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Par Adeline
Une petite citation : "Ce n'est pas quand il a découvert l'Amérique, mais quand il a été sur le point de la découvrir, que Colomb a été heureux." (F.Dostoievski)

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Posté le 09 septembre 2008 par Adeline

Pour la première fois hier, entre 17h et 18h 45 j'ai douté de ma présence de cette ville, j'ai douté de mon envie de vivre ici, pour la première fois entre 17h et 18h 45 j'ai eu envie de rentrer, j'ai compté les jours avec empressement...

Depuis une semaine, on l'aura compris, y'avait un peu de spleen dans l'air.... Un mec qui à coup de « i kinda like you » en boucle, m'avait laissé entrevoir que je pourrai rester au delà de la nuit
Un email plus tard, deux mots « remain friends » à traduire par « Sorry, but i just wanted to fuck a french girl »... et moi qui lui disait :  « I kinda feel good with you » en le pensant... Bref, la semaine a été dure...

Tout ça pour poser le contexte, et ma fébrilité quand la journée a commencé....

Je dis que j'ai douté entre 17h et 18h45.
17h c'est l'heure à laquelle je suis sortie du commissariat.

Ce matin, 11h30, coup de téléphone de l'inspecteur de police, le prétendu cambrioleur de l'appartement de Marine a été arrêté. Présente le soir du cambriolage, je dois participer l'identification.
15H, rendez vous donc au commissariat. Marine et sa coloc' sont déjà là, je les retrouve dans une salle où trois fois on nous explique le processus : chacune à notre tour, nous allons devoir passer devoir un vitre sans teint derrière laquelle 5 hommes seront placés. Chacun des ces 5 hommes portera un numéro, ils nous fixeront mais ne pourront nous voir, 3 questions nous seront posées :

Do you recognize one of them ?

If yes, which number ?

Where do you recognize him from ?

La coloc' de Marine passe en premier, Marine en deuxième, moi en dernier... On attend enfermées dans le bureau de l'inspecteur, aux murs des dizaines de photos de personnes recherchées pour crime, vols, viols....L'attente a été longue et pénible pour moi, j'étais mal à l'aise, un peu stressée... L'identification s'est « bien passée », mais j'ai eu du mal à reprendre le cours normal de l'aprés midi.... Pour être totalement honnête, j'étais vraiment pas bien, les jambes toutes flagadas, j'étais vidée, faible et troublée...

J'ai marché un peu sur Broadway avant de reprendre le métro.... J'ai compris qu'en fait la scène avait juste été symboliquement trop violente pour moi... J'ai pas mal de difficulté à expliquer ça, mais c'est ma conception de la nature humaine qui en a pris un coup... Il me semble que j'essaie de toujours tiré le positif des choses, des gens, ou des situations, mais ces visages épinglés au mur, presque tous détruits par l'alcool ou le crack, rien ne laissaient de place pour l'espoir... Dans les regards, y'avait rien à tirer... certain diront que je vis aux pays des bisounours, que la violence est là que je le veille ou non... je crois plutôt que je vis dans un film... Quelque soit le genre cinématographique auquel il appartient, mes références sont là....
Quand un garçon me dit I Like You, ça donne à croire à une comédie romantique, sinon c'est un film pornographique mais dans ce cas, l'acteur ne dit jamais à l'actrice qu'il l'aime bien... Quand je vais au commissariat, c'est un film policier où les gentils finissent par arrêter les méchants, un film d'action éventuellement ou peut être un film d'auteur si les méchants ont un message à faire passer...
Quand je suis sortie au commissariat, que j'ai compris que les bons ne gagnaient pas toujours, et que les méchants n'avaient pas d'autres but que leur crime en tant que tel, j'étais juste désemparée

De la comédie à la pornographie, du film d'action au drame, tout n'est que film, tout n'est que scénario, et quand la vie et ses incohérences reprennent le dessus, je suis perdue, paumée...
Je reprend mes scénarios et j'essaie de comprendre : si il voulait juste fuck-er, pourquoi m'a t il dit tout ça ? ( j'y serai quand même allée ! ! ! ), pourquoi ces gens épinglés sur le bureau de l'inspecteur de police ne cherchent pas à s'en sortir ? Y'a forcément un message dans leur actes ? ? ?

Alors voilà, hier soir, le scénario, enfin TOUS les SCENARIOS étaient trop faibles, plus rien de rentraient dans mes cases....


Retourner chez moi était juste psychologiquement impossible... Bed Stuy est un quartier violent, il s'agit pas là d'armes ou d'insultes ( quoi que ) , mais de rues sales, de rats sur les trottoirs, de voitures qui démarrent en quatrième vitesses à chaque feu, de musique qui gueule... Chez moi, les gens vident leur poubelles à même le sol, jettent n'importe où ce qui les encombrent, chez moi les gens font gueuler leur télé et ouvrent les fenêtres....En sortant du commissariat, c'était physique et psychologique, je n'étais pas capable d'affronter ça...

Je sais que si j'étais rentrée directement, mes valises auraient été bouclées, prête à reprendre l'avion pour rentrer chez moi, dans le pays d'Amélie Poulain...

Le décor idéal pour reconstruire mon scénario c'était Greenwich Village... J'ai donc chopé une pizza au Whole Food d'Union Square et direction l'Arche et le Washington Square pour donner le clap de début d'un nouveau film...C'est une comédie romantique qu'il me fallait, quelque chose de doux et d'éducolré... Le monde aseptisé Greenwich Village en constituerait le décor parfait ... Les critiques auraient surement été très mauvaises, un film à l'eau de rose on aurait dit, mais au moins les rues y sont propres, les gens civilisés et calmes. Et en sortant du commissariat, c'était tout ce que je voulais...

C'est à 18 h45 que j'ai donné le premier clap de ce nouveau film.... Aidée par Guillermo, peintre Columbien de son état, qui est venu me parler... Je parle pas aux inconnus, mais en me racontant son arrivée ici il y a 15 ans, en me montrant ses peintures sur son ipod, en me racontant Ingrid Betancourt vue de Colombie, Guillermo, le quarantenaire encore fuck up par son divorce d'avec une française, a réussi à me tenir 3 heures... Tout était cliché dans ce film là, lui Colombien, moi française, des répliques surfaites : « you have a very french smile ? »- moi : «  what do you mean ? », - lui : « like Brigitte Bardot, the eyes, and the smile »...
Surfaits et intéressés, mais.... depuis quand on demande à un film d'être réaliste....


Voilà, j'avais prévu de rentrer tôt à la maison, me caler devant un film, un vrai cette fois, pour oublier cette ville, ai je encore besoin que je suis rentrée très tard que le film était de nouveau dans ma tête...


Pour finir, aujourd'hui, j'ai commencé les Bienveillantes, j'annonce ça à la manière dont Albert Camus annonce la mort de sa mère. Ca fait 3 ans que je me traine ce pavé de 903 pages de pays en pays en espérant trouver un jour le courage de le commencer... Ce jour, c'était hier....

 

— Billet extrait French girl in New York.

Un truc à dire ?
2 commentaires

J'aime beaucoup ce post. Je suis toujours impressionnée par ta capacité à à la fois vivre les choses et te regarder les vivre, une sorte de prise de recul instantanée et permanente. (Par contre, je t'en prie, ne prends pas cette manie de placer des mots anglais dans un texte en français, c'est moche !)
Par Charlotte le 09 septembre 2008 à 20:47

Adeline, imprime ! Tes posts sont des bonbons... Tu devrais en faire quelque chose
Par Mademoiselle So le 10 septembre 2008 à 15:00

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