Céline Sciamma, une réalisatrice qui observe le féminin en construction

Céline Sciamma, réalisatrice de Tomboy, Naissance des pieuvres et maintenant Bande de filles, pose son regard unique sur un sujet trop peu souvent traité : la construction du féminin, et parfois de la féminité. Zoom sur une artiste pleine de délicatesse.

Céline Sciamma, une réalisatrice qui observe le féminin en construction

Article publié initialement le 29 août 2014

Le film Bande de filles a ouvert la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes. On attend de voir ce que donnera ce long-métrage, mais rien que son sujet, peu traité et loin des clichés sur la banlieue, donne envie de s’y intéresser. En attendant la sortie en salles (le 22 octobre), rappelons que Céline Sciamma a réalisé deux autres films et un court-métrage intrigants et séduisants.

Penchons-nous donc un peu sur la carrière d’une réalisatrice à l’univers fascinant.

Naissance des pieuvres (2007)

Céline Sciamma écrivit le scénario de ce film durant ses études et fut encouragée par Xavier Beauvois pour le développer sous la forme d’un long-métrage.

Véritable étude de l’adolescence, Naissance des pieuvres suit trois personnages féminins à la fois banals et hors normes. Banals parce qu’on croise ce genre d’archétypes tous les jours, originaux parce qu’on leur donne rarement la parole.

On a la jolie fille désirée par tous mais qui, elle, ne désire vraiment personne et cache beaucoup d’angoisses et de vide derrière le masque d’un visage parfait ; l’héroïne dont les envies troubles sont trop grandes pour un corps encore enfantin ; la disgracieuse maladroite qui te rentre dedans, se cogne, mais s’obstine avec une touchante et pugnace naïveté.

Beaucoup évoquent Sofia Coppola quand ils critiquent ce film, et effectivement, il y a quelque chose dans Naissance des pieuvres qui rappelle Virgin Suicides. Le sujet d’abord : cette étude impitoyable de l’adolescence féminine, mais aussi une manière de sublimer le quotidien, de capturer les rituels de cette transition et d’en tirer quelque chose d’à la fois contemplatif et vif, de clinique et d’organique. Néanmoins, Céline Sciamma se distingue tout à fait de la réalisatrice américaine et sait trouver sa voix et son style.

Elle inscrit également son film dans un contexte français familier, la ville de Cergy-Pontoise, où elle est née. L’ensemble sonne vrai et livre quelques passages vraiment réjouissants, comme quand Anne, la maladroite (Louise Blachère, extraordinaire), crache littéralement à la gueule du garçon qui l’a utilisée sans scrupules comme vide-roubignoles !

Pauline (2010)

Issu d’une collection de courts-métrages contre l’homophobie, Pauline est principalement constitué d’un plan-séquence d’une jeune fille comme les autres, qui raconte les épreuves qu’elle a traversées dans un village « où tout le monde se connaissait ».

Sobre mais poignant, grâce notamment à la performance de l’actrice Anaïs Demoustier, ce court-métrage met sa simplicité au service d’une écriture naturelle et d’un jeu très juste. J’ai cependant trouvé pour ma part que le récit tirait parfois légèrement vers le pathos facile, ce qui m’a un peu gênée, d’autant que le reste de la filmographie de Céline Sciamma ne tombe jamais dans cet écueil.

Tomboy (2011)

Ce film polémique, « propagande » du gouvernement qui veut transformer tous nos enfants en pédé-socialisses et détruire nos chers stéréotypes de genre, ce film, donc, qui a fait parler de lui pour beaucoup de mauvaises raisons, est avant tout un magnifique portrait de l’enfance dans toute sa cruauté et sa complexité.

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Comme pour la Naissance des pieuvres qui traitait de l’homosexualité féminine sans fausse pudeur ni dramatisation excessive et larmoyante, la question d’un genre trouble est ici abordée avec une simplicité rafraîchissante. Ce film ne cherche pas à choquer, il n’a rien de racoleur. Tout est frontal mais rien n’est outrancier, et cette sobriété est absolument parfaite pour traiter d’un sujet pareil.

Avec trois bouts de ficelles, la jeune héroïne simule une masculinité et la déconstruit sous nos yeux. Avec un pénis en pâte à modeler, elle est mâle ; un peu de maquillage et elle redevient femelle… mais dans la cellule familiale, elle est avant tout un individu unique accepté tel qu’il est. Notamment par sa petite sœur, jouée par la talentueuse et toute jeune actrice Malonn Lévanna, qui, exploit formidable pour un personnage d’enfant au cinéma, ne m’a jamais irritée !

Bande de filles (2014)

Le dernier film de Céline Sciamma, dans la lignée des autres, traite de l’identité féminine et de sa construction.

Avec un casting principalement composé de jeunes actrices noires, Bande de filles détone parmi nos productions formatées !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • JessFin
    JessFin, Le 2 septembre 2014 à 13h10

    J'ai adoré Tomboy, par certains cotés je me suis reconnue :)

    Je vais voir les autres films

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