Celui qui ignorait le minimum syndical de la poésie

En mai 2002, j’ai rencontré l’homme de ma vie. Il avait des tas de qualités, mais heurtait régulièrement mon sens de la sublimation en oubliant qu’on ne parlait à sa copine comme à ses potes. Ce n’est pas que je sois une extrémiste du romantisme naïf et des fantasmes éthérés à la Ariane Deume (NDLR […]

Celui qui ignorait le minimum syndical de la poésie

En mai 2002, j’ai rencontré l’homme de ma vie. Il avait des tas de qualités, mais heurtait régulièrement mon sens de la sublimation en oubliant qu’on ne parlait à sa copine comme à ses potes.

Ce n’est pas que je sois une extrémiste du romantisme naïf et des fantasmes éthérés à la Ariane Deume (NDLR : héroïne de Belle du Seigneur), mais j’avoue que j’ai besoin d’un minimum de tact et de rêvasserie. Je veux, au moins aux débuts d’une amourette, oublier un peu la dure réalité biologique de l’être humain pour admirer béatement l’autre, en espérant secrètement qu’il est tout autant oublieux de ma propre réalité biologique.

Je suis persuadée que seul l’Amour avec un grand A peut masquer les désagréments liés à notre corps, qui est parfois uniquement un ensemble de cellules organiques visant à assurer notre survie, et non un objet à donner et à prendre du plaisir. En attendant qu’il vienne (l’Amour) masquer ce fait, il faut favoriser sa venue en essayant un minimum de préserver l’autre.

Un excès d’alcool peut aussi aider à effacer notre réalité biologique, au risque de se reprendre quelques instants plus tard cette même réalité en plein nez au-dessus des toilettes. Même quand on est bourrée, le partenaire revenant de cuite n’a plus rien d’attirant. A trop vouloir (faire) oublier que nous sommes des organismes biologiques, le retour de boomerang peut être violent. Mais cette problématique n’était alors pas la mienne puisque nous nous étions rencontrés et rapprochés parfaitement à jeun.

En revanche, mon Casanova a rapidement montré ses limites. Il a tout de suite été à l’aise. Très à l’aise. Trop à l’aise. En quatre jours, il avait perdu tout sex appeal à mes yeux, sans avoir compris ni comment ni pourquoi. Moi je savais très bien où se situait le problème, et je savais qu’il était malheureusement irréversible.

Durant notre premier dîner en amoureux, il m’a raconté ses cuites les plus mémorables et leurs conséquences digestives avec tous les détails : soirées de médecine à la bière, soirées entre copains au rosé, mariages au champagne,… « Et tu sais, c’est dingue, quand t’as bu du vin rouge, tu vomis rouge !! J’ai fait plein de flaques rouges dans le métro déjà ». Et bon appétit bien sûr !

Le deuxième jour, il m’a raconté sa tourista dévastatrice durant ses dernières vacances au Maroc. « Avec tout ce que j’ai chié en quelques jours, je me demande s’il n’y a pas un morceau de mes intestins qui y est passé ». Je me répétais silencieusement de « ne pas oublier qu’il était carabin et qu’il était donc normal qu’il ait une approche aussi naturelle et brute de décoffrage du corps humain ».

Le troisième jour, je suis sortie pour aller acheter des croissants, et lorsque je suis revenue chez moi, il s’était mis à l’aise aux toilettes, qu’il a longuement occupées avant d’en sortir en m’informant de son bien-être « AAAAAAAAAH, ça fait du bien !! ». Je lui ai mis la corbeille de croissants sous le nez en essayant de refouler ce que je venais d’entendre et en essayant de ne pas me demander de façon obsessive s’il s’était lavé les mains ou non avant de me rejoindre.

Le quatrième et dernier jour, il m’a appelé de chez ses parents pour me raconter que, la station d’épuration de sa ville ayant rencontré un « incident technique », sa chambre était envahie de mouches et d’une odeur nauséabonde. Contrairement à Jeanne Cherhal, je ne raffole pas de ce genre d’histoires.

Visiblement, mon amoureux tout nouveau tout beau était encore dans sa période pipi-caca, et je ne partageais pas ses passions scatologiques. Il était peut-être tout simplement décoincé et libre dans sa tête comme Diego, en comparaison avec moi, petite chochotte trop sensible refusant la laideur de ce monde. Je ne veux pas lui jeter la pierre (celles qui le veulent peuvent rajouter « Pierre » à ce moment de l’histoire, même s’il ne s’appelait pas du tout comme ça) mais trop, c’est trop : il a dû quitter mes toilettes et ma vie pleine de poésie.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Sherilyn
    Sherilyn, Le 4 décembre 2007 à 18h22

    Ton article m'a fait mourrir de rie devant mon ordi (heureusement qu'il n'y a que les chats pour en témoigner), j'avoue que le coup des intestins et de la tourista c'est particulièrement fort!!!
    En tout cas, le seul bénéfice que tu as pu tirer est d'avoir rencontrer un phénomène rare d'ostralopitèque masculin............;)

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