La Nouvelle-Calédonie, un pays exceptionnel à l’avenir incertain

Cyathea est partie vivre en Nouvelle-Calédonie. L'île est paradisiaque, mais perturbée par les tensions entre les indépendantistes et ceux qui veulent rester en France.

La Nouvelle-Calédonie est un petit bout de France méconnu, situé dans le Pacifique Sud, à la biodiversité exceptionnelle et à l’histoire très complexe. 2014 est une année charnière pour déterminer son avenir institutionnel : indépendance ou pas ? C’est la grande question pour ce pays en construction.

Je vis à Nouméa, capitale de la Nouvelle-Calédonie, depuis sept ans. Cette collectivité d’outre-mer, séparée de la Métropole par environ 18 000 km (soit plus de vingt heures d’avion), est plutôt méconnue en France. Je vous propose de découvrir ce « Caillou » fort fort lointain !

« L’île de l’éternel printemps »

J’ai la chance de vivre sur une île qui ressemble aux fonds d’écrans paradisiaques : l’eau est turquoise, les plages sont désertes et bordées de cocotiers nonchalants, chauffées par un soleil généreux, et la végétation est tropicale et luxuriante. L’amplitude thermique est plutôt sympathique avec des températures moyennes annuelles oscillant entre 25 et 30°, et l’ensoleillement moyen annuel est de plus de 300 jours.

Et le pire, c’est qu’on trouve encore le moyen de se plaindre quand il pleut ! Non, ne me jetez pas des briques ; c’est comme tout je pense, quand c’est notre quotidien, on oublie parfois la chance qu’on a. Mais les commentaires des photos que l’on poste sur Facebook sont là pour nous rappeler que nous sommes des privilégiés.

Je n’ai jamais été autant insultée (gentiment, mais avec quand même un fond d’agacement) que depuis que je poste des photos de mon petit paradis sur Facebook ! Mais, bien sûr, tout n’est jamais aussi merveilleux que sur Facebook, même sur cette belle île.

Ouvéa. Ça va.

Le monde de Némo

La Nouvelle-Calédonie n’est pas si petite, en vérité. Bien sûr, à côté de notre célèbre voisine l’Australie, on est à peine visibles sur la carte. Mais tout de même, le Caillou (comme on le surnomme) est composé d’une « Grande Terre » de 650 km de long, sur une soixantaine de large, et de plusieurs autres îles, dont une, Lifou, qui est quand même plus grande que la Martinique !

Il y a donc de quoi faire, et les paysages sont très variés entre le Grand Sud aux vibrantes couleurs rouges et vertes, la côte Est à la végétaton tropicale foisonnante, la côte Ouest et ses grandes propriétés agricoles, et les îles Loyauté et l’île des Pins, de vrais bijoux… Colonne vertébrale de la Grande Terre, la chaîne montagneuse qui culmine à plus de 2000 mètres est le paradis des randonneurs. La Nouvelle-Calédonie en général est un vaste terrain de jeux, que ce soit sur terre, sur ou sous la mer, dans les airs…

Un grand nombre d’activités de plein air s’offrent à nous : balades pédestres, équestres, trails, saut en parachute, parapente, canyoning… Bien sûr, c’est surtout le paradis des amoureux de la mer entre la planche à voile, le kitesurf, le wake-board, le paddle, le surf, la navigation à voile ou à moteur… Il y en a pour tous les goûts !

À voir : Nouvelle-Calédonie, fragile paradis, un reportage diffusé sur France 2.

Mais le must, pour ma part, reste l’exploration des fonds sous-marins, que ce soit en simple palmes-masque-tuba ou en plongée bouteille. Sous l’océan, le monde de Némo vous attend. Nous nous disputons avec l’Australie pour le titre de la plus grande barrière de corail, c’est vous dire !

Sous l’eau, la faune et la fore rivalisent de couleurs : il y a des jardins coralliens, des poissons par milliers, des tortues, des requins, des raies mantas… Mon grand kif, c’est vraiment la plongée sous-marine. Sous l’eau, j’oublie tout ; je plane entre deux eaux en m’émerveillant devant tant de beauté.

Une Calédonie haute en couleurs

La société calédonienne est à l’image du pays : riche et multicolore. Pluri-ethnique, elle est composée…

  • des Kanaks, le peuple autochtone
  • des « Caldoches », les descendants des colons français installés depuis plusieurs générations
  • des métropolitains, plus ou moins fraîchement arrivés
  • des Océaniens : Wallisiens, Futuniens, Tahitiens
  • des asiatiques, essentiellement des Chinois et des Vietnamiens.

