Celui qui aimait les « périodes tests »

Quelque part en 2003, j’ai rencontré l’homme de ma vie. Lui aussi était grand, brun, avait les yeux bleus et aussi la peau qui brillait un peu par contre. Tout avait été très lent avec lui : première rencontre, deuxième rencontre, plein de rencontres. Puis premier rendez-vous, deuxième rendez-vous, plein de rendez-vous, et toujours la même […]

Quelque part en 2003, j’ai rencontré l’homme de ma vie. Lui aussi était grand, brun, avait les yeux bleus et aussi la peau qui brillait un peu par contre. Tout avait été très lent avec lui : première rencontre, deuxième rencontre, plein de rencontres. Puis premier rendez-vous, deuxième rendez-vous, plein de rendez-vous, et toujours la même distance… Alors premier ciné, deuxième ciné, plein de cinés, et toujours rien… Monsieur était intéressé, voire très intéressé, mais définitivement lent.

Alors là interviennent les amis : une petite discussion entre 6 yeux (deux amis contre un loser, règle à toujours conserver dans un coin de tête) : "Dis, avec notre copine, tu veux ou tu veux pas ?" et lorsque finalement, malgré tous ses efforts pour se défiler, il avoue – enfin ! – qu’il veut, et bien voilà, petit sms des amis, message transmis à l’intéressée, c’est à dire moi, et processus en route pour l’ultime rendez-vous, qui aura lieu le soir même.

Préparation en grande pompe, la totale bien sûr : le maquillage, l’habit irrésistible, et puis la lingerie nickel, parce que bon, il est lent, mais là, ça fait tellement longtemps qu’on attend qu’il faudrait passer de la première à la cinquième directement !

Donc ciné, parce que c’est quand même ce qu’il y a de plus simple, et phase d’attaque directe ! Je me pousse le plus près possible de lui, je pose ma main sur sa cuisse, puis je prends carrément sa main (vous n’imaginez pas le stress à ce moment là, et le courage qu’il m’a fallu à moi, lâche comme pas permis en amour, pour arriver à ces mini-succès), et là, je vois avec bonheur qu’il me sourit ! Jubilation intense, c’est sûr, j’ai bien fait d’aller acheter de la lingerie, ce soir c’est dans la poche… Sortie du ciné, toujours main dans la main, et là : "c’était vachement bien, il faut qu’on refasse ça ! Mais là, faut vraiment que j’y aille … à demain !". Moi, lessivée, ne comprenant pas ce qui vient de se passer, regrettant cette fortune pour ce string qui n’aura même pas pu être montré, je retourne, penaude, à la maison.

Le reste de l’histoire fut du même acabit. Des jours entiers avant le vrai premier baiser, des semaines avant la première nuit à la maison, sans parler du reste… Puis ma lassitude qui n’a pas mis longtemps à se montrer, elle ! Parce que voilà, très vite je ne cessais de m’interroger : "mais pourquoi ?!!?, qu’ai-je fait de mal ?" etc.

Et un jour, j’ai osé demander et j’ai eu la réponse : le jeune homme de bonne famille avait des principes, beaucoup de principes, trop de principes. Sa philosophie pouvait se résumer ainsi "Je mets beaucoup de temps à m’engager, mais quand je m’engage c’est pour longtemps". Alors que l’on ne cesse de se plaindre de nos multiples plantades amoureuses au bras de jeunes hommes tellement impatients que ça en devient gênant, je n’en pouvais plus de cet homme trop parfait et trop prévenant. Sa chemise vichy me sortait par les yeux, ses bonnes manières aussi, et sa philosophie traditionnaliste, petit à petit, m’énervait alors qu’elle était parvenue, au début, à me plaire.

Quoi de plus rare et attirant, parfois, qu’un peu de sécurité, de patience, de réflexion ? Nous aussi parfois, on veut prendre le temps avant de s’engager pour longtemps. Mais la différence, c’est qu’on ne joue pas aux "périodes test". Qu’est-ce que ces fameuses "périodes test" ? Et bien, c’est tout simple, ce sont des mini-épreuves auxquelles on est soumise sans même le savoir… On se prend la main deux semaines sans rien de plus avant de passer au stade au-dessus, juste pour voir si l’on est compatibles (de la main ??!). Puis on rencontre les parents, par téléphone, en vrai, les amis, les cousins, les ex parfois aussi, et à chaque réussite, à chaque défi relevé (alors même que l’on ne savait pas que c’était un défi), on passe le cap du dessus…

Alors j’ai craqué, j’ai osé demander quel était le problème, et j’ai été éliminée : "Vous êtes le maillon faible", mais au moins j’ai su la vérité, et "celui qui était coincé" est devenu "celui qui aimait les périodes test". Je n’ai pas passé le stade au-dessus, celui de la "vraie relation qu’on montre à tout le monde, et même que tu viendras aux repas avec ma grand-mère", mais au moins j’ai su ce que j’avais dû subir pendant plusieurs mois.

Je sais désormais que jamais je n’aurais pu continuer à vivre ainsi, soumise au jugement d’un conservateur qui serait sans doute devenu aigri. Mais au moins, en regardant en arrière, désormais je souris. Moi qui rêve d’aventures, de nouveauté, de bonheur tout simple, je me dis que j’ai eu chaud, que j’ai évité le pire : une vie en apparence tranquille, mais soumise aux normes et au jugement d’autrui.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Dreameuse
    Dreameuse, Le 22 juillet 2006 à 4h24

    Le début je trouvais ça chou mais à la fin c'était lourd en effet ... C'est bête pour le string :P

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