Un jour au printemps 2002, j’ai rencontré l’homme de ma vie. En fait non, j’ai tout de suite su que ce n’était pas l’homme de ma vie, mais j’ai fait comme si, parce que j’en avais vraiment besoin, et j’y ai presque cru.
"Tu vas voir, lui, c’est toi, mais en homme" m’avait promis l’amie qui nous a présentés l’un à l’autre. Après quelques semaines de propagande intensive digne du Parti des ouvriers coréen, j’étais déjà quasi-conquise et je brûlais de le rencontrer, oubliant au passage que la photo à l’appui des démonstrations de ma VRP à domicile d’amie ne m’avait pas franchement séduite. Enfin un peu de piquant dans le vide intersidéral de ma vie sentimentale et sexuelle qui prévalait alors ! J’oubliai donc mes réticences et me préparai à sa venue comme une reine de Sabbah aspirant à devenir la seule et l’unique du harem.
Avant qu’il ne perde quelques heures dans les chaleureux wagons de la SNCF pour venir me rencontrer, nous nous étions appelés. Plusieurs fois. Je l’avais trouvé drôle. Pas très spirituel, il est vrai, mais à peu près drôle. Et surtout, il avait le bon goût de me draguer, et c’était tout ce que je lui demandais. A l’époque, mon niveau de confiance en moi était proche de -28°, et j’étais persuadée de finir vieille fille aigrie et acariâtre. Aussi cette tentative de séduction, la première depuis… pfiouuuuu… longtemps, était-elle plus que bienvenue : salvatrice.
Grâce à ces coups de fil, j’étais redevenue souriante, optimiste, et mes amies (toutes non-célibataires !) appréciaient déjà, sans le connaître, ce héros des temps modernes qui promettait de les sauver de ma mauvaise humeur notoire et de mettre fin à leurs "sorties-entre-couples-à-nombre-impair" à cause de moi, l’éternelle célibataire.
Et puis il a fini par venir, et j’ai aussitôt compris ce que signifiait "fantasmer dans le vide". Il était petit (et moi, j’adooooooore me faire des torticolis avec mes amoureux), court sur pattes et mou du ventre (très mou). Bref, il n’avait pas été mannequin à New York. Mais après tout, peut-être était-il intérieurement délicieux… Résolue à ne pas me contenter d’une approche superficielle et discriminatoire (après tout, moi non plus je n’ai jamais été mannequin à New York), j’ouvrais grand mes oreiles et fermais à moitié mes paupières.
Malheureusement, je n’ai trouvé aucune consolation dans la compagnie que procurait ce jeune homme. Finalement, il n’était pas vraiment drôle, et parfois même un peu bête. Voire franchement con, surtout quand il parlait politique. Bref : mauvaise pioche, der schwarze Peter.
Encore plus mauvaise pioche : tout le monde étant persuadé de notre entente naturelle, il était prévu qu’il dorme chez moi. Certes il ne me plaisait pas, mais il n’était pas désagréable au point de le renvoyer chez lui illco presto. Et finalement, par un mécanisme psychique que je ne m’explique toujours pas, après un dîner en tête à tête, je me suis abandonnée, bien contente d’entrer en contact avec autre chose que ma couette.
Mais le matin était à peine levé qu’il m’insupportait déjà. Tout chez lui m’énervait, et je lui en voulais d’autant plus d’être ce qu’il était que je regrettais déjà d’avoir cédé. A travers lui, c’est à moi que j’en voulais. Je m’en voulais encore plus d’avoir apprécié cet égarement. Et je devais vivre avec ce méli-mélo dans la tête et lui dans mon appartement pendant encore une trentaine d’heures. Et j’étais la seule responsable de tout ça…
J’ai fait bonne figure, fuyant les adieux à la gare, ayant honte de moi et de mon comportement. Certes, c’était un grand garçon, mais comment allait-il prendre le fait que, à peine 48h après le début de notre amourette, je n’avais déjà plus envie de le revoir ? Il me parlait de mon prochain week-end chez lui à Lyon, bientôt. De ce que nous ferons, de ce que nous verrons. Et pourtant, je n’avais aucune intention d’y aller. J’éludais les questions, n’osant pas l’affronter de visu. Mais moi, femme fourbe et perverse, alors qu’il m’embrassait en rêvant à notre avenir radieux, je réfléchissais déjà aux arguments que j’avancerai deux jours pluis tard lors d’un coup de fil pour lui expliquer mon soudain revirement émotionnel.
