Je monte un camp de vacances écolo à Madagascar — Témoignage

Il y a deux ans Clara avait tout plaqué pour monter un café à Madagascar. La revoilà qui quitte son bistrot pour un nouveau projet de taille : un camp de vacances écolo au bord de la mer !

Je monte un camp de vacances écolo à Madagascar — Témoignage

Mise à jour, le 13 octobre 2014 – Le projet est financé à 114% à raison de 3425 euros ! Cela veut dire que le projet va se réaliser, et que le camp de vacances écotouristique verra le jour ! Clara revient vous donner des nouvelles à la fin de l’article !

Le 12 septembre 2014 — Vous vous souvenez de moi ? Il y a environ deux ans, je vous ai raconté comment j’ai tout plaqué par amour pour monter un café à Madagascar… Le T-Toon a bien tourné pendant ces deux années et il entame maintenant sa troisième année d’exercice. Mais mon copain et moi, on a la bougeotte et surtout on avait envie d’un peu plus de soleil, de mer et de sable chaud !

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Il faut savoir que depuis notre rencontre, on a un grand rêve : vivre notre vie en gérant un petit hôtel en bord de mer. Pourquoi pas, après tout ? Nous avons donc commencé par réfléchir au meilleur endroit pour accueillir ce projet.

La côte Est de Madagascar avait la préférence de mon copain, étant plus proche de la capitale — seulement six heures de route, pensez donc, un saut de puce ! Sauf que le temps y est très humide, et que la présence de cyclones dévastateurs et de gros projets miniers menace grandement l’équilibre écologique de toute la région.

On a ensuite pensé au Nord et au Sud, mais les vingt-quatre heures de route entre ces points et la capitale nous ont découragés. Restait donc la côte Ouest et la région de Majunga, une zone touristique qui se développe peu à peu, et qui est l’une des destinations privilégiées des Tananariviens en manque de vitamine D. Il y a dix à douze heures de route depuis la capitale : figurez-vous qu’on s’y fait (ou pas) !

Mais avant de se décider pour de bon, il fallait visiter. Nous avons donc pris des vacances, fermé le T-Toon quelques jours, et nous sommes partis, une fleur entre les dents, pour visualiser les réalités locales et les possibilités s’offrant à nous.

Trouver un terrain

L’idée était de trouver un terrain à acheter, sur lequel nous pourrions réaliser notre rêve. Hum, qui parle de charrues et de bœufs ? Je vous entends ! Effectivement, trouver une terre et l’acquérir ne se fait certainement pas en quelques jours. Nous avons donc réorienté nos recherches vers une simple maison en location qui nous permettrait de nous installer, de rencontrer les gens, et par la suite de trouver ce fameux terrain.

À ce moment-là, je dois dire que nous avons eu une chance incroyable. À l’occasion d’une promenade, nous sommes tombés sur une maison qui a été un coup de cœur immédiat. Elle était grande, belle, tout au bord de la mer, avec un grand jardin…

MAISON !

Nous avions de la chance : le propriétaire était justement là en vacances ! Sachant qu’il vient quinze jours tous les six mois, on peut dire qu’une bonne étoile a guidé nos pas.

La discussion a fort mal commencé : « Ah non, je ne loue pas ! » Ah. Bon. Mais à Madagascar comme on dit, tout se négocie… Nous avons donc continué à converser avec cet homme qui, nouvelle chance, était déjà très sensibilisé à nos idéaux de développement durable, d’écologie, d’énergie verte… Pour preuve, sa maison fonctionne uniquement sur du solaire !

Quelques jours plus tard, il a changé d’avis et a accepté de nous louer sa maison pour une durée d’un an renouvelable. Il nous avouera plus tard nous avoir trouvés très sympathiques, avec nos rêves plein les yeux !

De retour à Tana, ça a été le branle-bas de combat. Mon entourage et nos clients ne comprenaient pas : quitter le T-Toon, alors que celui-ci était à l’apogée de son succès ? On devait être fous ! Nous lancer dans un nouveau projet plutôt que de consolider celui-ci ? On devait être inconscients ! Notre philosophie à nous, c’est de suivre nos rêves et d’attraper au vol toute opportunité nous permettant d’y arriver.

