Carte postale de Malaisie — Multiculturalisme et « nasi lemak »

Cette madmoiZelle s'est expatriée avec son copain en Malaisie. Elle y a découvert la vie à la malaisienne, la vraie, bien loin de celle vantée par les guides touristiques.

Carte postale de Malaisie — Multiculturalisme et « nasi lemak »

Il y a un peu plus d’un an, j’ai emménagé en Malaisie avec mon chéri. On est partis trois mois après avoir pris notre décision, autrement dit très très vite. Pourquoi la Malaisie, vous me dites ? Mon copain étant lui même franco-malais et y ayant résidé durant plusieurs années, le choix de ce pays s’est révélé évident lorsque notre envie de bouger s’est faite sentir.

C’est ainsi que j’ai découvert un pays très différent de ce que les guides touristiques et les témoignages d’expatriés français en disent, parce que généralement, ces derniers gagnent un salaire très confortable, et ils disposent d’un gros pouvoir d’achat dû à la faible valeur du MYR (Malaysian Ringgit).

De notre côté, nous avons décidé de vivre plutôt à la malaisienne, loin des quartiers huppés et occidentalisés. Un temps plein ici, c’est soixante-douze heures de travail sur une semaine de six jours. Et le salaire minimum, c’est 800MYR – soit environ 200€. Après six mois de galère pour s’en sortir dans la capitale, Kuala Lumpur, on est partis vers le nord, à côté d’Ipoh, la deuxième plus grande ville du pays. Nous travaillons à présent dans le restaurant de ma belle-famille, et c’est là-bas que j’ai vraiment découvert ce fascinant pays.

Alors la Malaisie, qu’est ce que c’est ?

La Malaisie, c’est d’abord un beau mélange de cultures. Il y a trois ethnies qui cohabitent sous la nationalité dite « malaisienne » :

  • les Malais (appelés aussi bumiputera ou bumi), qui représentent environ 60% de la population
  • les Chinois, qui en représentent 20% (majoritairement Cantonais)
  • les Indiens (et toutes les ethnies/religions diverses qui les composent, des Sikhs aux Parias), moins de 10%.

Les 10% restants représentent les minorités ou les travailleurs immigrés venus des quatre coins du monde. Parmi ces minorités, on compte les Orang Asli (« le peuple natif » en malais), un peuple de nomades qui tend à la sédentarisation depuis que le gouvernement a fourni logement et accès à l’éducation pour tous. Ceux-ci vivent encore bien souvent dans la jungle – même si j’ai eu la chance d’en rencontrer dans mon petit bled perdu. Mais il y a également les Aceh, originaires d’Indonésie, et bien d’autres encore.

Ce mélange unique de cultures ne s’exprime pas à travers les livres, ni dans les musées, mais dans les mamak shops et food courts. En effet, la véritable richesse de ce melting pot culturel est LA NOURRITURE. Pour découvrir les saveurs locales, direction le food court le plus proche !

Au bonheur des papilles

Pour manger malais, il vaut mieux aimer l’épicé. Même « très peu épicé » dans la bouche d’un Malaisien signifiera en fait « ta langue va brûler dans les flammes de l’enfer ». Ça s’annonçait mal, mais finalement j’ai toujours pu goûter une bouchée de sauce épicée (sambal par exemple) suivie d’une bonne bouchée de riz blanc.

Le premier plat à goûter impérativement, c’est le nasi lemak, le « riz gras ». Il s’agit d’un riz préparé dans un mélange de lait de coco, de gingembre et de pousses de citronnelle. C’est donc effectivement bien gras, mais délicieux. On le sert généralement avec un oeuf frit, des cacahuètes grillées, des alevins frits et quelques morceaux de concombre (pour le côté équilibré si j’ose dire). Si vous trouvez ça encore trop léger, vous pouvez rajouter du poulet frit…

C’est le plat de base en Malaisie, le petit déjeuner, déjeuner ou dîner le plus populaire du pays. Selon l’ethnie du cuisinier, il sera préparé et servi différemment – mais l’idée reste la même.

La liste des plats de tous les jours est longue : il y a le nasi goreng (un riz frit), le laksa (des nouilles de riz), le mee goreng (des nouilles frites) ou encore le pisang goreng (des bananes frites).

Les marchés de nuit ont également des plats incontournables : les apam balik (une crêpe aux éclats de noix, crème de maïs et sucre roux) qui s’accompagnent du poulet satay (sucré salé), puis des kueh, des petites pâtisseries multicolores qui collent aux doigts. On en trouve de toutes sortes, certaines à base d’une pâte de riz, des sucrées comme des salées, etc.

Et que dire des nombreux fruits exotiques ! Si les mangues, les bananes (petites, grandes, rouges…) et les noix de coco sont assez classiques, le jackfruit, le mata kucing (littéralement « oeil de chat », un cousin du litchi), le fruit du dragon ou encore le rambutan changent la vie !

