Le bizutage hardcore, je l’ai vécu, et j’ai détesté ça

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Le bizutage est une pratique régulièrement décriée, mais aussi soutenue par ceux et celles qui y voient un jeu d'intégration « bon enfant ». Tifaine en a vécu un, et ce n'était pas du tout rigolo.

Le bizutage hardcore, je l’ai vécu, et j’ai détesté ça

Le 11 octobre, à l’École des Arts et Métiers d’Angers (Ensam), se tenait la « période de transmission des valeurs », une intégration de nouveaux et nouvelles élèves qui est partie trop loin.

Seize élèves ont été brûlés au niveau des bras avec des cuillères chauffées à blanc.

À l’origine de ce « dérapage », une tradition : « faire une espèce de mise en scène où on fait croire aux première année qu’on va les tatouer », comme l’explique Laurent Champaney, directeur général de l’Ensam, au Parisien.

Cette activité est d’habitude indolore, et pas dangereuse :

« Pour simuler la brûlure, on passe un glaçon et après tout le monde rigole. »

Sauf que cette année, les étudiants et étudiantes de niveaux supérieurs sont allés plus loin en chauffant du métal, tatouant à vif des numéros sur les bras des plus jeunes.

Selon Le Point, aucune plainte n’a été déposée. Cela peut sembler absurde… mais ayant moi-même été bizutée il y a quatre ans, je peux comprendre.

Pendant un temps, la « période de transmission des valeurs » de l’Ensam a été suspendue, mais la direction l’a de nouveau autorisée, « convaincue que les étudiants n’ont pas essayé de « cacher des choses » » (toujours selon Le Parisien).

Une enquête a été ouverte par l’Inspection Générale de l’Administration de l’Éducation Nationale et de la Recherche (IGAENR) et une commission disciplinaire devrait avoir lieu le 10 janvier.

Ce fait divers a éveillé mes souvenirs, et m’a donné envie de vous parler de mon bizutage, certes moins douloureux, mais humiliant et dégradant.

J’ai vécu un bizutage en Belgique, dans une école d’arts

Lorsque je suis arrivée dans mon école supérieure d’arts en Belgique, contrairement à d’autres nouveaux et nouvelles élèves, je savais ce qui m’attendait.

Une amie, ancienne étudiante de l’école, m’avait donné les infos à connaître afin de vivre au mieux ce « baptême ».

Et tout ce qu’elle m’avait dit s’est révélé vrai : l’intégration a été sale, peu reposante, et surtout, pas toujours drôle, loin de là.

Ne vous y trompez pas, j’ai l’humour très, TRÈS facile… mais parler devant un groupe d’étudiants plus âgés de deux ans, qui me balancent des flûtes à la gueule et se moquent de moi, ça ne me fait pas rire.

Le concept ? Les nouveaux et nouvelles devaient se présenter individuellement, debout devant l’assemblée (assise), mais personne n’écoutait, évidemment, et le public nous lançait des accessoires à la figure, comme les fameuses flûtes.

De l’auto-dérision, j’en ai, je suis la première à me vanner moi-même ! Mais je sais faire la différence entre une taquinerie et une attaque qui vise à rabaisser l’autre pour se sentir supérieur.

Certains des étudiants qui me faisaient face semblaient être là pour imposer leur puissance (même si d’autres étaient très bon enfant), et ça m’a vraiment agacée.

D’autres tâches qui nous ont été demandées ?

Retirer le pantalon pour les mecs, le soutien-gorge pour les filles (pas de demande explicite d’enlever le t-shirt mais clairement, si elles le faisaient, c’était du bonus), nous frotter les uns aux autres, enfiler une capote sur un concombre avec la bouche et être mises en compétition selon notre capacité à le faire…

D’autres missions consistaient à embrasser des poissons morts avariés de plusieurs jours, boire des shots emplis d’asticots, mimer des actes sexuels. En résumé : mettre son amour-propre de côté.

Certaines personnes apprécient, moi non.

Bizutage et consentement, un équilibre délicat

Je sais que certaines de ces situations peuvent être amusantes. Le problème, c’est cette impression que les gens se forcent car on leur rabâche « Si tu le fais pas, tu t’intègreras jamais ».

Tout semblait être là pour nous forcer à impressionner les « pionniers et pionnière ».

Bien sûr, me direz-vous, on peut dire non. Il n’y a qu’à refuser. Bien sûr…

Pour avoir refusé d’enlever son haut, une camarade est restée longtemps enfouie, en plein cagnard, sous une pile de fringues ayant entre autres reçu de la pâtée pour chiens, de l’alcool, des poils pubiens, du vinaigre, des sauces…

Si on disait « non » à une mission, on se faisait gueuler dessus, on devait se mettre à terre, on était verbalement rabaissés et on recevait deux fois plus de substances dégueulasses sur le minois.

Quand le bizutage devient dangereux

Le fait divers dont je vous parlais au début de l’article est un exemple de bizutage qui a « dérapé » et causé des brûlures.

Selon mon expérience aussi, les accidents sont courants : chevilles foulées, membre cassé…

Une amie a eu le genou déplacé par un étudiant qui lui a sauté dessus. Moi, j’ai reçu une dose de vinaigre dans les yeux, et j’ai cru pendant une quinzaine de minutes que j’allais devenir aveugle.

Ça aurait pu être pire, oui… surtout si je n’étais pas partie dès le premier jour de cette semaine de bizutage. Le reste s’est fait sans moi.

Pourtant, mon école n’était pas réputée pour avoir une « intégration » particulièrement violente !

WEI or Die, un excellent film interactif sur fond de bizutage

Pour un bizutage bon enfant et amusant

Tout ceci n’est que mon expérience personnelle. Je sais que beaucoup la partagent, mais que d’autres adorent ces périodes d’intégration et de « baptême ».

C’est juste qu’à mon sens, le bizutage devrait rester une source d’amusement, créer des liens entre les nouveaux et les anciens élèves, pas devenir une foire d’empoigne permettant à certains d’exhiber leur « supériorité ».

Blesser les gens, ce n’est jamais « marrant ». Et il est bon de se demander à quel point le « non » est possible, quand on te fait croire que le reste de ta scolarité est en jeu…

À lire aussi : Les faluchardes, ces drôles d’étudiantes : rencontre

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Tifaine P


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Commentaires
  • Skippy01
    Skippy01, Le 25 décembre 2017 à 3h49

    D'ailleurs, l'argument «c'est la tradition» n'est pas recevable, une chose n'est pas bonne uniquement parce-qu'elle est traditionnelle.

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