Celle qui… partait loin

Une madmoiZelle spécialisée en mauvais timing sentimental vous raconte son coup de foudre pour une jeune femme qui partait vivre à l'étranger.

Celle qui… partait loin

La vie, parfois, est une sacrée conne. Elle est géniale avec moi pour tout… sauf quand il s’agit de couple et de relations amoureuses. Quand je dis qu’elle est conne, je n’utilise pas le terme dans le sens « débile » : je la vois plus comme perfide et humainement bien dégueulasse.

J’en suis consciente en l’écrivant : j’ai vraiment l’air d’une grosse émo. Ouin ouin la vie c’est trop une garce, je lui crache dans la bouche à cette connasse. Mais attends deux secondes, faut que je t’explique pourquoi j’ai les boules !

Y a des gens, ils tombent amoureux et tout se passe toujours bien. C’est fluide, ça se fait en douceur, les sentiments grandissent un peu chaque jour. Parfois, ils se séparent et c’est triste, mais c’est parce qu’ils ont eu le temps d’aller jusqu’au bout de leur histoire d’amour. Qu’ils ont eu le temps de se désaimer. Je sais que peu ont cette chance là, qu’ils ne sont pas en majorité. Mais j’espère qu’un jour, ce sera pareil pour moi.

J’ai commencé ma vie sentimentale il y a quelques années et faut bien avouer que je collectionne les relations compliquées. C’est à croire que je le fais exprès, alors que je n’aspire qu’à une chose : la tranquillité. Que je la trouve célibataire ou en couple, avec un garçon ou avec une fille. Je ne rêve pas de larmes dans les yeux, de passion dévorante, de flashmobs avec la fanfare de Maubeuge qui joue My Way derrière avec supplément cornemuse, quand même !

Moi, je voudrais juste avoir toujours les yeux qui pétillent en regardant une personne qui aurait les yeux qui pétillent en me regardant. Quelqu’un qui aurait le même humour que moi, qui saurait ne pas m’ennuyer, ou me lasser, et qui ne se lasserait pas de moi… Une relation saine, sans encombre, avec des difficultés qui n’arrivent qu’une fois que le couple est solide.

Il faut bien que je me rende à l’évidence : ma carrière sentimentale, cliché au possible, sortirait de l’esprit d’un scénariste d’Un Dos Tres que ça me surprendrait pas.

En plus je peux pas être Lola : elle a pas un seul poil incarné (comme tu peux le constater)

Ce n’est pas que je n’ai croisé la route que de mauvaises personnes, c’est juste que je suis toujours tombée amoureuse soit de la mauvaise personne, soit de la bonne personne mais au mauvais moment. Ma seule relation vraiment longue a duré parce que mon partenaire de l’époque et moi-même ne nous aimions pas vraiment et ne savions pas comment nous quitter.

Non, vraiment, quand il était question de vrais sentiments, le timing était toujours nul. Soit l’un de nous deux était en couple et le fait de savoir que quelqu’un allait souffrir de ce coup de coeur mettait une pression moche sur la relation, soit il y avait un déménagement en cause. Une fois, je suis même allée jusqu’à craquer sur quelqu’un pile le jour où j’avais annoncé à tout le monde que je déménageais loin sans possibilité de faire marche arrière. Si ça c’est pas un uppercut dans le groin, franchement…

Chaque fois, j’ai eu l’impression que le hasard me montrait comme ma vie sentimentale pourrait être géniale avec une bonne personne, avant de me faire « en fait non, j’ai pas envie que tu connaisses cette joie-là ».

À force de tomber amoureuse dans des conditions trop compliquées pour que la relation ait l’air d’autre chose qu’un feu de paille, je me suis dit que ça allait bien finir par passer, que la prochaine fois que je craquerai pour quelqu’un, ça se passerait bien, et naturellement.

Le coeur encore brouillé de ma dernière rupture, j’ai traîné quelques jours sur Tinder, parce que c’est drôle et qu’on peut facilement y rencontrer des gens avec qui passer une partie de la nuit. Je n’attendais pas plus. Je ne voulais pas plus. Je ne veux jamais plus, maintenant que j’y pense : que ce soit en séduisant quelqu’un « dans la vraie vie » ou en me servant d’autres outils mis à ma disposition, je n’attends jamais rien de plus qu’un moment aux sensations agréables avec un peu de complicité.