La culture Kanak est très structurée, avec sa coutume, sa hiérarchie, ses clans et son calendrier fondé sur la culture de l’igname. Ce tubercule n’est pas qu’un produit vivrier, il est aussi et surtout un symbole sacré. La vie en tribu s’organise selon la proximité géographique de la mer ou de la montagne, autour de l’agriculture, de la cueillette, de la pêche, de la chasse, des cérémonies coutumières et des fêtes religieuses.

La tradition Kanak n’est pas épargnée par l’influence de la modernité ; comme partout ailleurs, les jeunes s’émancipent de la coutume et sont attirés par les lumières de la ville et de la technologie. Mais ils n’y trouvent pas facilement leur équilibre et certains rencontrent des problèmes de déscolarisation, de chômage et de délinquance.

Une case Kanak

Une situation politique incertaine

La situation politique de l’île est très complexe. Peuplée par les Kanaks depuis environ 3000 ans, la Nouvelle-Calédonie a été colonisée par la France en 1853. La colonisation a été source de souffrance pour les Kanaks, qui ont été réduits au rang d’indigènes et déplacés, privés de leurs terres et de leurs repères.

Les stigmates de la colonisation sont bien résumés dans l’Accord de Nouméa. C’est un texte politique fondamental signé en 1998 qui propose de dépasser les clivages entre loyalistes (ceux qui veulent rester dans la France) et indépendantistes pour trouver une solution politique permettant à tous les habitants de la Nouvelle-Calédonie de vivre ensemble, unis dans un « destin commun ».

Ce texte reconnaît aussi d’autres « victimes de l’histoire » : les habitants non-Kanaks installés depuis plusieurs générations qui n’ont pas choisi de naître ici, et qui y ont toutes leurs attaches. C’est leur pays aussi.

Cette volonté de vivre ensemble et en paix s’est développée à la suite des « événements » des années 80, une quasi guerre civile qui a fortement marqué les esprits. Depuis, les relations se sont apaisées, mais la menace d’une nouvelle explosion de violence n’est pas complètement écartée. Des échauffourées se produisent parfois entre les forces de l’ordre et des jeunes en manque de repères. La libre circulation des armes à feu et la forte consommation d’alcool n’aident pas…

En mai 2014, une élection locale s’est tenue pour élire les membres du congrès calédonien, qui a la compétence pour décider de la tenue d’un référendum d’auto-détermination entre 2014 et 2018. Seuls les Calédoniens présents sur le territoire avant 1998 peuvent voter lors de cette élection. C’est ce que l’on appelle un corps électoral gelé, et cela ne plaît pas à tout le monde…

Entre attente et incertitude, le pays retient un peu son souffle, tout en continuant à vivre comme si de rien n’était. Mais cette incertitude politique, couplée à la crise économique mondiale qui nous atteint également, perce progressivement la « bulle dorée » autour du Caillou.

 

Destin commun (flyer)

Au pays de l’or vert

L’économie de la Nouvelle-Calédonie est florissante grâce à deux principales sources de revenus : les dotations de la France d’une part, et le nickel d’autre part, dont un quart des réserves mondiales dorment dans le sous-sol calédonien, prêtes à être exploitées pour être transformées en ferronickel. Cet alliage se retrouve dans nombre de matériaux métalliques, notamment l’acier et les composants électroniques des smartphones par exemple.

Trois usines sont dédiées à l’exploitation du précieux minerai sur le territoire, et malgré un cours du nickel variable, les revenus directs comme indirects sont considérables pour le pays, qui affiche une croissance économique supérieure à celle de la métropole !

En outre, certains Calédoniens ont construit de véritables empires financiers dans un pays où le monopole est légal. En s’appropriant des pans entiers de l’industrie, du commerce ou de l’import-export, ils ont prospéré et la Calédonie compte plusieurs millionnaires en euros.

Les inégalités de richesse contribuent, comme partout ailleurs, à exacerber les discordes. À Nouméa par exemple, c’est assez flagrant. Certains quartiers du Sud de la capitale ont un petit air de Beverly Hills, avec de grandes maisons devant lesquelles sont garées des Porsches Cayenne. Tandis que dans les quartiers Nord, plus métissés, les habitats et les voitures sont plus modestes.