C’est risqué, oui. Mais dans la vie, il faut savoir prendre des risques, sinon on ne sort jamais de sa zone de confort et on passe à côté de possibilités formidables. Deux mois plus tard, les derniers détails du T-Toon réglés, c’était parti. On s’est installés dans un taxi-brousse plein comme un œuf, prêt à commencer – encore ! – une nouvelle vie.

C’était parti pour une longue quête afin de trouver LE terrain idéal, proche de la mer, disposant d’une source d’eau potable, si possible avec déjà quelques arbres… On visait environ 2000 m², avec un budget relativement restreint. Nous avons rencontré quelques déboires, le domaine foncier à Madagascar étant quelque peu… incertain.

En gros, les titres de propriété ne sont pas toujours vrais, ou peuvent s’avérer caducs malgré leur apparente authenticité. Concrètement, un vieil homme a accepté de nous vendre son terrain… qu’il avait déjà vendu auparavant à d’autres gens ! Évidemment, le temps de se rendre compte de l’entourloupe, on a perdu quelques précieux deniers.

Cette recherche n’a pas été toute rose, et nous avons plusieurs fois été tentés de baisser les bras. Heureusement, mon copain et moi nous complétons sur ce point : lorsqu’il rencontre une baisse de moral, je lui prouve par a+b que sisi, on va y arriver, t’en fais pas !

Inversement, lorsque je me demande si nos projets tiennent la route, il est là pour me rappeler qu’à nous deux, on peut abattre des montagnes. Sa phrase préférée : « Avec toi, on gagne toujours » ! Comment voulez-vous déprimer dans ces conditions ?

Bref, neuf mois plus tard, à l’occasion d’une petite randonnée un peu plus longue que d’habitude, notre regard a été attiré par une superbe maison qui surplombait la mer. Intrigués, nous nous sommes avancés et nous avons rencontré la famille du gardien qui s’en occupait. Après une discussion à laquelle je n’ai rien compris (un jour je parlerai malgache, un jour…), le monsieur nous a invités à le suivre pour rencontrer une autre famille.

Celle-ci cherchait justement à vendre une parcelle de son (immense) terrain, placé entre une falaise et l’océan, entouré d’une végétation luxuriante, avec plein de palmiers (j’adore les palmiers).

Le terrain !

Le chef de famille nous a donné un prix, on lui en a proposé un autre, puis chacun est rentré chez soi. Le lendemain, il a baissé son prix, on a augmenté le nôtre, bref, on a négocié sec. Le terrain était loin de tout — la route pour y accéder a disparu sous la végétation en raison du manque d’entretien — et il n’y a évidemment pas de raccordement au réseau national électrique, et d’ailleurs, pas de réseau tout court. C’était parfait, quoi !

Ont suivi les procédures d’achat, les multiples vérifications (ce terrain appartient-il vraiment à ce propriétaire ?), les visites des agents fonciers, des agents topographiques… Ça a l’air long et chiant, ça l’a été. Finalement, trois semaines après cette rencontre inespérée, nous affirmions haut et fort à qui voulait l’entendre que nous étions les heureux propriétaires de… presque 4000 m² de paradis ! Pour cela, nous avons presque vidé notre épargne. Propriétaires sans le sou, mais propriétaires quand même !

Notre projet

Entre-temps, notre projet s’est affiné. Particulièrement sensibles à l’environnement et à l’état de la planète, nous avons bien sûr souhaité axer notre projet sur une dynamique écologique. Personnellement, je suis une grande partisane de la décroissance et de la simplicité volontaire – c’est l’occasion de concrétiser mes convictions !

La décroissance est, selon Wikipédia,

« un concept à la fois politique, économique et social selon lequel l’accroissement permanent de la démographie mondiale et la croissance économique censée en découler ne sont pas des bienfaits pour l’humanité, mais représentent des dangers pour l’environnement, pour la paix, voire, selon les prévisions les plus pessimistes, pour la survie de l’Homo sapiens en tant qu’espèce, ce qui l’oppose au développement durable.

Utilisé et revendiqué le plus couramment par la plupart des courants anti-productivistes et anti-consuméristes et plusieurs courants écologistes, le mot « décroissance » est occasionnellement complété par les adjectifs « soutenable » et « convivial ». De manière générale, on parle de mouvement de la décroissance et on qualifie ses adeptes de décroissants ou, plus prudemment, d’objecteurs de croissance. »

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Toujours selon Wikipédia, la simplicité volontaire désigne :

« un mode de vie consistant à réduire volontairement sa consommation, ainsi que les impacts de cette dernière, en vue de mener une vie davantage centrée sur des valeurs définies comme « essentielles ».

