Celui qui était alcoolique

Au printemps 2004, j’ai rencontré l’homme de ma vie. Il était russe et dépaysant, mais avait gardé certains stéréotypes de son pays, malheureusement. Comme vous avez pu le remarquer, j’aime beaucoup à l’international. C’est une de mes spécialités. Une autre de mes prétendues spécialités, c’est le russe, que j’étudie depuis longtemps, sans parvenir totalement à […]

Au printemps 2004, j’ai rencontré l’homme de ma vie. Il était russe et dépaysant, mais avait gardé certains stéréotypes de son pays, malheureusement.

Comme vous avez pu le remarquer, j’aime beaucoup à l’international. C’est une de mes spécialités. Une autre de mes prétendues spécialités, c’est le russe, que j’étudie depuis longtemps, sans parvenir totalement à le parler. Alors, le jour où j’ai rencontré un adorable physicien russe, mélancolique à souhait, je me suis jetée sur lui pour qu’il m’apprenne la langue de son pays.

Nous nous sommes vus et revus, puis tout est allé très vite. Une soirée avec des amis à lui, une soirée avec des amis à moi, beaucoup de fêtes et beaucoup d’alcool, mais qui résiste à un Martini en pleine effervescence de fête ? Je ne me fais donc pas de souci, il boit, mais moi aussi.

Notre première nuit ensemble fut un vrai délice, même si le délice fut éthylique. Nous étions partis d’une pré-soirée pour échoir à 5 heures du matin dans un squat d’artistes, en plein été, à attendre le soleil se lever. La fatigue et l’alcool aidant, nous nous étions pris la main, nous nous étions rapprochés et embrassés, puis nous sommes rentrés au petit jour et il m’a déposé devant le pallier.

Tel est ainsi mon premier souvenir avec lui… j’appris par la suite, que lui ne s’en souvenait pas ! Pour lui, notre premier soir ensemble fut le suivant, qui m’est apparu comme catastrophique pourtant. Nous étions allé voir un carnaval de rue, il était 15 heures et lui buvait déjà. Je trouvais ça tout de même bizarre. Encore plus bizarre que le fait qu’il ne m’ait pas embrassé à mon arrivée. A 17 heures, il était fin bourré, mais je me consolais du fait que nous nous étions entre temps rapprochés. A 19 heures, nous rentrions chez lui, accompagnés par un ami à lui, et une amie à moi.

Le dîner se déroulait accompagné à chaque fin de plat d’une grande rasade de vodka. J’étais bizarre, et ça se sentait. Mon amie me demanda alors ce qui se passait, et je lui avouai, à moitié honteuse « je crois que l’homme de ma vie a un sérieux problème de bouteille ». La voici qui, aidée par la vodka, fondit en larmes. Les deux autres zigotos désaoulant soudain, me demandèrent ce qui se passait « euh non, rien, elle pense à sa grand-mère malade » (et le pire, c’est qu’ils m’ont cru !). Je filai dans la cuisine avec la dite amie, la conjurai de se calmer, la suppliai de me croire, car moi j’allais réussir à l’aider, ce grand russe aux yeux si bleus. Sa mélancolie alcoolique ne puvait être que passagère, j’allais lui redonner le goût de vivre.

Cependant, je n’y suis jamais arrivée. Chaque soirée je le voyais boire, chaque soirée il me promettait qu’il arrêterait. Chaque soirée, il me disait que cinq bières ce n’était pas grand-chose, chaque soirée il finissait à la vodka.

Je n’ai vraiment voulu admettre le problème et l’irrévocabilité de celui-ci que lors d’une grave crise de jalousie. M’ayant vu avec un jeune homme suspect, il s’est enfermé dans son mutisme, a bu jusqu’à plus soif, s’est étonné que je le foute à la porte, et est rentré chez lui. Mais non sans heurts, appris-je le lendemain. Sur la route, il s’était trouvé une nouvelle bouteille de Cognac, l’avait descendue d’un trait, avait titubé pendant 3 heures, alors qu’on n’habitait qu’à 20 minutes l’un de l’autre. Quand il m’apprit la chose le lendemain, à moitié bourré bien sûr, j’ai dû admettre que je n’arriverai pas à le sauver. Qu’il était peut-être l’homme de ma vie, mais qu’il avait d’abord besoin d’une sérieuse cure de désintoxication.

L’homme de ma vie ne va pas mieux, mais moi je sais désormais résister aux Martini, même lorsque l’ambiance bat son plein. A chaque soirée avec lui, je continue à ressentir l’ambiguïté d’une relation qui n’est pas tout à fait finie. Puis je le vois continuer à boire, et je me dis que la mélancolie est certes charmante, mais qu’il devra apprendre à faire des choix.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Kirsten23
    Kirsten23, Le 26 juillet 2007 à 3h12

    Tragique, mais bon, on ne peut pas demander à un alcoolique ou un drogué de faire un choix. Y a des mères qui choississent la bouteille plutôt que leurs propres enfants...

    C'est avant tout une maladie à soigner. Je pense qu'il faut qu'il y est un véritable déclic pour que la personne décide elle-même de vouloir se soigner. Mais ça doit être difficile à admettre (son état de dépendance), et c'est à l'entourage de trouver les bons mots, les bons gestes pour faire prendre conscience à la personne de son état.

    C'est quelque chose qui doit être très difficile. Et je comprends totalement que tu n'es pas réussi à le supporter.

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