Il y a aussi des « squats » cachés dans la mangrove, avec des cabanes de fortunes. Il y a bien sûr une classe moyenne qui regroupe des habitants de toutes les origines. En Brousse (le reste de la Grande Terre, hors Nouméa et Grand Nouméa) et dans les îles, c’est encore une autre histoire : la vie y est plus simple.

Ne croyez pas tout ce que M6 vous dit…

Il y a quelques années, il y a eu plusieurs émissions de télévision sur la Nouvelle-Calédonie, et notamment un reportage d’M6 qui présentait l’archipel comme un véritable Eldorado où l’on pouvait trouver du travail en un clin d’œil. Cela a joué des tours à pas mal de métropolitains qui ont mis toutes leurs économies dans un billet d’avion (1500€ en moyenne), pour se heurter sur place à deux obstacles de taille : l’emploi local et le coût de la vie.

Ici, certains emplois, et notamment les moins qualifiés, sont soumis à un critère de durée de résidence sur le territoire. Par exemple, pour un poste de serveur, la préférence sera donnée à la personne qui vit en Nouvelle-Calédonie depuis le plus longtemps. Et comme la vie est très chère (environ 1,5 fois plus chère qu’en Métropole), vivre sans salaire est impensable, du moins en ville. Il faut bien compter 1000€ pour un F2 en location à Nouméa, et la nourriture coûte cher — à moins de ne vivre que de chasse, de pêche et de noix de coco…

En Brousse, le troc de produits alimentaires fonctionne bien, mais à Nouméa on fait plutôt ses courses au supermarché, et cela fait mal au porte-monnaie. Avec un salaire moyen, il faut faire bien attention à son budget. Un couple avec deux salaires très confortables (entre 3000 et 4000€ chacun) peut mettre facilement de l’argent de côté : j’en connais un certain nombre autour de moi. Mais c’est loin d’être le cas de tout le monde.

Cependant, on profite de richesses non pécuniaires, comme les paysages, les activités, et le luxe ultime de l’espace : on peut facilement se retrouver seul sur une plage, un îlot ou en randonnée. Le tourisme est assez faible en raison de l’éloignement et du prix du billet d’avion.

Le fameux cœur de Voh

L’expatriation

Je suis venue ici pour un stage il y a sept ans, et j’ai eu un véritable coup de foudre pour la Nouvelle-Calédonie que je ne connaissais pas du tout. J’y ai rencontré des gens formidables dont mon compagnon, et j’y ai fait mon nid. Je ne sais pas combien de temps je resterai encore, cela va aussi dépendre de l’évolution du pays.

L’éloignement avec la famille, les racines, n’est pas facile à vivre. On manque beaucoup de choses : les mariages, les naissances, les anniversaires… Je ne rentre en France qu’une fois par an, voire tous les deux ans, prix du billet oblige. Ça me rend triste de ne pas assez voir mes proches, ma famille et mes amis. Malgré cela, j’ai quelque part l’impression que la distance nous rapproche, car du fait d’être loin, on parle beaucoup, via Skype notamment, et on ne se dispute pas. J’ai de meilleures relations avec certains membres de ma famille depuis que je suis loin.

Du côté des amis, cela demande des efforts de garder le contact : j’essaie de prendre et de donner des nouvelles régulièrement. Les réseaux sociaux facilitent un peu cette tâche. De toute façon, avec les « vrais » amis, l’éloignement n’a pas de vraie prise : quand on se retrouve, c’est comme si on s’était quittés la veille ! Et je me dis que même si je vivais en France, à moins d’être dans la même ville, je ne les verrais pas forcément beaucoup plus souvent.

On me pose souvent la question : « Tu rentres quand ? ». À vrai dire, je n’en sais rien. J’étais venue pour un stage de quelques mois et cela fait déjà sept ans que je suis là. Je pense me donner encore trois ans. J’ai la chance d’avoir un travail, un logement, et un beau cadre de vie. Pour l’instant, je profite de mon petit paradis, et pour la suite, « Casse pas la tête », comme on dit ici !

Et vous, connaissiez-vous la Nouvelle-Calédonie ? Pourriez-vous tout quitter
pour vivre à l’autre bout du monde ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Axilou182
    Axilou182, Le 3 septembre 2015 à 0h01

    Ça fait plaisir de lire ça :) En tant que caldoche en métropole pour les études (et qui sait plus ?), j'aime bien qu'on parle en de mots juste de mon bout de caillou :3 Merci d'avoir montré qu'on peut être "une zor" et avoir capté un certain nombre de choses sur le pays ;)

    Amour et papillons.

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