Celui qui était séducteur

En juin 2000, j’ai rencontré l’homme de ma vie. Il était fin, brillant et distingué, il avait les yeux d’un incroyable vert transparent et il me regardait comme on ne l’avait encore jamais fait. La première fois que nous nous sommes vus, il a passé des heures à me dévisager en coin, et je me […]

Celui qui était séducteur

En juin 2000, j’ai rencontré l’homme de ma vie. Il était fin, brillant et distingué, il avait les yeux d’un incroyable vert transparent et il me regardait comme on ne l’avait encore jamais fait. La première fois que nous nous sommes vus, il a passé des heures à me dévisager en coin, et je me demandais bien ce qu’il pouvait me vouloir. Rapidement, je me suis laissée emporter par son travail assidu de séduction.

A l’époque, encore plus que maintenant, il n’était pas très difficile de m’avoir. Un peu d’attention, une jolie gueule de minet, et deux-trois compliments plus tard, j’étais mordue. Complètement baba. Mais je me rappelais des recommandations fermes des copines : ne lui montre pas que tu es intéressée, fais le mariner, ne lui donne pas tout tout de suite. J’ai tellement bien attendu qu’il ne s’est rien passé. Enfin, pas pour moi. Pour lui, si, une autre m’est passée devant (je sais, chez moi, ça vire à la figure imposée).

Quelque part, je n’étais pas si désespérée que ça. Parce que malgré sa toute nouvelle relation, la nôtre n’avait pas changé. Les discussions enflammées avaient toujours lieu, ses oeillades de biche étaient toujours réalité, ses petites attentions n’avaient pas disparu. C’est là que j’ai commencé à m’enfermer dans un cercle très vicieux, à la limite du dédoublement de la personnalité par procuration (un truc de pervers psychiatrique que je viens d’inventer, mais qui devrait être pris beaucoup plus au sérieux par la psychiatrie française !) : au fin fond de moi, je savais qu’au fin fond de son coeur à lui, il m’aimait et que l’autre n’avait aucune importance. J’étais certaine qu’il allait finir par la larguer pour moi, qui l’attendais si patiemment et avec tant de brio.

Je me suis fait un plaisir d’être irréprochable. Je regardais sournoisement ce qui créait des tensions dans leur histoire, ce qu’il lui reprochait, pour ne surtout pas faire la même chose. Je suis devenue la femme parfaite, me pliant à tous ses désirs. Elle détestait la voile, sa passion ? J’ai passé des heures à hisser des voiles (bon, honnêtement, j’en rêvais depuis une éternité, ça n’a été qu’un bon prétexte pour m’y mettre). Elle ne lui faisait jamais son dessert préféré ? Je suis devenue la reine des pancakes. Elle était exécrablement capricieuse ? J’étais systématiquement d’humeur égale et toujours souriante. Elle adorait les films gnangnan ? Je lui proposais des soirées théâtre d’auteur. Elle ne portait que des baskets ? Je suis devenue fétichiste des talons aiguilles. Je ne suis pas devenue une autre, je suis devenue moi, en mieux.

Bien sûr, la position n’était tenable qu’à éclipse. Ca tombe bien, c’est exactement comme cela que notre relation était. Ca m’a permis de tenir très longtemps, sans me demander si, par hasard, je ne vivais pas notre merveilleuse histoire d’amour en devenir toute seule. Il suffisait d’un petit mot (« tu es un ange » ou « comment ferais-je sans toi ? » restent des grands classiques qui font toujours leur petit effet) ou d’un de ses regards de velours pour que je me re-persuade que je ne pouvais qu’avoir raison. La femme de sa vie, c’était moi, il le savait, il allait bientôt franchir le pas. D’ailleurs, pourquoi me regarder comme la 8ème merveille du monde sinon ? Pourquoi me donner l’impression que notre relation est unique et indestructible ?

Un jour, j’ai compris. Petit à petit. Il m’a fallu beaucoup de temps, presque 6 ans. 6 ans durant lesquels il était là, quelque part dans mon coeur, sans m’empêcher de vivre ma vie, mais en me gardant toujours dans l’attente. Un jour, j’ai compris qu’il ne la quitterait jamais, parce qu’il n’était peut-être pas aussi malheureux que tout le monde le croyait, et surtout parce qu’il était trop lâche pour ça. Un jour, j’ai compris que je n’étais sans doute pas la femme de sa vie, qu’il n’était qu’un séducteur et qu’il ne cherchait qu’à voir dans mes yeux la même étincelle que celle que je voyais dans les siens quand il me regardait. Peu importe qu’elle soit factice ou non.

En juin 2000, j’ai rencontré l’homme de ma vie. Je commence à peine à être véritablement persuadée qu’il ne l’est sans doute pas tant que ça. Mais maintenant que je suis consciente de son jeu, j’y participe avec plaisir, en me demandant toujours s’il sait que je sais. Jusqu’à quand pourrons-nous jouer à ce jeu de fausse séduction mutuelle ? J’en aurai peut-être assez un jour. Ou lui. Je ne garde qu’un sentiment de réelle sérénité en repassant ces 6 dernières années dans ma tête. Finalement, le séducteur a activement participé à ma mue de jeune fille en jeune femme. Et je ne peux pas m’empêcher de penser à lui quand je mets le pied sur un voilier, quand j’enfile mes talons aiguilles ou quand je me pschitte dans le cou ce parfum de femme-femme qu’il aime tant.

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 7 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Sneezewort
    Sneezewort, Le 19 décembre 2007 à 12h57

    Wesley
    Haaaan, je me fais trop facilement avoir par ce genre là. Pas à tomber amoureuse, mais à sourire béatement et à révasser la bave aux lèvres pendant les cours. Il suffit d'être gentille avec moi avec le regard qui pétille pour que je tombe dans le panneau comme une bleue ! :o
    Idem --'

Lire l'intégralité des 7 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)