Cet engagement personnel et/ou associatif découle de multiples motivations qui vont habituellement accorder la priorité aux valeurs familiales, communautaires et/ou écologiques. »

Je suis également persuadée que « le changement » passera nécessairement par ce type d’initiatives qui peuvent pourtant paraître minuscules aux yeux du monde globalisé dans lequel nous vivons. Nous ne sommes pas les seuls à faire le choix d’une vie « hors des sentiers battus », et plus nous serons nombreux, plus d’autres personnes oseront relever ce défi !

Si je n’avais pas été inspirée par ces personnes qui décident de « tout plaquer » pour vivre de façon autonome, peut-être n’aurais-je jamais eu le courage de me lancer… Nous sommes tous des colibris, nous pouvons tous faire notre part. Aussi petite soit-elle, c’est un début ! Certains trient leurs déchets, d’autres s’efforcent de consommer bio et/ou local… Encourageons tous les gestes éco-citoyens sans se tirer dans les pattes !

À lire aussi : Comment se mettre au bio quand on est fauchée ?

La Vallée de l’Ankoay

L’idée est donc de construire des bungalows, quatre ou cinq en tout, d’équiper le terrain de panneaux solaires et d’un puits avec pompe solaire (pour l’eau courante !), de faire un joli potager, de planter des herbes aromatiques ainsi que des plantes endémiques de Madagascar — un peu dans l’idée de créer un mini jardin d’Eden dans lequel il fera bon se promener, lire à l’ombre d’un palmier, bien calé dans son hamac, avec vue sur le Canal du Mozambique…

Voilà, cette vue-là, oui.

En gros, vivre écolo sans sacrifier le confort de la vie moderne, autant que faire se peut. Dans l’optique de partager cet endroit au plus grand nombre, nous avons décidé d’opter pour des tarifs particuliers : la libre-participation. Autrement dit, vous payez ce que vous voulez. Oui, nous avons foi en l’humanité !

Entre l’achat du terrain et aujourd’hui, figurez-vous qu’un opérateur mobile local a décidé d’ériger une antenne pas très loin. Quand je vous dis qu’on est chanceux… Ils ont pour objectif de couvrir cette zone de la région de Majunga, ouvrant ainsi ce nouvel axe touristique à la magie d’Internet ! J’avoue, Internet m’est assez indispensable et il s’agit de toute façon d’une vitrine exceptionnelle pour faire connaître ce lieu qui ne demande qu’à grandir.

Bon, c’est bien mignon tout ça, mais ça coûte des sous, et comme vous l’avez compris, on est un peu à sec. Ce qui restait de l’épargne est parti dans la construction de notre future maison (enfin bungalow plutôt dirons-nous) et dans l’achat des premiers panneaux solaires. Pour le reste, nous avons décidé de nous tourner vers le financement participatif via le site Ulule (oui, c’est le moment où on demande des sous, attendez, revenez !).

Si le projet Ulule fonctionne, ce sera un énorme coup de pouce pour nous et surtout un gain de temps considérable pour construire nos bungalows et accueillir les premiers voyageurs. Si ça ne marche pas, eh bien… Disons que ça prendra un peu plus de temps !

Avec les sous de la collecte, nous construirons deux premiers bungalows afin de pouvoir recevoir des voyageurs dès Noël 2014. Le reste viendra petit à petit, on n’est pas pressés… On a environ une tonne d’idées pour cet endroit qui nous occupera probablement toute la vie. Je vous laisse découvrir tout ça sur la page Ulule, sinon cet article n’aura jamais de fin !

Mise à jour du 13 octobre 2014 — Le projet est financé à 114% à raison de 3425 euros ! Cela veut dire que le projet va se réaliser, et que le camp de vacances écotouristique verra le jour !

Mais il reste encore 19 jours pour atteindre le nouvel objectif de 4000 euros qui permettra de construire deux terrasses : elles serviront de salles de restauration et de détente, afin d’accueillir les visiteurs dans les meilleurs conditions possibles.

Pour mieux visualiser tout cela, voici une petite vidéo de la Vallée de l’Ankoay :

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Melissa
    Melissa, Le 16 octobre 2014 à 12h16

    Up ! Des nouvelles du projet toutes fraiches !:cheer:

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