivité. (J’admire les gens pour qui la fidélité est ailleurs, vraiment, il n’y a aucun jugement dans ma phrase, mais je suis toute dépourvue face à l’idée des personnes avec qui je suis pénétrant d’autres filles.)

La vague de la jalousie sur mon mode de vie : une allégorie

La morale de cette histoire, c’est qu’au lieu de faire souffrir deux personnes dont toi-même, autant essayer d’ouvrir les yeux tant qu’il est encore temps. C’est toujours mieux de se remettre en question avant de potentiellement faire un truc qui te fera te remettre en question avec beaucoup, beaucoup plus de violence (c’était en tout cas mon cas).

Parce que qui sait ? Si Painiss n’avait pas fait le premier pas, je serais peut-être toujours en couple avec un homme que je n’aime plus comme il faut. Je serais encore constamment un peu triste, un peu paumée, dans une vie à l’encéphalogramme plat. Vraiment, j’ai des montées d’angoisse à chaque fois que je pense à ma vie à l’époque. À quel point j’avais peur d’être seule, j’avais peur de le laisser seul, et je nous gâchais l’existence à tous les deux en ne prenant pas mes ovaires à pleine main.

L’autre morale de cette histoire, c’est que même si on est bien souvent élevées dans une sorte de culpabilisation constante, il faut parfois savoir s’en défaire. Je dis pas qu’il faut mentir à son mec ou sa copine et aller chasser le sexe tous les week-ends alors qu’il/elle nous imagine en train de faire une pyjama-party. Je dis juste qu’il faut savoir se faire confiance et faire confiance au cours de la vie. Savoir aussi prendre du recul sur ce qu’on a envie de faire, sur ce qu’on a fait, sur ce qu’on ne veut pas faire. Et surtout, quoiqu’il arrive, ne pas se détester après coup.

Franchement, est-ce que j’aurais fait la même chose si on m’avait renvoyée quelques années en arrière ? Oui, mais je me serais arrangée pour changer l’ordre des choses.

Je devais vivre cette histoire, tant elle m’a ouvert les yeux. J’ai souvent le sentiment que Painiss m’a sorti la tête de la cuvette en me tirant violemment par les cheveux et m’a donné le coup de pied au cul dont j’avais besoin pour ré-apprendre à respirer. Du coup, clairement, même si je revois plus cette personne et même si on s’est plus ou moins volontairement perdus de vue, j’aurai toujours une énorme bienveillance pour lui.

C’est mon David Hasselhoff sans la coupe de cheveux, on dira. C’est celui qui m’a rappelé qu’en dehors de ma relation de couple entamée trop jeune avec un garçon à qui j’ai fait perdre plusieurs années de sa vie tellement on était incompatibles, il y avait toute une vie que je m’autorisais pas à vivre.

Notre histoire, si tu veux tout savoir, s’est terminée presque aussi vite qu’elle a commencé. Pour résumer, j’ai été amoureuse de lui comme une dingue pendant quelques semaines et puis à un moment, j’ai déconné. J’ai salement mis un terme à ce qu’on avait vécu. La connerie que j’ai faite, elle est nulle à chier et mérite un article énorme mais en attendant je vais faire en sorte d’arrêter d’en avoir honte tous les jours.

Il n’est pas tout rose, Painiss, parce qu’il a pas été totalement réglo mais je le bats sur l’échelle de la saleté. Une triste fin de demi-saison pour une très, très belle série. Une histoire qui m’a profondément construite mais sur laquelle j’ai depuis eu le temps de tirer un gros trait bien gras. Une histoire qui m’a permis d’en apprendre beaucoup sur moi et sur ce que j’attends d’un couple.

J’ai pleuré pendant des semaines, parce que c’était trop d’intensité pour moi d’un coup (une rencontre un coup de foudre des infidélités une rupture ma connerie des promesses d’amitié un coupage de pont STAHP), mais je me suis remise. Évidemment (et bien heureusement), les bonheurs d’aujourd’hui atténuent la force de ce que j’ai ressenti pendant quelques jours avec lui, mais je ne cracherai jamais sur ma période Painiss (eh. eh).

Parce que la suite, elle est encore mieux : en me sortant d’un couple de longue date qui ne me correspondait pas, j’ai croisé la route d’un garçon incroyable et je n’ai jamais été aussi heureuse de toute ma vie. Je n’ai peut-être pas eu les genoux qui succombaient et le coeur qui explosait quand je l’ai rencontré (certainement parce que j’étais de toute façon trop saoule), mais je vis ce phénomène À CHAQUE FOIS que je le retrouve après quelques jours de séparation. C’est encore mieux, hein ?

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  • Stachä
    Stachä, Le 14 mars 2016 à 16h20

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