Parfois ça se passe comme ça, et parfois on me demande plus, l’exclusivité, les papillons dans les yeux, tout ça. Souvent, par le passé, j’ai accepté, et comme j’avais été celle qu’on venait chercher, je m’étais lâchée, en confiance, pour mieux souffrir quand mes partenaires décidaient que je n’étais pas faite pour eux.

J’étais sur Tinder, donc, depuis quelques jours. J’avais déjà fait une belle rencontre avec une étrangère en week-end dans ma ville. Ça avait été joli, et sans promesses. Boostée par cette expérience qui correspondait à mes attentes, j’ai continué à tester l’application à chaque soirée de libre. Et puis, parmi toutes les conversations que j’avais entamées avec des inconnu-e-s, une est sortie du lot.

Une fille vachement belle, avec un sourire contagieux sur chacune de ses photos. On discutait et on riait beaucoup. Elle ne m’a pas fait miroiter un « happy ever after » : au deuxième message, elle m’avait prévenue qu’elle partait tenter une autre vie à l’étranger. Pas à l’étranger de type Belgique, ou Andorre : l’étranger comme « de l’autre côté d’une mappemonde ». Deux semaines plus tard.

Bien ma veine, hein ? À ce moment-là, je ne me disais rien de tel. Je pensais même pas qu’on allait se rencontrer. Et quand, après un échange de numéros et de quelques messages, on a eu envie de se voir, je ne m’attendais pas à me lancer encore une fois dans une nouvelle relation. Je pensais qu’on serait amies, ou amantes, jusqu’à son départ. Rien de plus.

Le souci, c’est que le jour où je l’ai vue, mon programme a un peu muté. Déjà, parce qu’en vrai, son sourire a fait faire un bruit de tambour bourré (un tambourré) à mon coeur. Ou un salto arrière sur trampoline. Ou les deux en même temps. Je sais plus trop. Ce dont je me souviens, c’est que j’ai souri bêtement et que mes oreilles bourdonnaient.

Comme ça.

On a ri, ce jour-là, non seulement parce qu’on est drôles, mais aussi parce qu’on est bon public. On a tellement ri que j’étais persuadée de ne pas lui avoir plu ! D’habitude, je m’arrête entre deux fous rires pour lancer un regard que je souhaite sensuel à l’objet de mon affection. Non seulement ça marche à tous les coups (parce que je vais pas faire ça à quelqu’un à qui je suis pas sûre de plaire), mais en plus ça évite de laisser un blanc dans la conversation se transformer en malaise. Là, j’ai eu le temps de rien (ou plutôt, je l’ai pas vu passer, le temps). Elle est arrivée, on a ri, et pouf, elle devait rentrer chez elle.

Mais on s’est revues, une fois, et on riait toujours autant mais en s’ouvrant un peu plus à l’autre, en se faisant comprendre qu’on se plaisait. Un rendez-vous plus tard, ce qui arrive souvent quand deux personnes se plaisent physiquement et mentalement arriva. À partir de ce moment, tout a été différent de ce à quoi je m’attendais : ça a été hyper intense. Hyper intense et hyper beau.

Je m’en voulais de m’endormir parce qu’il y avait toujours une horloge dans ma tête qui me disait « coucou, c’est bientôt fini, et toi tu t’endors espèce d’idiote ». On s’est vues tous les soirs, les nuits et les matins jusqu’à son départ. On s’est fait des déclarations très vite, parce qu’on savait qu’elles sonneraient moins bien une fois qu’on serait séparées. Parce qu’on les pensait, aussi. Vivre un truc aussi fort avec si peu de temps pour en profiter, ça chamboule un peu tout. Ça donne un sentiment d’urgence, de savoir que l’autre part. On sait que ça peut pas durer alors autant en profiter à fond.

Les moments où on essayait de discuter ensemble de notre éventuel avenir se transformaient en foire à la boule au ventre, aux larmes dans les yeux et autres mouchoirs sales.

On a finalement choisi de ne pas être en couple à distance. Principalement parce que je me connais : loin, je pense qu’on ne m’aime plus. Quand je pense qu’on ne m’aime plus, je m’éteins. Quand je m’éteins, l’autre m’aime un peu moins. Quand l’autre m’aime un peu moins, je flirte ailleurs. Quand je flirte ailleurs, l’autre s’éloigne. Un éloignement que je perçois, qui me brusque, et qui me fait croire qu’il ou elle est forcément en train de tomber amoureux de quelqu’un d’autre.

J’ai déjà connu ça, ce feu dans les yeux, ces vertiges et ces crises d’angoisse d’imaginer la personne que j’aime nue contre une autre. Cette foutue peur de la trahison aux règles pré-établies dans mon couple. Alors j’ai voulu qu’on s’accorde le droit de faire des rencontres, sans pour autant les provoquer.