Diplomatiquement (donc lâchement), je lui ai expliqué que "tout ça allait trop vite pour moi" et blablablabla. Il l’a assez mal pris. Tellement mal pris que lorsque nous nous sommes revus deux ans plus tard, il ne m’a adressé que 3 mots assassins qui m’ont laissé supposer qu’il n’avait pas encore digéré mon plat un peu trop épicé. Aurait-il mieux compris si je lui avais simplement dit la vérité : que je l’avais utilisé pour me rebooster l’ego, qu’il avait été très efficace et que je l’en remerciais sincèrement… ?








Le 30/11/2006 à 14h47
En début d'année, ça m'est arrivé d'utiliser quelqu'un pour rebooster mon égo mais je suis pas allée en dessous de la ceintureLe 30/11/2006 à 15h32
Le 30/11/2006 à 16h49
"Tu vas voir, lui, c'est toi, mais en homme" m'avait promis l'amie qui nous a présentés l'un à l'autre."Moi, une copine me dit ça, et je vois débarquer un mec pareil, pas vraiment drôle, pas vraiment beau, je le prends mal je crois
Le 01/12/2006 à 15h21
aiiie, ca me fait penser à ce que j'ai moi même fait, dans ce même état d'esprit (j'entends par là énorme baisse de confiance en soi).J'ai séduit un garcon dans le simple but de faire du bien à mon égo, mais lui n'en a absolument rien tiré étant donné que je n'ai jamais cédé, même après de longues semaines durant lesquelles j'ai eu droit aux yeux de merlan frits, d'attentions en tout genre et de belles déclarations avec fleurs etc...
en réalité sur le coup ca me mettait très mal à l'aise, et en meme temps ca faisait du bien.
il est vrai que si physiquement il ne m'avait pas carrément rebuté (pourtant il plait, mais je le voyais comme le sosie de Candeloro
bon je continue, ca a duré à peu près 3mois où je lui disais que je n'avais absolument pas envie d'etre avec qqu'un, que je n'etais pas remise de ma derniere relation etc...
puis du jour au lendemain j'ai rencontré l'homme de ma vie avec qui je suis depuis plus d'un an maintenant... et candelo... enfin l'autre, ne m'en a pas tenu rigueur et continue à etre gentil avec moi, me demandant si je suis heureuse et se dit heureux pour moi...
bon c'est du passé mais ca me pèse quand meme sur la conscience.
ps: j'adore lire tes articles
Le 04/12/2006 à 00h06
J'aime bien ta façon d'écrire, vraiment =]Cela dit, pour le coup, je trouve que c'est assez vrai, certes, mais je ne pourrais pas faire ça
Le 04/12/2006 à 12h39
J'adoreLe 04/12/2006 à 20h19
Ca fait 2 ans et je ne supporte toujours pas ne fût-ce que d'en entendre parler.
Le 05/12/2006 à 14h34
Je crois qu'on l'a toutes fait au moins une fois non?! je crois que l'on nomme ca un tremplin(pas bien joli mais parlant...)Le 05/12/2006 à 17h36
En effet, ça fait du bien. Quand j'étais célibataire, je pratiquais pas mal, pas toujours jusqu'à aller au lit, mais je me lançais souvent des défis: prendre le mec (célibataire) le plus mignon de la soirée, et voir jusqu'où j'arrive à aller avec lui. Quand ça marche, ça fait du bien