Elevée dans un univers fort musical, PJ Harvey (Polly Jean) n'a cessé d'évoluer, des merveilleux morceaux de ses premiers albums, presque toujours un peu sombres, aux morceaux bien plus légers et orientés pop de ces derniers albums.
Désormais presque incontournable, Polly Jean Harvey démarre sa carrière musicale en 1992 avec son album Dry, certainement l'un de ses meilleurs. Parfait de bout en bout, il montre le talent de la demoiselle avec ce son presque particulier, en tout cas fort sombre. Quoique présentant un peu de tout, des excellents "Dress" et "Water" et leur côté plutôt remuant au même titre que "O Stella" ou encore "Sheela-Na-Gig" ; jusqu'au plus lent "O my Lover", tout aussi réussi. La chanteuse a cette voix, souvent lourde ou grave, parfaitement accordée aux mélodies qui lui ressemblent.
Les choses changent un peu l'année suivante avec Rid of Me. Les mélodies semblent moins sombres et pourtant, la chanteuse a toujours cette voix, cette voix presque particulière tant elle semble pleine de hargne. Ici, il y a de tout, on retient peut-être l'excellent "Ecstasy" sur lequel se ferme l'album, mais tous les morceaux se valent sans jamais se ressembler. Une petite merveille que ce Rid of Me, aux paroles incroyables tant elles sont réussies.
Et PJ Harvey ne s'arrête pas là. Après 4-Track Demos sorti peu de temps après son deuxième album qui regroupe des démos et b-sides de celui-ci, elle revient en 1995 avec To bring you my Love qui, dans la lignée de ses prédécesseurs, montre toujours l'étendue des talents de la chanteuse/musicienne. Le ton pourtant semble avoir changé, les morceaux se font moins sombres. Certes, il y a toujours ce côté particulier, cette voix grave et les mélodies qui vont avec ; pourtant le tout semble prendre une certaine légèreté. Peut-être même du côté des paroles qui, bien que décrivant toujours une certaine souffrance et autres thèmes chers à la demoiselle, perdent un peu leur côté cru indéniablement présent sur ses deux premiers disques, et surtout sur le deuxième. Légèreté, cependant, simplement quand on compare To bring you my Love et des morceaux comme "The Dancer" ou encore "Send his Love to me" à quelques autres, tels "Man Size" ou "Rid of Me".
Après un album en collaboration avec John Parish, elle revient en 1998 et cette fois-ci, il est clair que les choses ont changé. L'évolution, certainement, s'est faite lentement, jusqu'à Is this Desire ?, album dans lequel les choses se font indiscutablement plus légères, tant du côté des paroles qui ressemblent presque à tant de petits poèmes ouvrant les portes d'un monde à part, paisible, qu'en ce qui concerne la voix de la chanteuse qui parfois ne fait presque que chuchoter ("The Wind") sur des mélodies plus entraînantes, presque gaies.
Stories from the Cities, Stories from the Sea, sorti en 2000, est certainement l'album de PJ Harvey qui a le moins plu. La rupture est cette fois-ci radicale, celui-ci est un bon album de pop, disons, comme le montrent par exemple "Good Fortune", "Kamikaze", "Big Exit", "This is Love". C'est sûr que, quand on aime véritablement ce qu'elle a fait avant, il est dur de se résoudre à ce qu'elle ait atteint, si l'on peut dire, ce niveau. Mais, objectivement, Stories from the Cities, Stories from the Sea n'est pas mauvais. Au choix, donc : un bon album de pop à aimer ou, presque, du mauvais PJ Harvey.
Dernièrement enfin, en 2004, la demoiselle est revenue avec Uh Huh Her, qu'on attendait avec impatience tant la presse nous parlait d'un retour aux sources, à ce qui avait fait le succès de PJ Harvey et son adoration par moult amateurs de rock. Or, quel est le résultat ? Des morceaux presque tape à l'œil, d'abord, certainement dans la lignée du précédent album, et qui ont justement étés, pour certains, les singles extraits de ce disque : "The Life and Death of Mr Badmouth", "The Letter", "Who the fuck ?", "Cat on the Wall". Quelques uns, aussi, plutôt doux, reposants et assez réussis, tel "The Desperate Kingdom of Love". Mais ce n'est malheureusement pas tout. Et le reste est si décevant qu'on ne reconnaît même plus la PJ Harvey de Stories… : des morceaux complètement fades parfois, voire quelques bruits de mouettes qui sont là comme par erreur. Certes, c'est toujours PJ Harvey et sa voix presque parfaite. Mais le reste ne va plus avec, et il est
presque inévitable d'être déçu par Uh Huh Her.
Demoiselle talentueuse, donc, que PJ Harvey, voilà quelque chose qui ne fait aucun doute lorsqu'on pose une oreille attentive sur ses quatre premiers albums - ou, les trois premiers, surtout. Mais de plus en plus, la demoiselle dérive vers quelque chose de bien plus banal qui, sans être véritablement déplaisant, peut-être réussi dans un genre plus commun mais est loin de ce qui a fait la qualité des morceaux de cette excellente musicienne.