Depuis, on se parle sur Skype souvent, on s’envoie plein de textos, autant que notre emploi du temps et le décalage horaire le permettent (tiens, le décalage horaire, parlons-en : j’aimerais que tu imagines mon trouble et mon rougissement des joues et des fesses quand je reçois une photo à caractère érotique alors que je suis au travail et elle dans son lit).

Tu te dis peut-être que du coup, on est en relation libre. Mais j’ai vraiment pas envie de donner un nom à ce qui n’a pas encore eu le temps d’éclore totalement. Je ne sais pas si ce qu’on vit s’émoussera, si la distance fera son travail nul et nous fera oublier l’autre rapidement. Peut-être pas. Peut-être que si. Je sais en revanche que j’ai pris la bonne décision, que j’aurais beaucoup trop souffert si j’avais voulu être en couple exclusif avec elle (pour les raisons mentionnées plus tôt), et j’ai envie de me préserver.

J’ai de la chance : elle est amoureuse de moi. Elle l’est suffisamment pour envisager de rentrer, de couper court à son séjour. Pas seulement pour moi, pour plein d’autres choses aussi, mais je rentre dans l’équation.

J’en ai envie, mais ça me fait peur : si elle le fait, qu’est-ce qui me dit qu’on ne ressentira pas une énorme pression sur nos épaules ? Est-ce qu’elle confond le mal de moi avec le mal du pays ? Qu’est-ce qui me dit que l’une de nous, ou les deux, ne va pas flipper comme une dingue ? Moi, je pourrais avoir peur de ne pas être à la hauteur de son geste. Elle pourrait très bien regretter, dans quelques mois, de ne pas être allée jusqu’au bout de son aventure et, au fond d’elle pourrait s’installer une sorte de rancoeur.

Ou je pourrais prendre cette preuve d’amour comme j’ai pris celles du passé : à bras le corps. Et ça me ferait encore plus mal quand elle se détachera, parce que je l’aurais tiédie par ma présence comme j’ai eu l’air de tiédir ceux que j’ai aimé avant (y compris ceux dont je n’ai pas eu le temps de guérir à 100%). Peut-être tout ça en même temps.

En fait, c’est fou : savoir qu’elle partait m’a fait tomber amoureuse d’elle plus vite, tout en me forçant à établir des barrières dont chaque pierre représente une angoisse qui n’arrive généralement que plus tard dans le couple.

Tu sais, quand on veut planter un clou, faut donner des petits coups pour bien l’ancrer dans le mur avant de balancer tout le poids d’un marteau dessus pour l’enfoncer. Est-ce que notre relation, c’est pareil ? Est-ce que son retour ne serait pas un trop gros coup de marteau sur un clou qu’on n’a pas eu le temps de bien positionner ?

Je me dis que le destin fera peut-être bien les choses. Il est vrai que jusque là, la vie m’a fait penser que plus une histoire commence fort, plus vite je m’abandonne dans les bras de l’autre et plus vite l’autre se lasse des miens.

Mais peut-être qu’en vrai, dans les choses de l’amour, y a des trucs qui finissent bien.

Peut-être qu’en vrai, les gens qui doivent se retrouver se retrouvent.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Padidée
    Padidée, Le 13 novembre 2015 à 1h13

    Je me retrouve un peu dans cette histoire également, même si le garçon ressent des choses beaucoup moins fortes pour moi.

    Disons que je l'ai connu pendant mon stage, cet été. Une semaine avant de finir mon stage et de retourner dans ma ville, je lui ai dit que j'étais attirée par lui, et donc on a passé la semaine à se retrouver le soir, parfois à dormir ensemble.

    1 mois après, il est venu me voir dans ma ville, car il faiait un voyage et passer par chez moi ne lui faisait pas faire de détour. On était pendant trois jours ensembles.

    3 semaines après, alors que je n'imaginais pas le revoir, il m'a invitée à le voir à Paris. On a passé un week end génial. Et maintenant, il est parti à Toulouse, puis rentrera en Espagne, d'où il vient, et cherche à faire un VIE à l'autre bout du monde. Quant à moi, je pars étudier un semestre à l'étranger en janvier.

    Le problème n'est pas seulement la distance mais la non réciprocité des sentiments dans ce cas.

    Enfin bref, bon courage à toutes les madz, c'est pas facile de devoir se séparer u.u

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