Mais la star, c’est sans nul doute le durian. Vous n’en trouvez pas à Leclerc ? C’est parce qu’il faudrait être fou à lier pour vouloir en importer. J’en ai fait la découverte lors d’une conversation avec ma belle-famille. Je leur expliquais que j’adore le fromage, mais que si on n’en a pas l’habitude, certains fromages peuvent paraitre peu alléchants de par leur odeur et leur aspect.

L’oncle de mon copain s’est alors exclamé « Ah, tu veux manger un truc qui pue ? Tiens, allez chercher du durian ! ». On a apporté une boîte (bien opaque). En l’ouvrant, une odeur immonde de pourriture a rempli la pièce. Pour de vrai. Un peu rebutée, j’ai tenté. Et le goût vaut le détour. Ce n’est pas complètement répugnant, mais il y a quand même un très fort arôme que je ne pourrais rapprocher que de l’oeuf pourri. D’ailleurs, l’odeur est tellement forte qu’il est illégal de manger des durians dans des espaces publics confinés en Malaisie et à Singapour !

Enfin, cela dit, IL FAUT Y GOÛTER. J’envisage même de délivrer des certificats du baptême de durian aux petits courageux – ça le vaut bien.

Les langues

Une autre expression du multiculturalisme malaisien, c’est sa langue – ou plutôt ses langues. Si le malais est la seule langue officielle du pays, l’anglais est également enseigné et beaucoup en maîtrisent les bases. En ce qui concerne le bahasa melayu (le langage malais), il en existe deux types. Il y a l’officiel, que l’on retrouve dans les revues « sérieuses », dans la bouche des politiciens, les documents officiels, bref : partout, sauf… dans la rue. La différence entre l’oral et l’écrit est telle que mon copain, qui parle couramment malais depuis une quinzaine d’années, ne comprend pas un seul mot d’un document officiel.

Le malais oral est une langue réputée comme l’une des plus simples à apprendre : la conjugaison y est par exemple inexistante. Il n’y a pas de temps, pas de modes, et pas de terminaisons différentes selon la personne. Par contre certains mots comportent une liste de synonymes longue comme mon bras, et ça, c’est frustrant. De nombreux mots viennent de l’anglais ; leur graphie est modifiée, mais leur prononciation reste sensiblement la même. Ça donne des « nasional », « motosykal » (motorcycle), « kaunter » (counter) et mon préféré : « sains » (science).

J’ai eu du mal avec certaines difficultés de vocabulaire. Par exemple, « kayu », qui se prononce comme caillou, signifie bois. Bizarre. Pire encore, « air », prononcé comme haïr, signifie eau… J’étais vraiment perdue au début !

En septembre dernier, à l’occasion de Merdeka Day, la fête de l’Indépendance Malaisienne, le groupe satellite Astro a diffusé ce clip qui montrent les Malaisiens vus par eux-mêmes. On y voit tout un tas de petits détails typiques, des lieux, des plats et des boissons, et on y entend plus particulièrement l’exclamation « lah » que tout Malaisien qui se respecte place au moins deux fois par phrase.

Climat et surprises du quotidien

Enfin, si le climat malaisien vous effraie, ne craignez rien. Étant moi-même asthmatique, j’avais peur que le combo chaleur et humidité ne me force à me visser mon inhalateur à la bouche. Eh bien non, pas du tout! Et c’est la même chose pour les allergies. Alors oui, il fait vraiment chaud, tous les jours, toutes les nuits, et oui, cette moiteur permanente ça rend dingue parfois (vous connaissez la fine bande de sueur au dessus de la lèvre, le top du glamour !)…

Mais contrairement à l’Inde ou aux Philippines, la Malaisie péninsulaire connait un climat plutôt régulier. Il existe une saison sèche et une saison humide, mais il n’y a pas de mousson terrible – juste quelques gros mais brefs orages en saison humide. Ça impressionne, mais porte rarement à conséquences.

En revanche, j’ai complètement arrêté de regarder la météo. Parce que le souci, c’est que si on arrive facilement à prévoir quand le soleil brille, quand le ciel se couvre il est impossible de savoir où ça va tomber. Parfois il tombe des trombes d’eau chez moi et pas chez mes beaux-parents qui vivent à 500 m. Quand même.

Varan retrouvé dans mon jardin. Mignon, hein ? Un mois avant, j’en avais un tout petit caché dans ma chambre, très sympa aussi…

Pour finir, je vous présente mon petit coup de coeur musical et une fierté « nasional » : Yuna, jeune malaisienne auteur compositeur interprète. Enjoy !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Melissa
    Melissa, Le 1 juillet 2014 à 12h27

    justine-dsb;4810433
    melissa;4810426
    justine-dsb;4810412
    Super article!

    J'aimerais rédiger un article aussi sur mon pays d'accueil actuel: la Grèce. C'est possible?
    J'ai déjà plein d'idées: monuments, vie quotidienne, nourriture, sortir, culture musicale, langue, etc.
    C'est tout à fait possible ; envoie-le moi à melissa[a]madmoizelle.com ! ;)
    Super! Je travaille ça et je l'envoie!

    Bonne journée
    Super ! Bonne journée :)

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